Du fait, les statistiques me sont d'un certain usage même si leur validité me semble douteuse, et les prévisions qu'elles permettent parfois m'inclinent souvent à modérer mes a priori favorables envers mes semblables. Comme ce sont mes semblables ça m'amène aussi, à mon grand dépit mais sans regrets, à modérer les a priori favorables que je pourrais avoir envers Ma Pomme.
Je suis un rhéteur. Certes pas de la meilleure espèce puisque, connaissant la puissance de la rhétorique, je m'en prive le plus souvent. Mon dernier billet en date, et dernier nominalement, «999: Le bon grain et l'ivraie, ou: Diviser n'est pas régner», le mentionne, je ne suis pas très intéressé par la puissance, elle requiert de l'énergie pour sa réalisation et comme je compte durer encore assez j'évite de dépenser mon énergie pour des actions d'intérêt modéré, la réservant le plus souvent pour des actions très ordinaires et locales, donc je ne fais preuve de puissance que de manière rare et mesurée. Cela dit, je suis un rhéteur et, excusez cette prétention, un excellent rhéteur. Les lectrices et lecteurs de ce blog peuvent à bon droit en douter, je réserve pour l'essentiel mes talents de rhéteur aux interactions directes, précisément parce que j'ai souci de ne pas dépenser mon énergie en vain. Dans mes billets récents je discute assez de la parole en mentionnant parfois que la parole ne se limite pas aux mots et mobilise tout le corps, y compris dans ce moyen pauvre qu'est l'écriture: dans une interaction directe les interlocuteurs donnent des indications évidentes de compréhension ou d'incompréhensions par leurs attitudes corporelles et par leurs attitudes, de ce fait on tire partie de leur énergie pour corriger ses discours; dans la communication écrite on ne peut pas procéder ainsi et on doit faire par soi-même ce genre d'ajustements, sans certitude que ce soit efficace – avec la certitude que ça le sera modérément. Je ne sais pas pour vous, pour moi j'évite de chercher à convaincre: les cons sont invincibles donc envisager de vaincre les cons est une entreprise vaine. Mon truc avec les cons est, dira-t-on, jésuitique: à l'instar de Jésus je sème, je sème du doute. Qui récolte ce que je sème récoltera du doute. Si par chance un con récolte ce que je sème, et si ce que je sème germe en lui, possiblement germera en lui le doute.
Je vous laisse méditer là-dessus. Dans une possible continuation de ce billet je discuterai des salauds. Et peut-être des statistiques mais comme je suis du genre pas trop con (et pas trop salaud) je doute...
Je ne sais plus trop de quoi je doutais. Me connaissant je suppose que je doutais de discuter des salauds, du moins en un premier temps. Ce en quoi j'avais tort, à y penser le sujet qui motiva le titre de ce billet me semble sans intérêt donc je n'en parlerai pas et traiterai des salauds, des cons et des ni cons ni salauds. Être con ou salaud n'est pas un fait de nature mais une attitude et un mode d'agir; un être vivant est alternativement “con” et “salaud”, tantôt “passif”, tantôt “actif”, tantôt son milieu agit sur lui, tantôt il agit sur son milieu. Je l'explique dans divers billets où je traite de ce sujet, ceux que je nomme “cons” et “salauds” dans une de mes modélisations de la société ne le sont pas intrinsèquement, je désigne ainsi un mode d'être en tant qu'acteur social, les personnes qui dans leurs activités sociales sont tendanciellement “passifs” ou “actifs”. Censément, un membre de la société devrait, dans le cadre de la société, se comporter comme il le fait ordinairement, alterner entre passion et action; effectivement il en va autrement, les sociétés ont tendance à s'organiser de telle manière qu'une partie de ses membres est purement dans l'action, une autre purement dans la passion, une autre encore alterne entre les deux avec des cas multiples, tels alternent dans le cadre social comme ils le font dans d'autres cadres, tels alternent dans leur fonction selon le contexte, tels seront passifs dans certaines fonctions, actifs dans d'autres. J'avais même déterminé des catégories pour définir ces cas intermédiaires, les “salauds cons“, qui “agissent comme des salauds” mais sur ordre, “comme des cons”, ou qui dans une fonction de “salaud” se révèlent incapables de la réaliser, les “cons salauds”, qui dans une fonction de “con” se font le relais des projets d'un “salaud” ou qui ont un mode d'être plutôt “salaud” mais exercent une fonction de “con”, et les “moyens”, les “ni cons ni salauds”, que je qualifie parfois d'“humains accomplis” précisément par leur capacité à ne pas mêler le statut et la fonction. Cela dit, dans une société qui tend à s'organiser en figeant les positions, rares sont celles où l'on peut alterner les fonctions, raison pourquoi même un humain accompli y agira souvent “comme un con” ou “comme un salaud” parce que précisément sa fonction le requiert.
Parlons de moi. Autant que faire se peut, en tant qu'être social j'agis “comme un con”. Quand l'organisation de la société est souple, que la mobilité y est assez aisée, “agir comme un con” va dans un sens qui me convient; quand cette organisation est rigide et la mobilité restreinte, “agir comme un con” est la seule manière d'y agir en réduisant le plus possible son engagement envers elle. Car dans toute société les fonctions de salauds sont aussi celles où l'on est en fonction de responsabilité. En tant que personne je me considère responsable de moi et de mon action en ce monde; en tant qu'être social je ne suis pas intéressé par les positions de responsabilité, je ne les fuis pas mais ne les recherche pas. Si le contexte social me semble favorable je fais confiance à mes responsables car ils assumeront leur responsabilité; s'il ne me convient pas je ne leur ferai pas confiance, donc je m'engagerai aussi peu que possible; dans tous les cas, une position de “con” me semble préférable parce qu'elle requiert le moindre investissement en puissance, en énergie. C'est ainsi: mon but dans cette vie est de durer autant que possible, donc je mesure mes dépenses en énergie, raison pourquoi je ne recherche pas la puissance.
(à suivre...)