Il m'arrive de me définir en tant qu'espion, du genre “taupe” ou “sous-marin”, à quoi j'ajouterai un aspect “agent double”. Ce qui est le cas de chacun, de vous autant que moi ou quiconque. J'use souvent de ce genre de séquences, “vous, moi, quiconque”. Je l'explique dans certains textes, et je le dis ou écris souvent dans mes discussions, mes propositions sur les individus et spécialement les humains vaut pour “vous, moi, quiconque”. Ce qui le plus souvent se révèle une précaution inutile: si on ne le comprend pas sans que je le précise, rarement on le comprendra même si je le précise. Parfois ça se révèle utile mais c'est rare. Disons que quand je dois lever des équivoques avec des personnes ayant à coup sûr du discernement j'utilise peu ce genre de précautions discursives, dans les autres cas ça peut parfois mais rarement être utile.
Donc vous, moi, quiconque, sommes des sortes de taupes ou de sous-marins tendance agents doubles, des espions dans la maison de la vie. Vous l'aurez probablement constaté, l'univers n'aime pas la vie et la vie n'aime pas les êtres vivants. Il n'a rien contre elle et elle ne les déteste pas: l'univers n'est pas sentimental, il suit son erre, des phénomènes s'y déroulent qui sont tous transitoires, la vie est l'un de ces phénomènes donc elle est transitoire localement et durera au plus ce que durera l'univers; en tant que phénomène la vie semble avoir une fin, se préserver, les individus, les êtres vivants, sont un moyen pour cette fin, je ne sais pas pour vous mais pour moi si j'ai une certaine attention, on dira, une certaine considération pour les moyens quand je vise une fin, je ne les aime pas spécialement en tant que moyens, s'ils se révèlent inefficaces ou si d'autres moyens se révèlent plus efficaces, je les abandonne et si besoin je les détruis, la fin m'importe plus que les moyens. Je ne suppose pas réellement un intentionnalité initiale de la part de ce phénomène, la vie, mais je constate cependant qu'elle a trouvé moyen de se préserver depuis un bout de temps déjà, localement, et qu'elle n'a pas d'attention particulière envers les moyens de sa fin – pour le dire simplement, les individus meurent, parfois en masse, et la vie continue... À une époque pas si lointaine, soixante-cinq millions d'années (eh! la vie dure depuis environ quatre milliards d'années, soixante cinq millions d'années ça représenterait environ cinquante minutes si cette durée était ramenée à une journée de vingt-quatre heures), le phylum dominant parmi les animaux à respiration aérienne était celui des dinosauriens, depuis ils sont résiduels et nettement moins dominants puisque réduits à la branche qui constitue les oiseaux. Dominant, manière de dire: ils constituaient le phylum figurant le plus haut dans la chaîne écologique mais à cette époque autant qu'à la nôtre les invertébrés et les unicellulaires (eucaryotes, procaryotes et virus) étaient quantitativement et qualitativement dominants. Clairement, les individus ne luttent pas pour la conquête de l'univers mais contre son oppression, sa tendance antibiotique, la contrainte permanente qu'il exerce sur les corps; et les individus ne luttent pas pour la vie mais contre elle, ils tentent de déjouer ce devenir inéluctable de tout individu: la mort, la cessation de soi comme individu. Ils n'y parviennent pas mais le tentent. Je l'explique souvent, la vie est une erreur statistique car elle contrevient à deux principes physiques incontournables les deux principes de la thermodynamique
:
«Le premier principe de la thermodynamique
, ou principe de conservation de l'énergie, affirme que l'énergie
est toujours conservée. Autrement dit, l’énergie totale d’un système isolé reste constante. Les événements qui s’y produisent ne se traduisent que par des transformations de certaines formes d’énergie en d’autres formes d’énergie. L’énergie ne peut donc pas être produite ex nihilo
; elle est en quantité invariable dans la nature. Elle ne peut que se transmettre d’un système à un autre. On ne crée pas l’énergie, on la transforme.
Ce principe est aussi une loi générale pour toutes les théories physiques (mécanique, électromagnétisme, physique nucléaire...) On ne lui a jamais trouvé la moindre exception, bien qu'il y ait parfois eu des doutes, notamment à propos des désintégrations radioactives. On sait depuis le théorème de Noether
que la conservation de l'énergie est étroitement reliée à une uniformité de structure de l'espace-temps.
Elle rejoint un principe promu par Lavoisier
: “Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”.
Le deuxième principe de la thermodynamique
, ou principe d'évolution des systèmes, affirme la dégradation de l'énergie: l'énergie d'un système passe nécessairement et spontanément de formes concentrées et potentielles à des formes diffuses et cinétiques (frottement, chaleur, etc.) Il introduit ainsi la notion d'irréversibilité
d'une transformation et la notion d'entropie
. Il affirme que l'entropie d'un système isolé augmente, ou reste constante.
Ce principe est souvent interprété comme une “mesure du désordre” et comme l'impossibilité du passage du “désordre” à l'“ordre” sans intervention extérieure. Cette interprétation est fondée sur la théorie de l'information
de Claude Shannon
et la mesure de cette “information” ou entropie de Shannon
.
Ce principe a une origine statistique
: à la différence du premier principe, les lois microscopiques qui gouvernent la matière ne le contiennent qu'implicitement et de manière statistique. En revanche, il est assez indépendant des caractéristiques mêmes de ces lois, car il apparaît également si l'on suppose des lois simplistes à petite échelle».
Quand je cite cet article de Wikipédia je relève parfois la mention concernant le second principe, qui «a une origine statistique: à la différence du premier principe, les lois microscopiques qui gouvernent la matière ne le contiennent qu'implicitement et de manière statistique»: on peut dire la même chose du premier principe, il est statistique et macroscopique. En fait, on peut dire de tous les principes en physique et en sciences naturelles à tous les niveaux, depuis les particules élémentaires jusqu'à l'univers entier, qu'ils sont statistiques et pour beaucoup d'entre eux, inobservables directement et difficilement observables indirectement.
Parler de la “tendance antibiotique” de l'univers ne suppose pas d'intentionnalité de l'univers même si ça ne l'exclut pas, je n'ai pas d'opinion là-dessus, j'ai certes un point de vue, je suppose que l'univers n'a pas d'intentionnalité, mais ça importe peu, je suis profondément “judéo” ou “bouddhiste” ou “tao”, on dira: je participe de ces courants idéologiques pour qui la question de l'origine des choses ne se pose pas, qui même supposant une cause première disent que cette cause première “s'est retirée du monde”, disent que les individus sont dotés de libre arbitre. Tiens ben, une bonne manière de discerner le vrai du faux, en ce cas le vrai fidèle du faux croyant, est cette question du libre arbitre: dans mon contexte culturel, si on est un vrai “judéo”, dit autrement, si on est affilié à un groupe dont l'idéologie de base est “juive”, “chrétienne” ou “musulmane”, ce qui inclut les mouvement politiques, économiques et sociaux de ce contexte culturel, on ne peut pas proprement adhérer à une conception de la réalité “judéo” si on suppose une prédestination effective. Je le dis parfois, je suis agnostique et athée, et plutôt anticlérical, ce qui ne m'empêche d'avoir presque toujours par devers moi la Bible, et d'assister irrégulièrement mais assez souvent à des offices, en général catholiques, parfois réformés ou protestants: le discours fondamental de la Torah, du Nouveau Testament et de ces sectes est précisément la question de la liberté, je ne suis pas certain, pour l'avoir entendu de la bouche de supposés chrétiens, que tous comprennent et reçoivent ce discours, parce que l'explication donnée pour atteindre à cette liberté est, dans le contexte culturel actuel, d'apparence contradictoire: il est supposé y avoir opposition entre liberté et contrainte, or la manière “judéo” de parvenir à la liberté est d'en passer par la contrainte. Remarquez, c'est la proposition de toute idéologie consistante et pragmatique, et le discours de tout domaine de savoir ou de compétence pour atteindre à la liberté: cent fois, mille fois, des centaines de milliers de fois, sur le métier remettre son ouvrage. L'artisan ou l'artiste par exemple, ou le scientifique, ou le technicien, et bien sûr le joueur et le sportif, vont passer un temps fini mais long, parfois très long, à se former, ce qui consiste à faire et refaire les mêmes gestes, lire et relire les mêmes leçons, pour à un moment parvenir à réaliser leur tâche “en toute liberté”, “sans y penser”; mais en y pensant tout de même, en pensant entre autres à entretenir son talent par la répétition quotidienne de ces geste, la remémoration incessante de ces leçons. La contrainte n'est pas l'opposé mais la condition nécessaire de la liberté. Je suis athée et agnostique mais d'un sens beaucoup plus “chrétien” que bien des chrétiens parce que je suis d'accord avec ce concept de base de leur religion: pas de liberté sans contrainte ET pas de contrainte sans liberté.
Je suis une taupe ou un sous-marin, je suis un espion dans la maison de la vie, comme vous, comme n'importe qui, comme tout le monde. Mon but en cette vie est le même que le vôtre: que ce monde soit favorable à mes projets, qu'il me soit favorable. Et comme vous, comme n'importe qui, comme tout le monde, j'appartiens à un ensemble de groupes idéologiques dont les projets convergent ou ne sont pas en opposition. Enfin, j'y appartiens, ce n'est pas si évident pour tous ces groupes, de fait j'appartiens à un groupe très informel qu'on nommera l'humanité parce que je suis un humain; j'appartiens, par le hasard des circonstances, à quelques entités politiques, et spécialement à celles nommées “la France” et “l'Union européenne” – entre guillemets rapport au fait que ces entités sont assez instables et assez récentes, l'entité actuelle “la France” débute fin 1962, l'entité “l'Union européenne” est plus ou moins la continuation de l'entité “la Communauté européenne”, qui débute en 1957, mais n'apparaît proprement qu'en 1992 et en tout cas, entre 1957 et janvier 2020 où j'écris ceci, elle est passée d'un ensemble de six États qui pour trois d'entre eux avaient une tout autre configuration, à un ensemble de vingt-huit États (ou vingt-sept, on ne sait pas trop) dont plusieurs n'existaient pas en 1957 comme entités autonomes; pour le reste, on ne peut proprement parler d'appartenance.
Même principe que pour le billet «335: Une brève Histoire du mondehttps://passage.olivierhammam.fr/passage/article232-335-Une-breve-Histoire-du-monde"
class="wiki wikinew">?», le but effectif de ce billet n'est pas son but apparent. Je n'ai pas d'opinion tranchée quant au but de celui-ci, je vais donc le relire brièvement et en proposer un – ou non.
Le début de l'avant-dernier alinéa me semble bien exposer le but général de ce billet, je vais donc le reprendre ici. Je suis une taupe ou un sous-marin, je suis un espion dans la maison de la vie, comme vous, comme n'importe qui, comme tout le monde. Mon but en cette vie est le même que le vôtre: que ce monde soit favorable à mes projets, qu'il me soit favorable. Et comme vous, comme n'importe qui, comme tout le monde, j'appartiens à un ensemble de groupes idéologiques dont les projets convergent ou ne sont pas en opposition.
Je ne connais pas vos groupes d'appartenance mais je puis vous informer de ceci: ils ont les mêmes buts que les miens, donc même s'ils ne sont pas les mêmes que les miens, ils sont en convergence avec les miens. Comme dit dans le billet numéroté 335, il faut se fier aux apparences, en sachant qu'elles sont trompeuses. Quoi que vous supposiez de moi, vous faites erreur puisque les apparences sont trompeuses, donc fiez-vous à moi sur ce seul point: ne faites confiance qu'à une seule personne, vous-même, ça vous évitera d'être trompée ou trompé par les apparences.
