Brouillon daté du 01/03/2019 17:26

J'apprécie beaucoup les correcteurs orthographiques, ils sont très normatifs, ce qui permet de savoir ce qui du point de vue de leurs concepteurs et de ceux qui leurs fournissent des listes de mots acceptables entre dans la norme, est donc acceptable. En tapant nov-français, nov-anglais, nov-chinois et nov-espagnol je fus très surpris: le correcteur orthographique estime ces formes acceptable. Un test: nov-taxi. Ça passe. Un autre: nov-énergumène. Ça passe. J'arrête là: il semble que le préfixe “nov-” passe donc les concepteurs de ce correcteur (celui de Firefox) l'estiment acceptable. Surpris parce que le préfixe “nov” passe moins bien, novfrançais, novanglais, novchinois et novespagnol sont soulignés en rouge, par contre novlangue passe, et pour cause, c'est un “mot de la langue” depuis la première traduction française de 1984. Je suppose que le mot utilisé dans la nov-traduction du roman ne passe pas: néoparler. Souligné en rouge. Par contre néo-parler passe mais là ça ne m'étonne pas, “néo-”, donc la forme avec trait d'union, est très productif de néo-logismes – pardon, de néologismes, là le correcteur a reconnu une forme prévisible sauf si trait d'union, on n'a pas droit à néo-logie mais néo-logis est acceptable: ne pas confondre le nouveau discours, qui est une vieille forme, et la nouvelle maison, jamais construite auparavant.

Je discute de ce qu'accepte le correcteur orthographique précisément parce qu'il existe des mots acceptables et d'autres qui ne le sont pas. Dans la réalité réelle tous les mots sont acceptables, dans la réalité symbolique d'une langue constituée ce n'est pas le cas. Le contraste entre néo-parler, néoparler, néo-logie et néo-logis indique quatre cas, disons, prévisibles: ceux soulignés, néoparler et néo-logie, correspondent, le premier à une forme inattendue et inacceptables parce qu'avec ce type de préfixe quand le mot est un néologisme on place un tiret, seuls ceux assez anciens, stabilisés, prévisibles, on droit à la forme sans tiret, le second à l'inverse est une forme stabilisée donc le tiret est hors norme; ceux non soulignés sont dans le cas du néologisme acceptable car tout mot acceptable précédé de “néo-” est acceptable, du moins pour les substantifs et certains adjectif, je suppose qu'un verbe conjugué passera mal, j'ai néo-testé et néo-parlé et j'ai néo-constaté que mon hypothèse est invalide, je ne néo-parlerai plus sans savoir – enfin, jusqu'à la prochaine fois, pour mes hypothèses c'est comme pour la cigarette, je (me) promets d'arrêter chaque fois que j'en écrase une dans un cendrier, et je (me) promets d'arrêter d'en parler avant de les avoir vérifiées. J'en parle assez depuis quelques billets, c'est de la rhétorique mais à visée dialectique: j'utilise des trucs et juste après je pointe que je les utilise. Pas toujours, je suis comme vous et je fais mon rhéteur assez souvent, vouloir persuader, quoi de plus humain?

Donc, le nov-français et le nov-autre langue. Les langues évoluent dans la forme, des mots naissent, d'autres meurent. Les significations aussi évoluent parce que les contextes changent, avant l'invention des véhicules mus par un moteur à explosion il n'y en avait pas, donc on cherche dans la langue des mots ou des affixes pour les nommer, on a “auto”, mot grec mais préfixe français, et “mobile”, mot français d'origine latine, et hop! Naît l'automobile, la «qui se meut par elle-même». Bon, ce n'est pas strictement exact, vaut mieux mettre un humain dedans pour la mouvoir mais du moins on comprend le truc, du moins à l'époque, pas besoin de cheval ou de bœuf pour la mouvoir. Soit dit en passant, à l'époque une “voiture” sans précision est mue par un cheval, si mue par un moteur c'est une “voiture automobile”; en 2018 la “voiture” est à moteur, sinon on dit “voiture à cheval”. Par contre, en 1898 comme en 2018 si c'est un humain qui la meut c'est une “voiture à bras”, lesquels ne sont pas ceux de la voiture. Enfin si, la voiture à bras a des sortes de bras mais les bras mentionnés sont ceux de l'humain quand mue par un humain. Passons... Au passage, certains pseudo-puristes qui hurlent au viol de la langue quand un nouveau néologisme apparaît qui est composé d'un mélange d'éléments “grecs” et “latins”, d'une part font une erreur d'analyse, le mot grec est αὐτός parce que les grecs écrivent en leur écriture propre et de toute manière le préfixe “auto-” est français, de l'autre ne tiennent pas compte que les néologismes tirant leurs éléments de plusieurs langues sont une pratique ancienne – m'est avis que peu de ces supposés puristes perçoivent la mixité de “automobile”. Et en plus, l'apocope courante pour ce mot est “auto” donc ça va, c'est “pur grec” mais c'est moins mobile...

Bien sûr, quand j'ai inventé le néofrançais puis le néo-français pour ne pas avoir mon mot vilipendé par le correcteur orthographique, ma référence était la novlangue, donc mon projet de parler d'autre chose que l'évolution prévisible d'une langue, qui en ce cas ne serait pas une néo-langue. J'ai abordé un peu le sujet pour mettre en évidence la manière dont une “néo-langue” du type novlangue peut s'élaborer: en tirant partie de processus ordinaires, le génie de la langue ou la productivité de la langue, le fait qu'une langue se modifie pour s'adapter aux changements de la société qui la porte et qu'elle soutient. Il y a trois ou quatre grandes sortes de langues (dans un instant on saura si j'opte pour trois ou quatre), les langues locales, les langues d'échange, les langues de culture et les langues de civilisation. Au départ j'ai pensé “trois” mais j'ai senti que ça serait plutôt quatre. Bien sûr, ça n'est pas si tranché et en plus toute langue est à l'origine une langue locale, cas par exemple du français, lui-même issu de la rencontre d'une langue de civilisation, le latin, et de plusieurs langues de culture, principalement des dialectes “germaniques”, et des langues locales qui, le temps passant ont produit quelques grandes variantes qui sont parfois devenues des langues de culture, avec plusieurs dialectes chacune, je passe les étapes, une variante née de la fusion de trois ou quatre variantes dites “d'oïl” et un apport de plusieurs autres variantes “d'oïl” et “d'oc” produit une langue assez stable à la fin du XVI°, qui se normalise à partir du XVII° et devient en une langue de culture, de civilisation et d'échange, puis, avec des aléas et des avatars, perd une partie de sa qualité de langue d'échange, puis celle de langue de culture, puis celle de civilisation, pour persister essentiellement au XXI° siècle comme une langue de culture avec des variantes locales, des dialectes plus ou moins distants d'une langue “moyenne” d'échange. En outre elle a aussi contribué à la constitution de plusieurs nouvelles langues du type de celle qu'elle fut au début, qu'on peut nommer des créoles (ce que fut donc le français au départ) qui à leur tour connaissent en tout ou partie des évolutions comme celle du français. Un de ces créoles a d'ailleurs acquis à son tour un statut équivalent à celui du français au moment de sa plus éminente position, et presque aux mêmes moment, l'anglais, qui devint proprement “de civilisation” un peu plus tard mais d'échange et de culture assez parallèlement. C'est que, devenir une langue de civilisation ne s'impose pas si facilement. Sans vouloir médire, les “Anglais” ont de longue date une sale habitude (enfin, à mon jugé: étant “Français” j'ai tendance, même si je la critique, à préférer la manière française d'agir dans le monde, mais bon, je suis un peu de parti-pris, eussè-je été “Anglais”, il se peut que j'en eus jugé autrement), ils ne sont pas partageur. J'ai mon idée du pourquoi de la chose.

Vous voyez l'Europe? D'après un ancien président de la V° République française elle s'étend «de l'Atlantique à l'Oural». Je ne suis pas sûr de cela: de ce que j'en comprends, elle va moins loin vers l'est. Il n'y a pas de limite nette mais cette extension vers l'Oural fut une opération de com' du tsar Pierre I° dit “le Grand” (là aussi une opération de com', vous savez, genre “le Roi Soleil”, des fois ça marche, des fois non, par exemple un voïvode roumain assez célèbre, Vlad III, tenta de se faire connaître comme Draculea, “petit dragon”, rapport au fait que son père, Vlad II, fut surnommé Dracul, “le dragon”, ce qui marcha en partie, mais la postérité opta pour un surnom moins seyant, Tepes, “l'empaleur”, et même son autre surnom ne lui donna pas une aussi bonne réputation qu'escompté: on ne peut pas dire que son avatar romanesque, Dracula, soit très bien vu...) mais pas mal de gens considèrent que la limite orientale est quelque part du côté de l'Ukraine et de la Géorgie, qui sont plus des marches que proprement des territoires européens. L'Europe est un territoire assez peu d'un immense territoire formant continent, l'Eurasie, presque le double du second continent, l'Afrique. Certains considèrent que les Amériques, parfois singularisées, sont un seul continent, mais de mon point de vue et de celui de beaucoup d'autres l'isthme très étroit que forme la partie dite Amérique Centrale relie mais sépare les parties nord et sud; selon ce qu'on en considère les Amériques sont le second continent en superficie ou les deux parties arrivent en troisième et quatrième position. En tout cas, l'Eurasie forme un gros morceau et indiscutablement un seul continent. Du fait, son extrémité occidentale, l'Europe, en constitue une petite partie, un “finistère”. Et la Grande-Bretagne, dont l'Angleterre est une partie, est certes une grande île formant archipel avec une île moyenne, l'Irlande, et plusieurs autres assez ou très petite, l'ensemble formant une petite partie de l'Europe sans être une partie du continent, et pour cause. C'est le problème initial de cet archipel: il forme un “bout du bout du monde”. Il se trouve que l'Europe constitue une des trois parties les plus attractives du continent pour la même raison que les deux autres, elle a une grande façade côtière sur un mer ouverte, un “océan”.

Les humains ont une particularité assez rare chez les animaux terrestres, il adorent se déplacer sans raison, juste pour bouger. La plupart des autres sont assez casaniers et ne se déplacent que par nécessité et pour les plus mobiles selon des schémas constants, les humains agissent autrement, parfois ça les prend, ils veulent aller voir si l'herbe est plus verte de l'autre côté de la colline ou de la montagne ou de la plaine ou de la mer, ou voir là-bas s'ils y sont, eux ou quelque autre des leurs. Ça fait des raisons de se déplacer mais des raisons curieuses: les autres animaux se déplacent, parfois loin, parce que de tout temps l'herbe était plus verte là-bas et du coup on s'y trouve – on s'y trouve bien. Et si un jour ce n'est pas le cas ils s'y trouveront, mais mal, et ce sera la fin du voyage. Les humains quand ils se déplacent de cette manière ils ne savent pas, et ça leur fait un motif d'y aller voir. Bien sûr ils ne passent pas tous leur vie à faire ça et en plus, autant d'humains autant de cas, certains ne bougent jamais d'autres bougent toujours, certains font des allers-retours d'autres des allers simples, certains font des tours d'autres vont tout droit. Une fois de l'autre côté des fois l'herbe est plus verte, des fois moins verte, des fois elle sera rouge ou bleu ou jaune ou blanche ou noire, des fois il n'y aura pas d'herbe; une fois là-bas ils s'y trouveront ou quelque autre des leurs ou quelque qui n'est pas des leurs ou personne, ou il ne s'y trouveront pas.