Faut dire, c'est assez douceâtre, les ovins n'ont pas beaucoup de cervelle donc on a l'agrément du goût sans aller à l'écœurement.

Ce n'est pas le sujet mais ça y a trait. Le cerveau est un organe, il a beaucoup de fonctions dont trois principales, la régulation endocrinienne, l'analyse de signaux périphériques et l'excitation directe d'organes périphériques – la régulation endocrinienne a entre autres effets l'excitation d'organes, cerveau compris, mais indirecte et parfois lente ou retardée. Chez les vertébrés, le cerveau est situé principalement à une des extrémités mais en partie réparti dans l'ensemble de l'organisme; selon les individus cette répartition est très variables, chez les ovins par exemple, il y a comme chez tous les vertébrés un nodule cervical mais la partie répartie est bien plus importante en masse, chez les hominidés ce nodule représente en masse une part assez ou très importante; sans le jurer, chez les humains contemporains il doit représenter environ la moitié de l'ensemble. Le cerveau est un organe particulier, il me semble que seul le système sanguin partage cette particularité; il y aurait bien le système lymphatique mais je ne suis pas certain qu'on puisse proprement le dire organe; l'organe superficiel qui se répartit en surface externe dite “peau” et surface interne dite “tube digestif” pourrait sembler la partager mais quand on y réfléchit bien, on conclut que non. Ils ont pour particularité d'être répartis et diffus; les autres organes sont compacts et localisés; l'organe superficiel n'est pas compact mais il est localisé.

Structurellement, cerveau et système sanguin sont assez semblables, avec un nodule qui “reçoit” et qui “émet”, un “réseau” dédié à l'émission, un autre à la réception. Des “réseaux” parce que leur structure est réticulaire, depuis le nodule se déploient des extensions qui se subdivisent en extensions secondaires, puis tertiaires, parfois quaternaires, à chaque fois de plus en plus fines; les extensions extrêmes des réseaux cervicaux consistent en une cellule unique parfois extrêmement longue – extrêmement par rapport aux autres cellules, plutôt compactes, mais même la plus longue des plus gros vertébrés ne dépasse pas la taille de l'individu, il y a une limite fonctionnelle au-delà de laquelle les temps de réponse entre le nodule et sa périphérie est excessif, d'ailleurs certains individus de grande taille ont développé un système en sous-réseaux avec des nodules secondaires semi-autonomes et presque tous, probablement tous (à vérifier) disposent de sous-réseaux semi-autonomes sans nodules déterminés. Cette capacité de répartition est liée à leur structure, précisément à ce qui donne leur nom, la colonne vertébrale: elle enserre un ensemble de cellules cervicales qui ne forme pas strictement un nodule mais a un fonctionnement proche et une assez large autonomie fonctionnelle. Cet ensemble a deux fonctions, celle dite, dédiée à l'organisme proprement dit, assez autonome et très routinière, et une fonction passive de relais des émissions et réceptions concernant le nodule.

Ce billet ne vise pas à tout expliquer du système nerveux mais à expliquer une chose simple: on ne pense pas avec le cerveau si on considère que celui-ci se limite à son nodule, on pense avec tout le corps et ça n'a rien d'évanescent ou de symbolique, c'est un fait observable, le nom ordinaire de l'organe est “système nerveux” mais comme on ne peut que symboliquement et de manière évanescente séparer ce système en fonctions nettement différenciées, il me semble plus cohérent de nommer l'ensemble “cerveau” ou, vue sa structure, “système cervical” ou “réseau cervical”; si “l'esprit” est “dans le cerveau” alors “l'esprit” est dans tout le corps puisque le cerveau est dans tout le corps. D'où il ressort que s'il existe vraiment des maladies mentales, elles ne sont pas nécessairement des “maladies du nodule”, et pas nécessairement des maladies nerveuses, et même, qu'elles sont presque nécessairement des maladies où le réseau cervical, spécialement son nodule principal, est peu concerné, rapport au fait qu'il est très protégé. Les rares et certaines maladies du système cervical sont le plus souvent des maladies fonctionnelles à causes accidentelles (endommagement traumatique du système), congénitales (développement non standard du fœtus), génétiques (structuration anormale de certains gènes par mutation circonstancielle ou héréditaire) ou environnementales (je ne vais pas tout énumérer mais de fait, si on vit dans un environnement où certaines molécules nécessaires à la construction et au maintien du système cervical sont en quantité insuffisante ou excessive, ça peut le détériorer ou l'endommager, le cas le plus courant étant la malnutrition, l'autre, la pollution). Il existe certes des maladies dues à un cause externe vitale (virus, bactéries, parasites) propres au système cervical, mais elles sont rares, les atteintes de ce genre sont le plus souvent générales et touchent indifféremment n'importe quel organe, n'importe quelle cellule.


Là-dessus, il n'existe pas de maladies mentales. Je publie en vous laissant l'opportunité d'y réfléchir avant de proposer mes propres réflexions.


Très amusant: au moment même, à quelques minutes près, où je publiais ce billet, un des abonnés parmi les plus intéressants, au pseudonyme changeant mais toujours intrigant, actuellement “Œdipe écrivain”, en publiait un sous le titre «La schizophrénie est une maladie d'amour: le témoignage d'un schizophrène guéri». Si par hasard il devait lire ce billet je ne voudrais pas qu'il prenne cette considération comme une attaque personnelle, mais je ne puis manquer de considérer qu'une personne apparaissant obsessionnellement occupée à expliquer qu'elle est guérie d'une maladie obsessionnelle n'est peut-être pas aussi “guérie” qu'elle le dit et qu'elle semble le croire, que peut-être elle a transféré sa “maladie mentale sexuelle“ vers une “maladie mentale textuelle”. Mais comme il n'y a pas de maladies mentales ça n'a pas tant d'importance, les comportements “obsessionnels” sont des comportements très ordinaires, très nécessaires et souvent très utiles, pour tout dire vitaux, mais problématiques en-deçà ou au-delà d'un certain niveau.


Ça tombe bien, ce billet (déjà suivi d'un autre qui, bien sûr, est consacré au même sujet dans le même axe, 1, “ma maladie”, 2, “je suis guéri”, «Je me considère guéri de ma schizophrénie que je prenne des médicaments ou pas!») concerne un point que je comptais justement aborder en initiant ce billet, pas aussi vite mais comme je rédige sans préméditation et sans plan, et en tenant compte de ce qui se passe dans mon environnement, j'y viens de suite et directement: les comportements “obsessionnels”.

Je suis un grand amateur des radiodiffusions de cours du Collège de France sur France Culture, je suis un grand amateur de ces cours (et de France Culture aussi, mais à moindre niveau bien qu'avec plus de constance) et comme ces radiodiffusions sont partielles – certains enseignements seulement, et quand les cours sont assez longs, plus d'une heure ils sont réduits en durée, c'est bien fait mais ça tronque quand même – les enseignements qui attirent particulièrement mon attention étant aussi mis en ligne sur le site du Collège de France, je m'y rends parfois pour y télécharger tous les cours, pour pouvoir m'instruire plus complètement sur ces sujets. En plus, on y trouve d'autres enseignements fort intéressants et jamais radiodiffusés, plus des colloques, des séminaires, bref, il est beaucoup plus complet et divers. J'apprécie les cours radiodiffusés parce que radiodiffusés, j'aime ces rendez-vous réguliers, ils rythment mon quotidien avec ce mélange de routine et de surprise: cinq jours par semaine le prévisible rendez-vous de cinq heures, juste avant Les Petits Matins, et cinq jours par semaine la découverte d'un nouveau champ du savoir – la routine et la surprise. J'en rate bien sûr mais sauf rares cas je ne vais pas sur le site Internet de France Culture pour écouter l'émission en “podcast”, ce qui est perdu est perdu et pour tout dire, on n'a pas nécessité à tout entendre le plus souvent, sans dire qu'ils radotent les professeurs du Collège de France reviennent souvent sur les éléments de leur recherche donc on peut sans problème rater un cours de loin en loin. Ce n'est pas vrai de tous, cependant, je pense entre autres à Alain Supiot, ou à Philippe Descola, non qu'ils ne se répètent jamais, par contre si on rate un cours ça devient difficile de bien suivre le développement de leur sujet.

J'en cause, parce que beaucoup d'enseignants du Collège de France sont “obsessionnels”, et presque tous “à tendance obsessionnelle”. C'est la raison même qui motive leur élection. Pour exemple, Antoine Compagnon: les sept dernières années forment un ensemble où certes il aborde des thèmes assez divers, toujours sur le thème général «Littérature française moderne et contemporaine: Histoire, critique, théorie», l'intitulé de sa chaire, mais sur une période restreinte, en gros 1820-1920, avec une focale particulière sur la période 1880-1922, et une attention toute particulière à Marcel Proust; on peut décrire la séquence de ces sept années comme une réduction progressive vers le cœur même de ce qui fait l'objet de son obsession particulière durant ces sept années, que désigne l'intitulé de la dernière année de la séquence, «Proust essayiste». Je ne veux pas me comparer, pour mon compte je ne suis pas dans un tropisme “obsessionnel”, même si dans le cadre de ma participation à Mediapart je peux parfois (toujours?) apparaître tel, mais quelqu'un comme Antoine Compagnon pratique de manière plus soutenue, plus sérieuse et plus exacte, comme il m'arrive de le faire dans mes billets les plus longs: il semble partir dans toutes les directions et s'éloigner beaucoup de son thème central mais il se révèle à long terme que son point d'arrivée correspond à son point de départ, donné par l"intitulé de la première année, «Proust en 1913»; les cours intermédiaires, «La guerre littéraire», «Les chiffonniers littéraires: Baudelaire et les autres», «De la littérature comme sport de combat», «De la littérature comme sport de combat (suite)», traitent assez peu de Proust, entre autres raisons parce qu'elles concernent pour l'essentiel la période 1820-1880, donc avant l'époque de Proust, et parce qu'il fut assez périphérique au “monde littéraire” et au monde de la presse. Le lien avec lui et avec la dernière année de la séquence est que ces années intermédiaires élucident peu à peu la notion d'essai, donc l'activité d'essayiste. Mais son “obsession“ est plus ancienne encore, sa première année de cours, sept ans avant le début de cette séquence, est «Proust, mémoire de la littérature». Ce n'est pas le cas de tous, néanmoins on élit donc certains professeurs du Collège de France du fait même qu'ils sont “obsessionnels”, qu'ils ont la capacité de passer quinze ou vingt ans à traiter une question mineure dans un domaine restreint avec constance et acharnement. Bien sûr, on ne recrute pas n'importe quels “obsessionnels”, on recrute des “autistes”, les “schizophrènes” n'intéressent pas le Collège de France: leurs enseignants doivent pouvoir à la fois traiter le même sujet avec constance et le traiter de manière renouvelée chaque année; ou au moins tous les deux ans. Dans d'autres contextes, à l'Université ou dans les Grandes Écoles par exemple, et bien sûr dans l'enseignement primaire et secondaire, des professeurs “schizophrènes” sont acceptables et parfois (et souvent?) nécessaires, des enseignants capables de refaire chaque année le même cours dans les mêmes termes – tout redoublant a connu le cas de professeurs extrêmement routiniers, je me rappelle même d'un cas que l'on peut classer dans la catégorie “malade mental”, un professeur de grammaire médiévale qui évitait toute interaction avec ses étudiants, s'installait à sa table, se penchait vers le texte de son cours et le lisait pendant une heure à un rythme monotone et constant; ayant suivi son cours deux années de suite, j'ai pu constater qu'il n'y avait aucune variation; enfin, la deuxième année je l'ai suivi assez épisodiquement...

Bien sûr, mes qualifications “mentales” ne rendent pas compte d'une quelconque pathologie, je ne connais pas Antoine Compagnon mais pour l'avoir lu ou entendu dans d'autres contextes, même si je le sais assez focalisé sur des sujets qu'on peut caractériser “littéraires” il n'est pas pour cela obsessionnel, ce qu'on privilégie au Collège de France c'est une autre capacité, celle de construire un enseignement sur une longue durée, centrée sur un sujet au thème assez restreint, et à partir de ce sujet et de ce thème de faire des développement qui élucident leur rapport avec une très large portion de la société, qui excède même le domaine d'enseignement – Antoine Compagnon est autant historien, sociologue, philologue, philosophe, politiste, comparatiste, historien de l'art, que “spécialiste de la littérature française moderne et contemporaine”, avec une orientation sur son Histoire, sa critique et sa théorie. Quant aux enseignants et chercheurs “schizophrènes”, sauf le cas cité il s'agit d'un comportement fonctionnel, la majeure partie des professeurs interagit avec ses élèves, varie ses cours, improvise, les fait évoluer en fonction de l'évolution du domaine et de leurs connaissances et compétences propres, mais par le fait, d'une année l'autre l'essentiel de leur enseignement est assez routinier. Clairement, et mon exemple l'illustre, quand on recrute un enseignant on suppose qu'il ne sera que fonctionnellement “obsessionnel”, s'il l'est réellement ça peut poser problème. Puisqu'on en est aux enseignants, je me rappelle d'un cas intéressant, celui d'un professeur de littérature médiévale très branché “psychanalyse” (au point de s'être fait la tête de Jacques Lacan – pas strictement mais par sa coupe de cheveux, son habillement, ses attitudes corporelles, et bien sûr par son élocution, il faisait un clone acceptable de Lacan) qui lors d'une grève étudiante dure (en 1986, pour ceux qui se souviennent de l'époque et des grèves étudiantes du moment – pour les autres, une recherche sur "loi Devaquet" vous donnera le contexte) fit le coup de poing avec les étudiants d'un piquet de grève qui l'empêchait d'accéder à sa salle de cours. Pour employer un terme qui faisait partie de son vocabulaire, il avait un comportement “hystérique”, au-delà de toute mesure, alors qu'à l'évidence, qu'il soit ou non dans cette salle de cours n'aurait rien changé puisque nul étudiant ne pouvait entrer, sinon les grévistes... N'eut-il été professeur de rang A, on aurait pu qualifier son comportement de TOC, de “trouble obsessionnel compulsif”: visiblement, ce qui lui posait problème n'était pas la grève mais le fait qu'on l'empêche d'accomplir un comportement routinier. Soit précisé, l'ayant aussi eu comme professeur je puis témoigner que, certes avec plus de brio, il ne différait guère de mon autre exemple, mais plus en mode “comédien”: il ne lisait pas son cours mais d'évidence il le connaissait par cœur.

Je tire mes descriptions générales et mes exemples de ce domaine parce que les enseignants sont supposés être des “intellectuels”, donc des personnes d'une certain intelligence et même d'une intelligence certaine, et qui “comprennent ce qu'elles font”. Ce que ne démontrent pas toujours les faits. Je ne vais pas vous raconter toute ma vie mais du moins, je suis une personne qui aime savoir et comprendre, et que je suis de longue date passionné par le monde et spécialement la société, ce qui m'a souvent amené à m'investir dans des structures “sociales”, associations et syndicats entre autres, à fréquenter – sans jamais être encarté – des groupes politiques formels ou informels, “partis” ou “mouvements”, et des instances du type conseils d'administration, toujours en tant que péquin de base, “représentant étudiant”, “représentant du personnel”, enfin, la personne en bas de l'échelle sociale dans le contexte. Une très bonne position quand on veut être observateur autant qu'acteur, être un “observateur participant” comme disent les ethnologues. Entre autres choses, j'ai constaté que parmi les enseignants et étudiants, donc des “intellectuels”, il y a la même proportion de cons et de salauds que partout ailleurs. J'exagère un peu mais à peine. Par contre, un “con intelligent” ou un “salaud intelligent” le sont “intelligemment plus”, je veux dire ont les moyens intellectuels de se faire cons ou salauds et sont donc plus efficacement cons ou salauds que les cons et salauds intellectuellement moins bien armés.

Je m'éloigne de mon sujet. Chacun ses “maladies mentales”, je ne qualifierai pas la mienne mais du moins, d'évidence elle me conduit à m'éparpiller. Je publie en promettant sans certifier pouvoir le faire de tenter de resserrer mon propos.


Je suis très intéressé par une typologie de “maladie mentale” déjà ancienne mais qui n'a connu une forte audience que récemment; je ne le daterai pas mais du moins, ça fait moins d'un quart de siècle: l'autisme. Cette “maladie” a une trajectoire curieuse. En un premier temps, en 1911, il s'agit d'un ensemble de symptômes qui aident à dresser un tableau clinique pour déterminer si certains “déments” sont “schizophrènes”, et de quelle classe de “schizophrénie”. Ce n'est qu'en 1943 que le qualificatif prend son autonomie pour désigner une “maladie mentale” distincte. Le nom est intéressant, au départ un “latinisme”, c'est-à-dire un mot “ayant forme latine”, qui n'est pas un mot latin et dont la racine est grecque, “auto, auton”, en gros, “soi”: comme symptôme, il désigne le fait d'être “tourné vers soi”, comme maladie le fait de “ne pas être tourné vers l'autre”; dans un cas il s'agit de “désocialisation“, dans l'autre, de, peut-on dire, “asocialisation”, un “schizophrène” est supposé “perdre le contact avec la réalité”, un “autiste” censé “ne pas entrer en contact avec la réalité” – la réalité sociale, bien sûr, tant qu'un être vivant est vivant il est en contact avec la réalité. Enfin, pas si bien sûr: je sais avec certitude que pas mal de gens ont une interprétation littérale de la chose et sont persuadés que les “autistes” et “schizophrènes” sont effectivement, et non pas symboliquement, hors de la réalité – qu'ils vivent dans une autre réalité que la leur, une sorte de monde parallèle. Donc, en 1943 la “maladie autistique” est définie. Dans la même période sont définies d'autres “maladies” avec des caractéristiques similaires, entre autre, la même année 1943, le “syndrome d'Asperger”, qui pour son inventeur est un cas de “pathologie autistique”; comme il réfléchit toujours dans le cadre la définition de 1911, pour Asperger il s'agit toujours d'une sorte de “schizophrénie” mais mieux délimitée, en voie d'autonomisation dira-t-on; curieusement, l'autonomie effective de ce “syndrome” précède de peu son inclusion dans la classe “autisme”, mais une autre classe que celle précédente, l'ensemble de symptômes de 1911 ou les syndromes de 1943. C'est que, entretemps une série de “démences” jusque-là de la classe “schizophrénies” qui, entretemps, ne désigna plus une “maladie” mais un ensemble de maladies de moins en moins distinguables d'autres névroses ou psychoses, jusqu'à la construction paradoxale de “schizophrénie paranoïaque” ou “paranoïde”, et divers tableaux cliniques anciennement classés autrement sont peu à peu fédérés dans la catégorie “autisme”.

Les “psys” de tous ordres, spécialement en ce cas les “psychiatres” mais les “psychanalystes” et “psychologues” tendent à converger avec eux quant aux termes sinon aux définitions, donc, les “psys” ne sont pas plus bêtes que vous et moi – enfin, pour vous je parle sans savoir; disons – les “psys” ne sont pas plus bêtes qu'un autre, pas plus bêtes que des professeurs d'Université par exemple, et aussi sensibles que n'importe qui aux évolutions sociales, de ce fait, et d'autant plus que leurs catégories ont pris de l'importance dans le discours public, ont été progressivement amenés à modifier leurs terminologies, parce qu'il devenait de plus en plus évident que les “maladies” nommées regroupaient tout et n'importe quoi; je ne sais pas exactement quand, quelqu'un a inventé une formule formidable, “spectre du trouble”. Si par exemple, si vous alternez entre moments plus ou moins dépressifs et moments plus ou moins maniaques, vous n'êtes plus “maniaco-dépressive” ou “maniaco-dépressif” mais vous souffrez d'un mal recensé dans le “spectre du trouble bipolaire”, en gros, vous souffrez de bipolarité mais possiblement “vers l'ultraviolet” ou “vers l'infrarouge”, et comme c'est un “trouble”, on ne peut pas certifier que ce soit une “maladie” même si ça y ressemble, ou peut-être non. Avec une formule de ce genre, on peut continuer à classer les carpes et les lapins dans le même ensemble, ce qui peut être exact – ce sont des vertébrés par exemple –, mais si on essaie de placer un lapin dans le même environnement qu'une carpe “pour son bien”, pas sûr que ça soit d'une remarquable efficacité...

Je me moque, je me moque... À raison je crois. En l'état actuel des choses, les “psys” mais surtout ceux “-chiatres” et “-chanalystes”, sont des sortes de tenants de la Génération Spontanée, en gros, les “maladies mentales” sont sui generis, “naissent dans l'esprit”. Je généralise en sachant que ces deux ensembles ne forment pas des blocs mais chez eux comme ailleurs dominent les salauds et les cons. Je vais définir, pour qu'on ne me prenne pas pour un con, ou pire, pour un salaud. Ce que je nomme “cons” et “salauds” dans les discussions de ce blog correspond à des types de comportements. Le “con” est la personne qui se comporte continument selon les mêmes procédures et avec les mêmes présupposés même quand il a été démontré que ce type de comportement ne donne en général pas le résultat escompté, qu'elle en est informée et qu'elle le constate ou peut le constater. Le “salaud”, c'est celle qui pour des motifs divers contribue délibérément et en connaissance de cause à disqualifier toute mise en cause valide de ses pratiques. Les motifs ne sont pas si divers, cela dit; et peuvent se résumer en “préservation des positions acquises”. Pour prendre un exemple concret dans un autre domaine mais dans le même secteur, le cas du “Médiator”, un cas typique de “coalition des salauds et des cons”. Pour mon confort, les “salauds” et “cons” fonctionnels qui m'intéressent seront dits par après Salauds et Cons, ces mots sans guillemets ni majuscule étant réservés à en usage d'insultes. Donc, un cas typique de Coalition des Salauds et des Cons.

Comme on le sait désormais, les Laboratoires Servier savaient au plus niveau, celui décisionnaire, que la molécule active du Médiator avait un effet nul ou négligeable en tant que médicament pour ce qu'il était censé soigner ou soulager, le diabète de type 2, un effet réel mais aléatoire et non durable en tant que “coupe-faim”, et des “effets secondaires“ pas si secondaires et assez problématiques, avec morbidité certaines et risque de mortalité élevé. Bref, un “médicament” qui ne soigne rien, prescrit pour une autre action que celle supposée, et dommageable pour la santé. Les décisionnaires de l'entreprise ont sciemment dissimulé ces informations et continué de produire et de vendre le Médiator, toujours en tant que soin pour le diabète pour les autorités, et en tant que coupe-faim pour les prescripteurs.

Mes catégories sont plus subtiles, il y a aussi les Salauds-Cons et les Cons-Salauds. je concède, une subtilité à coups de serpe mais quand même... Dans cet exemple, les Salauds sont les décisionnaires de Servier, les Cons les personnes trouvant plus confortable d'utiliser un “médicament coupe-faim” que de changer de comportement si elles s'estiment en “surpoids”, les Salauds-Cons les autorités de régulation, les Cons-Salauds les prescripteurs. Le Salaud-Con est un Salaud qui agit comme un Con, inversement pour le Con-Salaud. Dans ce cas: les membres de l'autorité de régulation ne se donnent pas les moyens de remplir leur fonction, ou acceptent de la remplir en sachant par avance qu'ils n'en auront pas les moyens. Leur “saloperie” est antérieure puisqu'ils acceptent délibérément d'acquérir une position dont ils tireront les profits associés en sachant ne pas pouvoir honorer leur mandat, mais une fois en fonction agissent “comme des Cons”, se comportent “comme si”, font les actes et les gestes de leur fonction en obtenant des résultats nuls ou contraires à ceux attendus. Les prescripteurs, ne font pas “comme si”, ils font les gestes de leur fonction mais n'obtiennent pas les résultats escomptés sans que ce soit prémédité; où ils sont Salauds, en tant que “sachants” dans le domaine du diagnostic et du soin, ils sont censés s'informer sur l'état de l'art, sur les effets primaires et secondaires effectivement constatés et évalués des médicaments qu'ils prescrivent, enfin sur l'adéquation entre leur diagnostic et leur prescription. On ne peut pas dire que les prescripteurs ont délibérément prescrit un poison, on peut en revanche dire qu'ils ont délibérément renoncé à agir en connaissance de cause. Ce fait se constate de la manière la plus simple, puisque la quasi-totalité des prescriptions de Médiator le furent pour des personnes ne souffrant pas d'un diabète de type 2, unique cas pour lequel il avait reçu une autorisation de mise sur le marché.

Publions, et revenons aux “psys”.


Je ne supposerai pas que vous avez connaissance des milieux dits professionnels, ou de milieux similaires, mais nécessairement, en tant qu'être social vous participez d'au moins un, probablement plusieurs “milieux”, d'ensembles d'individus ayant des rapports formels et des positions définies dans l'ensemble, pas nécessairement hiérarchisés formellement mais du moins, chacun sait quelle est sa place et sa fonction. Une large partie des membres de ma société locale, la France, connaît en premier ce genre de rapports dans les établissements scolaires, et je puis supposer que, pouvant accéder à ce billet via Internet, il doit en aller de même dans la vôtre, quelle qu'elle soit. Je ferai donc par après des généralités en supposant que vous avez une familiarité avec des structures du type dont je parlerai, pas nécessairement celles que je prendrai en exemple mais d'autres similaires. Le milieu scolaire étant la plus commune expérience, je prendrai donc cet exemple pour schématiser les rapports entre membres d'une structure formelle.

Aussi libérale et apparemment informelle soit une structure scolaire, il y a un rapport clair pour tous: certains sont des enseignants, certains des enseignés. Et les uns ne sont pas les autres. Un enseigné peut certes être l'enseignant d'un autre enseigné mais en ce cas, de manière réellement informelle et toujours sous le contrôle, même distant, des enseignants en titre. Dans une structure scolaire, on sait toujours qui sont les maîtres et qui sont les élèves. Dans le cadre de la structure ou en-dehors d'elle, une activité non négligeable peut se décrire comme de la critique interne, elle concerne la structure même, son organisation, ses règles, ses objectifs, les compétences avérées ou supposées de ses membres, leurs qualités intrinsèques avérées ou supposées en tant que membres de la structure et en tant qu'individus, que personnes privées, etc. Ses membres ont aussi connaissance de critiques externes sur à-peu-près les même sujets, cela au niveau de la structure, des sous-groupes internes (les classes par exemple, ou le corps professoral) ou externes (les groupes d'affinité informels, “les copains”, ou formels, associations d'élèves actuels ou anciens, syndicats, clubs sportifs, etc.), des membres (notamment, dans le cadre familial ou à travers des médias formels ou informels). Enfin, il y a la position propre de chacun à la fois à la structure et à soi, la représentation que l'on a de la structure, de soi, et des rapports réciproques entre soi et la structure. Vous n'aurez pas manqué de l'observer, il y a souvent divergence de vue sur un même aspect selon les acteurs concernés, qu'ils soient internes ou externes, et leur positions relatives aux autres membres de la structure et à la structure même. Et vous n'aurez pas manqué de l'observer, on, ce qui intègre toutes les personnes concernées par la structure y compris soi, on, donc, ne tient pas les mêmes discours sur un sujet donné selon les contextes, au risque d'avoir des problèmes si on ne fait pas bien la différence, par exemple on peut impunément dire pis que pendre d'un professeur entre copains à la sortie de la structure mais si on le fait en classe à haute-voix devant lui ou un de ses collègues, ça ne sera pas impunément. Les rapports sociaux sont complexes, on peut considérer objectivement qu'une personne fait bien ou ne fait pas bien ce qu'elle fait, et pour des motifs divers émettre un avis contraire à cette évaluation objective; si c'est “pour ne pas faire de vague”, on est un Con; si c'est pour préserver sa position, on est un Salaud; mais comme exposé dans le cas du Médiator, ces deux extrêmes peuvent se mêler à dose diverse et pour des motifs parfois contradictoires. Qui a envie, élève ou professeur, de se faire saquer de sa structure scolaire? Alors on se tient les coudes et les rares “lanceurs d'alerte” ou “défenseurs de la justice” qui mettent en cause la structure sont beaucoup plus souvent punis que ceux qui la détruisent par leur comportement à la Con ou à la Salaud, laquelle ne met pas en cause la routine ni les positions acquises.

Les “psys“ ont-ils la moindre raison d'être moins Cons ou Salauds que vous et moi? À mon jugé, non. Par contre, leur connerie ou leur saloperie n'a pas les mêmes conséquences sociales que celle de la plupart des membres de la société. Pour reprendre brièvement le cas des structures scolaires, un Con ou un Salaud professeur a un impact beaucoup plus important sur la structure qu'un élève, mais du fait même de leur position dans la structure, un élève Con ou Salaud, pourtant moins nocif, a beaucoup plus de chances d'en être exclu que n'en a un professeur. Pour paraphraser sur l'imbécillité, les pauvres et les riches, un élève Salaud est un Salaud, un professeur Salaud est un professeur. Raison pourquoi, fonctionnellement il est beaucoup plus pertinent de veiller à ce que les personnes occupant les positions sociales les plus cruciales fassent bien ce qu'elles font et les sanctionner gravement en cas de manquement, que de surveiller et punir les lampistes, mais qu'effectivement ça se passe rarement ainsi, et qu'il vaut mieux être un chef Con qu'un lampiste intelligent.


Je publie, pour en venir enfin à mon sujet.


La question n'est pas tant de savoir s'il existe quelque chose comme des “maladies mentales”, ça me semble une hypothèse non démontrée, autant que je sache ni les “neuro-machins” ni les “psy-machins”, donc ceux qui s'intéressent au “mental” comme “corps” ou “esprit” n'ont jusqu'ici mis en évidence un “germe mental” de ces maladies qui en expliqueraient la Génération Spontanée. Je ne suis peut-être pas con ou salaud, et en tout cas assurément pas Con ni Salaud, mais je suis idiot: depuis aussi longtemps que les humains s'intéressent aux effets, aux causes, et aux processus de causes à effets, chaque fois qu'on a élucidé des processus à propos desquels s'opposaient des hypothèses de type Génération Spontanée et de type non linéaire à causes multiples dont une source ou un déclencheur est extérieur à l'objet considéré, celles de type Génération Spontanée se sont révélées inexactes. L'hypothèse implicite sous-tendant le concept de “maladie mentale” est de type Génération Spontanée, donc elle est inexacte. La question n'est donc pas de savoir si ni même pourquoi elle est inexacte, mais comment elle l'est. De savoir quelle est l'hypothèse indémontrée qui la rend vraisemblable alors qu'elle est à l'évidence invraisemblable. Mon petit développement sur le cerveau comme réseau et non comme nodule va nous aider à élucider la chose.

Il faut d'abord considérer que nous vivons dans un univers non causal. De ce fait, toute explication causale linéaire simple, à telle cause tel effet, à tel effet tel cause, est nécessairement inexacte. Je ne méconnais pas la validité des explications causales de ce type dans des contextes limités et pour des actions hautement prévisibles, le genre de processus qui permettent à quelqu'un d'habile de faire de très longues séries gagnantes au billard à trois bandes. Mais dès qu'on sort de ces contextes limités et prévisibles l'univers, même un univers restreint comme mon Petit Liré, devient assez vite imprévisible. On n'a plus affaire alors à des processus causaux mais à des processus stochastiques. Un processus stochastique est un «processus dans lequel à une variable x (déterminée ou aléatoire) correspond au moins une variable simplement probable». Je me suis entendu dire un jour que je faisais de la “masturbation intellectuelle”; indirectement, c'est un propos rapporté. La personne qui a émis cet avis est fort polie, si j'avais eu la même opinion d'un texte j'aurais été plus vulgaire et aurais parlé de “branlette intellectuelle”, ou plus probablement j'aurais été encore plus vulgaire et plutôt scatologique, du genre «Il a de la merde à la place du cerveau, ce con-là!» C'est ainsi, je suis un gars assez vulgaire et tranchant. Je comprends son avis et la remercie de sa modération. On apprend à beaucoup de mes contemporains que dès qu'un mot dépasse trois syllabes “c'est compliqué”, dès qu'une phrase dépasse une dizaine de mots, articles, pronoms et conjonctions compris, “c'est compliqué”, et dès qu'une séquence de mot à les apparences de la “science”, “c'est compliqué”. N'hésitant pas à user de mots longs et rares, à faire des phrases parfois longues (pas autant que celles proustiennes, mais assez longues tout de même, et pleins d'incises comme celle-ci), et à user d'expressions qui ont les apparences de la “science”, je ne puis être surpris de ce genre d'appréciations. D'un côté je ne souhaite rien tant que d'élargir mon audience, de l'autre je n'écris pas pour être compris par la majorité de mes contemporains, si ça devait se produire ça me prouverait que mes contemporains savent enfin lire dans leur majorité, mais je n'escompte pas que ça se fasse dès demain matin. Il y a cependant tout une classe de mes contemporains, pas si rare, qui n'a pas les deux premiers travers, mais ont le troisième. Par exemple si ça a l'air d'être “des mathématiques”, alors “c'est compliqué”. Les formes “ça à l'air” de ce type se repèrent très vite, c'est une des principales tâches de l'école de nous apprendre à les repérer. On peut abandonner les dénominations qu'on n'en abandonne pas pour autant les pratiques, la tâche principale de l'école est de nous apprendre à identifier les différents types de rhétoriques. Par exemple, si vous voyez une forme du type «une variable x (déterminée ou aléatoire) correspond au moins une variable», “alors” c'est de la rhétorique mathématique. Ce qui est exact. Ce n'est pas de la mathématique, ou pas en soi, mais c'est de la rhétorique. De la rhétorique “genre mathématiques”. Il se peut que cette rhétorique vise à exprimer une notion mathématique, il se peut que non. Je tire cette définition du Trésor de la langue française, le TLF, qui n'est ni un traité de mathématiques ni un traité de rhétorique mais un dictionnaire de langue, d'où l'on peut supposer que ce n'est ni de la mathématique ni de la rhétorique. C'est une définition. La définition de “processus stochastique”.

J'explique. Il m'arrive, quoique rarement, de tirer mes citations de textes de spécialistes destinés à des spécialistes, mais le plus souvent non. Mes sources principales sont le TLF, un dictionnaire de langue, et Wikipédia, une encyclopédie grand public. Il m'arrive de citer des “spécialistes” mais le plus souvent à partir de leurs ouvrages destinés à un public de non spécialistes; en général ils visent un public cultivé, donc non pas un public qui aurait avalé tout un dictionnaire et toute une encyclopédie dont la Substance, par la magie de la Digestion Transcendantale, serait passée directement de leur tube digestif au Siège de la Pensée, mais à un public qui n'a pas peur des mots et un dictionnaire ou une encyclopédie sous la main. Quand je tombe sur une phrase que je ne comprends pas, si les mots me sont connus je la lis jusqu'à pouvoir considérer la comprendre, si certains mots me sont inconnus, je tente de mon mieux de les comprendre en les analysant (pour exemple, si je tombe sur un mot comme “psychodynamique” j'en comprends les deux formants principaux, ce qui ne me livre pas le sens du mot, mais celui-ci sera dans un contexte qui pourrait le faire émerger, et en dernier ressort je vais chercher sa définition, découvrir que ça désigne «l'étude des relations entre réponses aux stimuli», ce qui m'explique alors pourquoi le sens me restait hermétique, et pourquoi le contexte où je l'ai découvert avait toute les apparences d'un précis d'alchimie métaphysique, par contre la première fois que je suis tombé sur le mot “stochastique” il m'est apparu inanalysable, par contre ses diverses définitions étaient claires et précises) et à la fin, je fais ce que dit entre parenthèses, si je ne comprends pas le mot, je vais chercher sa définition dans un dico. Comme l'a dit Christiane Taubira (ce n'est pas verbatim), je n'ai peur de rien, j'ose tout, je suis téméraire. Entre autres je n'ai pas peur des mots et encore moins des dictionnaires, et témérairement je les ouvre.

La définition de “processus stochastique” est «processus dans lequel à une variable x (déterminée ou aléatoire) correspond au moins une variable simplement probable». Le premier mot qui peut arrêter est “stochastique”. Il n'est pas si rare qu'on ne le rencontre jamais, de là à connaître son sens, il y a de la distance; je ne sais pas quand je l'ai lu ou entendu pour la première fois mais du moins ça fait un moment, au moins un quart de siècle. Ça ne m'a longtemps pas posé problème de ne pas connaître sa définition parce qu'il figurait dans des contexte où une part essentielle du propos me dépassait, et que je ne m'y intéressait que pour le reste, ce qui était à mon niveau – par exemple, un article ou un livre traitant de statistiques où certaines parties sont plus précises quant aux méthodes des statisticiens mais où la partie qui m'intéresse est celle sur les résultats et l'analyse de ces résultats. Vint un moment où je me suis beaucoup plus intéressé aux méthodes et concepts en statistiques, et là il m'a fallu comprendre ce mot, et je m'y suis attelé. Ce qui expose en bref ce qu'est un lecteur intelligent: il n'a pas de problèmes pour assumer ses limites, et pas de réticences à ne pas tout comprendre de ce qu'il lit, mais s'il doit parvenir à comprendre une partie ardue dans un texte pour en comprendre le sens, il n'aura pas peur de s'y essayer et saura où et comment chercher. J'ai tendance à faire confiance à mon possible lectorat parce que je me fais confiance: ce que je peux faire, il peut le faire. Mais une confiance limitée, de temps à autres je livre des bons conseils quand il me paraît important d'être compris.

Donc, “stochastique” peut arrêter; ça tombe bien, l'auteur a pris soin de donner la définition, ce qui évite d'aller la chercher, et plus précisément celle parmi les multiples acceptions qui l'intéresse ici, plus un lien vers la définition, si on veut en savoir plus. Cette définition provient donc d'un dictionnaire de langue, donc doit être assez accessible, “grand public”, mais grand public qui utilise des dictionnaires et sait les lire. Cette définition, «processus dans lequel à une variable x (déterminée ou aléatoire) correspond au moins une variable simplement probable», est cependant un peu spéciale, il s'agit d'une phrase tirée d'un manuel de mathématiques, donc elle a l'apparence de la rhétorique mathématique et cette apparence n'est pas trompeuse. Cependant, un rédacteur de dictionnaire de langue l'a estimée accessible à un public plus large, donc “non spécialiste” en mathématiques. La méthode ici est de dépasser la forme pour aller au fond. Même si on n'est pas féru dans le domaine, on a été formé pendant des années pour pénétrer les arcanes de ce type particulier de rhétorique, non pas pour en comprendre un supposé “sens mathématique” mais au contraire pouvoir la traduire en langue ordinaire.

Première étape, voir ce qui est de compréhension immédiate. Ici, les trois premier mots et les deux derniers; donc, il s'agit d'un «processus dans lequel quelque chose est simplement probable». Là ça suffit pour une compréhension utile dans le contexte, un processus où on ne peut pas tout savoir sur tout. Mais comme vous et moi avons été formés à décoder ce type de rhétorique nous pouvons aller plus loin. Par exemple “variable x”: “variable” on sait à-peu-près ce que ça signifie, “x” se traduit par “quelconque”, donc “variable quelconque”, ce qui donne à penser que le rédacteur de ce manuel est un cuistre parce qu'une variable quelconque est quelconque, donc indifféremment déterminée ou aléatoire, “ça dépend du contexte”. On n'a pas nécessité à traduire proprement ce type de définition si on en comprend à-peu-près chaque partie, mais du moins, après un bref moment d'interprétation on parvient sans trop de peine à comprendre quelque chose comme: «un processus où à une variable quelconque correspond au moins une variable indéterminée». Conclusion, l'univers est globalement stochastique parce qu'assez vite on est dans des contextes où au moins un paramètre est indéterminable. Dans un univers stochastique, faire l'hypothèse que quelque chose peut issir d'une Génération Spontanée est idiot, dans le meilleur des cas.

Désolé de cette digression qui n'avait qu'un but, vous dire: n'ayez pas peur des mots. Parce que quand on tombe dans un domaine du genre “psy” on a vite fait de tomber sur des mots, des formules, des phrases, qui ont pour but principal de donner les apparences de la complexité en empruntant les formes et les termes qu'on attribue facilement aux sciences, et qui à l'analyse se révèlent souvent des truismes ou de l'hermétisme de type alchimique, «des grands mots pour ne rien dire». Pour rappel, les “troubles du spectre autistique”. Je me demande si je n'avais pas écrit “spectre du trouble autistique”. Ouais, c'est ça, mais avec “bipolaire” et non avec “autistique”. Aucune importance, sauf dans un conclave de Psychoshamans, avec majuscule. Une formule magique doit être compliquée non pas pour bien fonctionner mais pour repérer les faux Psychoshamans, si la psy-machinchouetterie ne vous intéresse pas plus que ça et si vous ne faites pas partie d'une sectes de “bipolaires” ou “autistiques” ou autres sectes “psychiques”, “troubles du spectre autistique” ou “spectre du trouble autistique” ça se vaut. Les formules magiques n'ont d'importance que pour ceux qui les inventent et ceux qui les propagent ou les répètent. Pour des raisons personnelles, précisément, parce qu'il y a quelques temps déjà je fus non pas diagnostiqué mais étiqueté “bipolaire” (pour des raison tout ce qu'il n'y a pas de “mentales” j'ai, à un moment qui remonte au tout début du siècle “pété les plombs”, du fait j'étais genre énervé et pas très cohérent dans mon discours dans les moments où mon énervement montait encore d'un cran, suite à quoi j'ai eu un gros coup de mou, parce que quand on est sur les nerfs pendant deux ou trois semaines, ça fatigue... Suite à quoi, j'ai cela dit connu une vraie période de dépression, mais qui s'est terminée environ six mois après que j'aie... cessé de consommer des “antidépresseurs”), ce qui m'incita à savoir pourquoi on était passé de la catégorie “maniaco-dépressif” à celle “bipolaire”. Soit précisé, je suis un type pas très normal mais d'une tout autre anormalité, j'ai une maladie “mentale” incurable, je suis intelligent. Trop. Et cela depuis longtemps. J'ai une considération mitigée envers les “tests psychotechniques” mais tout de même, ça peut être indicatif. Quand j'avais treize ans on a évalué mon QI, mon “quotient intellectuel”, qui mesure plus la capacité d'une personne à passer les tests que proprement l'intelligence. Malgré tout, passé un certain plafond, ça peut être aussi un indicateur d'intelligence. J'avais un vague souvenir du truc, on ne peut pas dire que ça m'ait passionné, mais je croyais me souvenir avoir été évalué à 130 ou 140, donc, en gros, l'intelligence testable d'un individu moyen de 17 à 18 ans; par hasard je suis tombé sur la feuille de résultats remise à mes parents à l'époque: évalué à 160, donc l'intelligence testable d'un individu moyen de 21 ans. Intelligent. Trop.

Je ne dis pas ça pour me vanter, d'autant moins que passé un certain âge, on tombe très vite vers la moyenne. Ben oui: le Génie Surdoué qui a un niveau estimé de 160 à treize ans, quand il aura dans les trente ans, probable qu'il sera à 100, parce que passé un certain âge les tests de QI ne permettent plus d'établir de niveau par année. Si vous préférez: le “niveau d'intelligence” d'une population de quarante ans variera très peu par rapport à celle d'une population de trente ans, on pourra constater que telle personne a une réussite nettement plus haute que “la moyenne”, mais on observera que la moyenne d'une population d'âge de n'importe quelle tranche entre vingt-cinq et quarante-cinq ans est assez égale, ce qui rend caduc le mode d'estimation quand il s'établit sur la différence de moyenne par tranche d'âge. J'ai peur de ne pas être clair... Pas grave, de tout manière le QI c'est une connerie.

Je ne suis pas trop, ni trop peu, ni “différemment”, ni ce qu'on veut qui signifie que “ce n'est pas pareil” intelligent, je suis intelligent, ce qui est parfois un avantage, parfois un inconvénient, le plus souvent un fait sans incidence particulière. Pour moi c'est un bien, j'aime me sentir intelligent, quand on prend l'intelligence, ce type d'intelligence, pour ce qu'elle est, on s'en sert, et bien, d'une manière intelligente. Par exemple, je parle dans un autre texte du fait que je suis pauvre, et du fait que je me déplace essentiellement à pied ou en vélo: l'idiot se déplace à pied parce qu'il est pauvre, l'intelligent est pauvre parce qu'il se déplace à pied. Je ne souhaite pas spécialement être pauvre mais je préfère me relier au monde plutôt que de courir après l'argent, et marcher est une merveilleuse manière de se relier au monde. Courir aussi – mais pas après l'argent. Je peux imaginer des moyens de me servir de cette intelligence pour, et bien, pour “m'enrichir” au sens d'accumuler des biens, ce qui contribuerait probablement à augmenter le désordre du monde sans que j'en tire un profit particulier, au bout du compte, je mourrai, alors autant vivre avec agrément ce jour en y laissant la moindre empreinte possible.

Pour conclure sur ce point, ce type d'intelligence dont je parle ne se mesure pas avec des tests psychométriques, dans mon jeune temps mes meilleurs copains étaient des neu-neu, des “débiles mentaux”, parce que mes parents étaient éducateurs, vivaient en logement de fonction dans leur établissement, donc les gamins dans la cour étaient des neu-neu, question QI ça devait naviguer entre impossible à évaluer et 80, et le type d'intelligence en question n'était pas corrélé au niveau de QI, c'est une question de sensibilité, certaines personnes se sentent intimement liées au monde, d'autre non. Ne pas croire non plus aux conneries d'intelligence du cœur, pauvre en esprit, riche en amour, chez les neu-neu aussi y a des sacrés Cons et des sacrés Salauds, mais je dois dire que dans l'ensemble il y en a moins que dans la population générale – probablement parce qu'on ne les oblige pas à être Cons ou Salauds.


Les “troubles du spectre bipolaire”. Après recherches, et tant qu'à y allez avec la pédanterie et les mots peu usités, il appert que les personnes “bipolaires” sont tantôt très actives et sûres d'elles, genre “maniaques”, tantôt très passives et très peu sûres d'elles, genre “dépressives”. Il appert aussi que certaines sont constamment actives, d'autres constamment passives, genre “monopolaires”, enfin que certaines tantôt actives, tantôt passives, tantôt dans un état moyen qu'on peut qualifier de normal, donc “tripolaires”. Et bien sûr, il y a les cas qu'on dira tendanciels dirigés, les personnes à état changeant entre environ la moyenne et vers l'activité, entre environ la moyenne et vers la passivité, puis tous les cas stables dirigés, stablement plutôt actif mais sans excès, stablement plutôt passif mais sans excès. Les troubles du spectre bipolaires intègrent tous les cas d'activité ou de passivité écartés de la moyenne d'une manière estimée significative par un “psy” chargé de les évaluer. Si on a un coup de chaud ou un coup de mou et que ça se gère tranquille, entre soi, en famille ou entre copains, on ne sera jamais en interaction avec un “psy”, donc une personne qui doit évaluer une personne parce qu'on l'a requise de faire cette évaluation. J'entendais un cas intéressant il y a peu sur ma radio: une personne, disons, a un coup de chaud, s'énerve, a un comportement excessif, prend ses affaires et claque la porte. Elle va se poser sur un banc dans une rue un peu plus loin, se calme, se raisonne, revient chez elle et discute le coup avec ses parents, les choses se tassent mais entretemps les parents avaient appelé les pompiers qui se pointent, on leur explique, ils comprennent mais disent que la loi les oblige à embarquer leur fille pour qu'elle s'entretienne avec un psychiatre parce qu'il y a eu signalement. Bon, elle dit d'accord, ils y vont, et là, elle tombe sur un “psy” qui pour une raison qu'elle ignore ne l'a pas à la bonne et crée une situation où la fille s'énerve, du coup la “psys”, pour lui apprendre à respecter l'autorité, lui colle un motif, comme on dit dans l'armée, indique dans son dossier qu'elle est raide dingue – euh pardon, qu'elle a un syndrome qui porte un nom dans la nomenclature, et la fait enfermer. Après quelques péripéties elle finit par sortir mais le médecin qui prend cette décision lui explique que selon lui tout ça résulte d'un quiproquo mais qu'il ne peut pas se mettre en faux avec la collègue donc il ne va pas donner comme motif de son élargissement une erreur initiale de diagnostic mais une rémission qui autorise sa sortie. Dans une structure, il vaut mieux être vers le haut que vers le bas si on veut faire reconnaître ses droits et être respecté.

Pour en terminer avec les “troubles du spectre bipolaire”, ma description ironique sur les “spectres” qui vont de l'ultraviolet à l'infrarouge est clairement assez exacte en ce cas: pour ne pas rompre avec la tradition les auteurs de nomenclatures n'ont pas souhaité détacher la manie de la dépression mais ont du prendre en compte la clinique sur la durée, qui établit que dans les faits les maniaques et dépressifs non chroniques n'alternent pas toujours entre les deux états, d'où le “spectre”; en un second temps, tout ce qui est déterminé “manie” ou “dépression“, chronique ou non, entre dans le spectre, raison pourquoi on peut être déterminé “monopolaire” ou “tripolaire” mais être catégorisé “bipolaire“.

Je publie puis discuterai des “troubles du spectre autistique”.


Avant, un peu d'ethnologie historique. Très peu. Quand on œuvre dans un domaine aussi évanescent que les “maladies de l'esprit”, on est confronté à deux problèmes principaux. En premier, l'établissement d'un nouveau diagnostic se révèle avec le temps s'appliquer à des personnes dont l'évolution du tableau clinique est très divergent et les fait parfois entrer dans un tableau qui correspond à un autre diagnostic qui lui-même s'appliqua à des cas qui ont par la suite évolué de manières très différentes. Comme l'écrivait avec ironie un de mes auteurs favoris, Gregory Bateson,

«Lorsque l'épistémologie de base est pleine d'erreurs, ce qui en découle ne peut fatalement qu'être marqué par des contradictions internes ou avoir une portée très limitée. Autrement dit, d'un ensemble inconsistant d'axiomes, on ne peut pas déduire un corpus consistant de théorèmes. Dans ce cas, toute tentative de consistance ne peut aboutir qu'à la prolifération d'un certain type de complexité — qui caractérise, par exemple, certains développements psychanalytiques et la théologie chrétienne — ou, sinon, à la conception extrêmement bornée du behaviourisme contemporain».

Les “développements psychanalytiques” mentionnés sont ceux en vigueur à l'époque de rédaction de ce texte en Amérique du Nord, spécialement aux États-Unis, vers 1970, qui étaient assez divergents d'avec ceux de la psychanalyse en vigueur Europe; depuis cette psychanalyse étasunienne déjà très “matérialiste chrétienne” (oui, ça existe) a encore plus convergé avec la psychiatrie du même lieu et contribue notablement aux nomenclatures des troubles “psys” de ce pays, qui au cours des dernières décennies ont beaucoup diffusé à travers le monde. Je l'expliquais dans un texte récent, «Communautés», pour des raisons culturelles aux États-Unis on tend à privilégier les processus “académiques” de type bottom-up comme on dit en français contemporain, “du bas vers le haut”. C'est symbolique bien sûr, là-bas comme ici ce sont les chefs qui décident en dernier ressort mais ça a une incidence sur la manière de construire la segmentation des savoirs: chaque “sachant” aspire à déterminer “son” cas qui avec de la chance portera son nom, donc avec un ou deux tableaux cliniques vaguement similaires et vaguement différents d'autres tableaux cliniques on décrira un nouveau syndrome avec un nom bien senti. Je ne blague pas, un type a inventé en 1906 un «syndrome des personnalités multiples» qu'il a pour partie déclenchés en plaçant sous hypnose des “patients” qui “révélaient leurs personnalités”. C'était la grande époque du spiritisme qui en ces temps relevait de la Science, donc bon... Il y eut bien à l'époque un petit écho, puis ça se tasse (à partir de 1914 d'autres événements passionnèrent les médias) et ce n'est qu'en 1973 que l'idée réémerge, suite à un récit qui a tout du roman mais qui fait un carton, suite à quoi, et bien, incroyable mais vrai, des cas apparurent tout soudain. J'abrège: par après, cette vogue posa des problèmes politiques par le biais de la justice, quand des assassins se découvrirent des “personnalités multiples” et que les avocats plaidèrent qu'on mettait en accusation Bernie alors que c'était sa personnalité Joe qui avait commis le crime. Du fait, on rebaptisa le machin “trouble dissociatif de l'identité” ce qui est un utile distinguo: il ne s'agit plus de plusieurs âmes dans un même corps mais d'une seul âme “qui se dissocie”. Incidemment, les syndromes de cette catégorie auraient été étiquetés “hystérie” un siècle plus tôt.

Ce qui me ramène à mon propos: l'autre problème est précisément que les “malades” ne sont pas plus idiots et pas moins informés que les “médecins”, et les “médecins” pas moins naïfs et plutôt plus sûrs de leur savoir que les “patients”. Dans la réalité effective il en va comme dans les vieilles sagesses, et «l'esprit souffle où il veut», par ailleurs je développe d'autres considérations, ici on partita de l'hypothèse que chacun de nous a un “esprit“, associé au système cervical, au réseau; une société humaine a structurellement les mêmes caractéristiques qu'un humain, entre autres les deux “organes réticulaires”, l'infrastructure que constituent les réseaux physiques de communication, les routes, les voies navigables, les réseaux ferrés, etc., et les réseaux de transport de l'information, qui ne sont pas moins physiques mais où la part qui compte est celle symbolique, les “messages”. À l'instar du réseau cervical, le réseau d'information diffuse rapidement et en toutes directions. Possible que les médecins de l'esprit supposent que les malades de l'esprit sont des idiots, qu'ils sont incapables de comprendre ce qu'ils comprennent, ça expliquerait bien des choses sur l'idiotie apparente de beaucoup de médecins de l'esprit.

Les “malades mentaux” sont au moins de trois sortes, de quatre si on y ajoute les “déficients mentaux”: ceux qui “ont une souffrance à exprimer“, ceux qui “expriment une souffrance” et ceux qui ont un rapport au monde hors norme. Les “déficients mentaux” seraient probablement de la troisième classe si la société ne faisait pas la distinction entre les personnes “qui ont un déficit d'intelligence” et celles “qui ont une intelligence déviée”. Les deux catégories “en souffrance” peuvent être déterminées comme“malades” au sens général où une personne qui souffre est malade, “a un mal”, les autres, et bien... Prenons le cas des “déficients mentaux”: une personne qui a “une petite taille” souffre-t-elle d'une “maladie de la taille” ou, catégorie différente mais ordinairement envisagée par la société de la même manière que les “maladies”, d'un “handicap”, ou ne souffre-t-elle de rien? Certes, une très petite taille peut constituer une sorte de handicap mais un handicap social et non pas physique (considérant cependant que la notion même de handicap physique est très discutable, mais ce n'est pas ici le sujet), un humain qui diverge beaucoup de la taille moyenne constatée dans une population donnée se trouve dans un environnement où tout est conçu en fonction de cette taille moyenne, donc selon son écart presque tout y est trop grand ou trop petit; une personne qui a une intelligence trop écartée de la moyenne se trouve dans une situation équivalente, “trop” ou “trop peu” intelligente. C'est donc moins tant qu'elle est “inadaptée” que le fait que la société ne lui est pas adaptée, qu'elle a défini des standards trop limités – dans un contexte où on n'évalue pas le “niveau d'intelligence” par la capacité de lire et d'écrire, une personne très dyslexique et dysorthographique n'aura probablement pas le même niveau de QI que là où on les évalue, la norme ne sera donc pas la même; pour anecdote, dans le Berry on trouve encore assez de maison un peu anciennes, d'avant le XX° siècle, à l'époque la taille moyenne y était massivement, disons, “peu élevée”, ce qui est encore le cas d'ailleurs, même si le “Berrichon moyen” de 2019 aurait été un Berrichon de haute taille en 1869; quand je pénètre dans une maison ancienne, tout est “trop petit” pour moi alors que j'ai une taille “dans la norme”, vers le haut de la norme avec mes 187 cm, mais dans la norme de 2019 en France; à l'inverse, les quelques années où j'ai vécu aux Pays-Bas j'ai pu constater qu'à 160 cm on était à la limite basse de la norme.

Les “troubles du spectre autistique” sont un bon exemple. Il y a une norme sociale concernant les relations entre membres et plus largement le rapport au monde de chacun de ses membres, une norme plus ou moins étendue selon les sociétés et selon les époques; les personnes réputées “autistiquement troublées” sont supposées s'écarter de ces deux normes, à des degrés divers et pas nécessairement des deux, ou du moins pas évidemment des deux; l'écart “relations sociales” est prépondérant dans le “diagnostic” mais dans les cas aigus d'écart “rapport au monde”, l'écart “relations sociales” est une hypothèse difficilement démontrable. On peut décrire les choses ainsi: il y a une branche “autistique” qui dérive des tableaux cliniques “schizophrénie” du début du XX° siècle ...


Fatigué de ce texte. Parler de maladies mentales? Pour un agnostique comme moi c'est un pensum. Je laisse le soin aux “médecins de l'âme” (mais non! Pas les curés ni les imams ni les rabbins! Eux soignent les corps – les corps “sociaux”, les humains –, les psychothérapeutes: “psyché” = “âme”; “thérapie” = “soin”. Les médecins de l'âme) de se réunir en conclave pour élire le Pape de la lecture des âmes – ou de leur sondage, si on préfère. Savoir si l'âme est dans le rein ou dans le cœur – le dernier conseil œcuménique des psychiatres, psychanalyses et psychologues n'a pas tranché et reporté la décision au prochain conseil, d'autant qu'une dissidence est apparue, les tenants de la rate comme siège de l'âme.