Brouillon daté du 04/03/2019 04:11

J'écris souvent, de manière incidente, qu'il m'importe peu qu'on me comprenne. Parce que j'ai une très bonne prise sur la réalité. Si je dis une chose fausse et qu'on la conteste j'essaie de déterminer où se situe l'erreur, laquelle ne peut se situer qu'en sept points: en moi, hors de moi, entre moi et la personne qui la conteste, hors d'elle, en elle, dans la réalité, ailleurs. Si c'est ailleurs, pour le dire autrement si elle est indéterminable, je change de sujet; si c'est en moi je tente de déterminer où je fais erreur et si je n'y parviens pas je m'excuse et change de sujet; si c'est hors de moi je reformule mon propos et si je suis de nouveau contesté deux ou trois fois j'abandonne, je m'excuse et je change de sujet; si c'est entre nous, j'essaie un moment de me régler avec la personne qui me conteste pour que nous levions les équivoques et si ça ne réussit pas je change de sujet; si c'est hors d'elle, je tente autant que possible de lui faire comprendre qu'elle interprète mal mon propos et si je n'y parviens pas je change de sujet; si c'est en elle il s'agit d'une hypothèse invérifiable et à je n'y peux rien faire, donc je change de sujet; si c'est dans la réalité je dis à cette personne que je vérifierai ce qu'il en est pour déterminer ce qu'il en est et à l'occasion, si j'ai pu vérifier et qu'on se rencontre de nouveau, il se peut qu'on revienne sur le sujet, ou non. Quel que soit le cas, rares sont les fois où je tente à toute fin de convaincre mes interlocuteurs parce que je ne vois pas l'intérêt de le faire, en général.

Avoir une bonne prise sur la réalité dissuade de vouloir la modifier si les conditions ne s'y prêtent pas. De la réalité je ne sais que ce que j'en connais et j'ai la claire conscience de mes propres limites. Quand j'estime une chose indéterminable, si j'en ai les moyens j'essaierai de la déterminer, or dans le cadre d'une conversation l'occasion de le faire immédiatement se présente rarement, donc pas la peine de la poursuivre. Quand elle me semble déterminable, en premier j'essaie de savoir si j'ai oublié un élément que je connais et qui me permettra de préciser mon propos, si je ne peux pas le trouver ou le retrouver, il sera inutile de reprendre mon propos puisqu'il restera le même. Considérant ma façon de communiquer mon propos je peux constater que je l'ai mal formulé, je le reformule alors, si je ne me fais toujours pas comprendre j'essaie encore une ou deux fois, et si j'échoue je dois me rendre à l'évidence que je ne parviens pas à me régler sur la personne à qui je parle donc à quoi bon poursuivre? Quand j'arrive à déterminer qu'il s'agit d'une incompréhension remédiable je fais ce que l'on fait ordinairement en ces cas, j'essaie de me régler avec l'autre personne, ce qui consiste à s'entendre sur la signification de nos termes, on passe un temps plus ou moins long à les définir, à préciser quelles acceptions retenir pour des termes équivoques ou polysémiques, parfois on y parvient, parfois non, si c'est non mieux vaut abandonner. L'hypothèse d'un problème de communication qui vient de l'autre personne découle des autres cas, je suis assez rompu à la discussion et le plus souvent je parviens à m'accorder à mes interlocuteurs, d'autant plus facilement s'ils en ont aussi l'habitude, certaines personnes ont des difficultés dans ce domaine, je fais rarement d'hypothèses assurées même si je peux avoir mon opinion là-dessus, toujours est-il que quand on en vient au moment où toute harmonisation apparaît impossible je ne poursuis pas. Pour préciser, il m'arrive plus souvent que je ne le souhaiterais d'être dans le cas de l'interlocuteur, soit que je ne parvienne pas à me régler du fait de mes propres limites, soit que je n'aie pas le souhait d'y parvenir – on n'a pas toujours désir de le faire quand les opinions ou le discours de son vis-à-vis nous déplaît ou nous est hermétique. Le cas du point dans la réalité ne diffère pas tellement de celui de l'indétermination sinon le fait qu'on a conscience que cette réalité est déterminable.

J'ai une expérience très ordinaire et de mon point de vue assez problématique, dès qu'une discussion porte sur un objet social gros ou/et distant dans le temps ou/et l'espace, ou ressortant de ce qui apparaît de l'ordre de la nature, il me devient difficile de m'accorder avec une large part de mes semblables. Je sais quelle en est la cause mais ça ne change rien au fait. La cause? Une sensibilité assez ou très élevée à la propagande. Pour exemple, en France le mot “libéral” et ses dérivés appliqués à un supposé objet nommé “la politique” a pour une majorité des Français un sens très restreint et dépréciatif, aux États-Unis le mot “socialiste” est très dépréciatif, du fait on peut difficilement les utiliser comme vecteurs de toute leur polysémie, se dire libéral en France parce que partisan d'une affirmation de la défense des libertés publiques et de la préservation des libertés privées est compliqué, se dire socialiste aux Étas-Unis au sens de promoteur d'une défense de la justice sociale et fiscale dans un cadre démocratique et par le moyen des réformes est difficile. Mais cela va beaucoup plus loin: tous nous sommes porteurs de mantras, mais ne sommes pas tous conscients que c'en sont. Il m'arrive de dire que je suis imperméable à la propagande, ce qui ne peut être, simplement j'ai l'habitude de toujours interroger mes réactions premières. Dans une discussion ou un débat ça facilite grandement l'intercompréhension.