Là encore une référence à un titre de livre, La Domination masculine de Pierre Bourdieu. Et encore un livre que je n'ai pas lu. Faut dire, Bourdieu je l'apprécie modérément, ou plus exactement de manière mitigée, il se place clairement dans la lignée des sociologues qui se rattachent aux philosophies systématiques, ce qui a son intérêt je suppose mais quant à moi ne m'intéresse pas trop. C'est ainsi.
N'ayant pas souci de développer sur ce sujet je vais publier en l'état, en précisant cependant ceci: la notion de domination masculine est douteuse car une large partie de la population dominée est masculine, et une part non négligeable de la population dominante est féminine. La domination dominante n'a pas de genre mais elle a un nombre. Un tout petit nombre: celui des membres de la population dominante.
Ce qui suit est postérieur au billet intitulé «333».
J'admets la qualification de “domination masculine” ou celle de “patriarcat” en tant qu'elles désignent des attitudes et des comportements ordinairement associés à la masculinité et à la “paternité” mais elles me posent problème par le motif indiqué, elles masquent le processus effectif observable, qui est la domination sans qualification. De fait, les “dominants” les plus visibles et les plus actifs sont le plus souvent des hommes, du moins jusqu'à date récente, mais la domination est celle d'un groupe restreint sur un groupe étendu; à l'intérieur même du groupe des dominants, et bien sûr à l'intérieur de ceux dominés, il y a aussi des stratégies et des tactiques de domination, et assez souvent elles favorisent la promotion des hommes, mais en tant que groupe les dominants visent à la domination de l'ensemble de ses membres. La question actuelle posée par l'intersectionnalité
est entre autres la “logique de groupe”, de groupe social: les féministes se rejoignent sur la question de la “domination masculine” mais se séparent sur la question des autres dominations à l'œuvre dans la société, celle des “groupes de pouvoir” sur les groupes exclus du pouvoir, celle des “groupes majoritaires” (non nécessairement en nombre mais en tant que réputés tels, dans un empire colonial par exemple, le “groupe majoritaire” est généralement minoritaire en nombre de membres mais hiérarchiquement supérieur à tous les autres groupes et constitue donc une majorité de droit mais non de fait) sur les groupes minoritaires, etc.
Si on considère la notion de “domination masculine” dans une optique telle que développée par le tao, les qualités ordinairement associées à la masculinité, elle me semble acceptable mais donc elle pose le problème de masquer les autres processus de domination.