Sur Mediapart, on nomme “édition” une sorte de blog collectif, avec nominalement un “rédacteur en chef”. Sans vouloir médire, les inventeurs de Mediapart sont assez peu imaginatifs et très solipsistes, ils reproduisent à tous les niveaux la même structure, celle de leur secteur d'activité, les medias professionnels. Et ils supposent que leur média est “participatif”... Passons.

Cette édition n'a pas eu grand succès vu que Ma Pomme en est le seul membre. Voici les billets. Par ordre antéchronologique cette fois, sauf le tout premier qui présente l'édition et le tout dernier, qui n'y est pas strictement lié.


Addendum. Finalement, les billets sont dans l'ordre chronologique. C'est pour moi répressible mais peu: j'estime que rien en ce monde n'a d'ordre particulier, les scientifiques, philosophes et penseurs les plus sérieux le pensent et le disent aussi, notre univers n'est pas causal mais stochastique. Localement et temporairement il peut sembler y avoir une certaine causalité mais très vite les choses changent. C'est ainsi, l'univers n'est pas téléologique ni la vie eschatologique. Le seul ordre que je connaisse est celui de la suite des événements, ce qui a eu lieu est avant ce qui a lieu et ce qui aura lieu après ce qui a lieu. Étant l'auteur de ces billets et les ayant publiés dans un certaine ordre (qui n'est pas nécessairement celui de rédaction, il m'arrive souvent d'en écrire plusieurs en parallèle, mais du moins je les publie à-peu-près dans l'ordre chronologique de la fin de leur rédaction), il me semble logique de leur donner cet ordre quand je les constitue en un ensemble.

Sans vouloir trop en dire dans cette introduction, il se trouve que presque tous les systèmes de gestion de contenu, les SGC ou CMS (content management systems), spécialement ceux orientés “blogs”, présentent les publications dans l'ordre antéchronologique, ce qui m'a toujours paru idiot, comme si le plus nouveau était nécessairement le plus intéressant. Sur Mediapart, qui a la mystique de l'immédiat et du “temps réel”, impossible de modifier cet ordre. Le SGC que j'utilise le permet, en général je ne le fais pas et si je le fais je mentionne souvent dans le texte la date de publication initiale, mais du moins sur ce site on peut modifier cette date de publication, ce qui me permet le cas échéant de rétablir mes publications dans l'ordre chronologique ou d'en ordonner certains s'ils constituent un ensemble assez cohérent formellement ou thématiquement – c'est ce que j'ai fait pour les billets du «blog de Ma Pomme», globalement présentés chronologiquement avec quelques petites séries surtout appariées par titres, mais pour cela il m'a fallu inverser la date de publication supposée, qui de toute manière n'a rien à voir, je les ai placés ici du 1 au 5 décembre 2019 alors que leur publication initiale eut lieu du 12 février au 30 septembre 2019. Par contre, dans les quelques articles regroupant plusieurs billets, ils sont globalement insérés par ordre chronologique.

En conclusion de cette introduction vous ne manquerez de constater, si vous les lisez, que s'ils sont beaucoup plus développés que ceux de l'article «Le blog de Mustapha Hemmam», ces billets sont presque tous «à suivre», donc censément tout aussi inachevés, ce qui est assez inexact, sauf rares cas (billets d'humeur ou d'humour, textes d'intervention ou à caractère poétique) conclure un texte est de mon point de vue un artifice, je n'ai que rarement des réponses vous à donner, juste des questions à me poser. Parfois longues, ces questions, mais jamais conclusives et rarement affirmatives.



 

Ce monde.

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Et bien, comme dit, c'est le mien, et si vous me lisez et comprenez ce qu'écrit c'est probablement le vôtre aussi.

J'avais fait une présentation assez verbeuse (triple de celle actuelle, c'est dire...). Cette édition n'a d'autre but au départ que d'étendre le blog Ma Pomme vu que son seul contributeur pour les billets, Ma Pomme, est un fainéant et en plus pas très intéressé par d'autres modes d'expression que l'écrit (je fais aussi de la photo mais rarement documentaire, sinon pour les tatouages) du fait je me suis pensé que si certains contributeurs de Mediapart trouvaient mes élucubrations et autres coquecigrues d'une certaine pertinence mais pas assez développées, avec peu de références (liens, bibliographies...) et de variété (images, sons, vidéos, etc.) cette édition serait un lieu idoine pour approfondir.

Pour mon compte j'espère toujours que mes possibles lectrices et lecteurs fassent comme moi quand quelque chose leur semble devoir être précisé et aillent chercher des compléments d'information, d'où l'imperfection volontaire de beaucoup de mes billets sur le fond (sur la forme ce n'est pas toujours volontaire, loin de là). Mais si d'autres éditeurs s'agrègent à cette édition, et bien, elle deviendra autre que ce que je prévois, c'est certain. Une  seule limite: pas de billets de propagande directe (ce qui n'exclut pas des liens vers des contenus propagandistes), il y en a plus qu'à suffisance sur Mediapart pour ne pas en ajouter. Restera à définir ultérieurement ce que peut être de la propagande directe...



 

Miroirs.

Par
Il m'arrive de discuter du fait qu'on peut difficilement différencier la droite de la gauche, et ça n'a rien à voir avec ce qu'on nomme “la politique”. Or cela a son importance pour un humain s'il souhaite communiquer avec un semblable.

Avant d'aborder mon objet, une petite blague: vu que j'ai déjà du mal à comprendre ce que peut bien signifier “la politique”, on comprendra qu'il m'est encore plus difficile de comprendre ce que pourrait être “une politique de gauche” opposée à “une politique de droite”. D'autant plus si y on ajoute que j'ai des problèmes de latéralisation donc du mal à différencier ma gauche de ma droite...

Pour ces problèmes de latéralisation je me soigne et j'ai même trouvé des méthodes pour pallier à mes difficultés. Comme je le raconte parfois, je parvins à différencier l'indifférenciable quand on m'apprit que j'étais “droitier”, que la main qui me servait habituellement pour réaliser un travail de précision, entre autres pour dessiner et écrire, était celle dite droite. Ce qui a au moins la vertu de ne pas me troubler trop quant à une symbolique conceptuelle associée aux mains: j'ai la main droite adroite et la main gauche gauche. Si comme mon père j'avais été “gaucher”, on imagine le trouble: la main gauche adroite et la main droite gauche... Pour ma sœur c'est pire, en tant qu'ambidextre, comme ce nom l'indique elle a les deux mains adroites. Ce début est une manière que j'espère plaisante d'exprimer le fait que différencier la gauche de la droite n'a rien d'intuitif ni d'évident.

Il importe pourtant de les différencier, non pour soi (factuellement j'ai toujours un problème avec cette question mais ça ne me gêne pas dans mon action, je n'ai pas à m'interroger sur la question de savoir si telle main est “la gauche” ou “la droite” quand je décide de mobiliser ma main la plus habile) mais dans le cadre des relations avec ses semblables: quand on se trouve en vis-à-vis avec un humain il a toutes les caractéristiques de sa propre image, sinon que c'est une “image inversée”, que contrairement à l'image dans le miroir il mobilise sa main symétrique et non sa main parallèle en tant que “la même”: si je tend la main “droite”, mon image tendra la main “gauche”, celle “à droite” de mon point de vue, l'humain en vis-à-vis tendra sa main “droite”, celle “à gauche” de mon point de vue. C'est ce qui me permet de savoir que l'être en face de moi n'est pas mon image, mon reflet: nous nous saluons de la même main, donc celle “de l'autre côté”, symétrique et non parallèle. D'où le problème fondamental que posent les gauchers chez une espèce massivement droitière: ils sont des sortes de reflets, des êtres d'une réalité douteuse, des êtres qui semblent venir de “l'autre côté du miroir”.

Notre accès à la réalité est indirect et “en miroir”, ce qui nous constitue comme individus: entre le “soi” et la réalité extérieure il y a une membrane qui l'en isole et l'en protège, mais pour sa survie il doit obtenir des informations sur cette réalité, pour se préserver de risques toujours possibles, probables,  et pour trouver des ressources vitales. Lesquelles ressources sont, soit de l'énergie, soit de la matière. Dans tous les cas il s'agit de disposer d'énergie, si du moins l'on peut proprement faire la différence entre énergie et matière: l'énergie permet de mouvoir ou de transformer la matière, celle-ci sert à stocker de d'énergie ou à former des structures qui tirent partie de l'énergie ou lui servent de point d'appui pour se mouvoir. Je l'ai décrit plusieurs fois dans ces pages et de manière plus détaillée par ailleurs, la manière d'obtenir des informations sur la réalité extérieure est assez simple dans son principe même si parfois complexe dans sa réalisation: on place des capteurs sur la face interne de la membrane et si besoin des senseurs sur sa face externe, la membrane pouvant faire elle-même office de senseur. Les capteurs relaient le signal transmis par les senseurs vers un centre d'analyse et de régulation. L'univers est abrasif. Je parle là de mon point de vue, il s'agit d"une opinion non d'un fait: l'univers est changeant, les changements qui s'y déroulent ont toujours le même aspect, de la matière devient énergie, de l'énergie devient matière, du point de vue d'un être vivant les changements sont nécessaires mais dangereux, cette perception d'abrasion découle de ce que la membrane est faite de matière et le temps passant sa partie en contact avec le reste de l'univers transfère de l'énergie vers l'extérieur donc perd de la matière, “s'use”. Le but général d'un être vivant est de maintenir sa structure et si possible de l'étendre, ce qui se révèle assez délicat parce que pour ce faire il doit contrevenir à deux principes incontournables, les premier et deuxième de la thermodynamique:

  • Le premier principe de la thermodynamique, ou principe de conservation de l'énergie, affirme que l'énergie est toujours conservée. Autrement dit, l’énergie totale d’un système isolé reste constante. Les événements qui s’y produisent ne se traduisent que par des transformations de certaines formes d’énergie en d’autres formes d’énergie. L’énergie ne peut donc pas être produite ex nihilo; elle est en quantité invariable dans la nature. Elle ne peut que se transmettre d’un système à un autre. On ne crée pas l’énergie, on la transforme.
    Ce principe est aussi une loi générale pour toutes les théories physiques (mécanique, électromagnétisme, physique nucléaire...) On ne lui a jamais trouvé la moindre exception, bien qu'il y ait parfois eu des doutes, notamment à propos des désintégrations radioactives. On sait depuis le théorème de Noether que la conservation de l'énergie est étroitement reliée à une uniformité de structure de l'espace-temps.
    Elle rejoint un principe promu par Lavoisier: «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme».
  • Le deuxième principe de la thermodynamique, ou principe d'évolution des systèmes, affirme la dégradation de l'énergie: l'énergie d'un système passe nécessairement et spontanément de formes concentrées et potentielles à des formes diffuses et cinétiques (frottement, chaleur, etc.) Il introduit ainsi la notion d'irréversibilité d'une transformation et la notion d'entropie. Il affirme que l'entropie d'un système isolé augmente, ou reste constante.
    Ce principe est souvent interprété comme une «mesure du désordre» et comme l'impossibilité du passage du «désordre» à l'«ordre» sans intervention extérieure. Cette interprétation est fondée sur la théorie de l'information de Claude Shannon et la mesure de cette «information» ou entropie de Shannon.
    Ce principe a une origine statistique: à la différence du premier principe, les lois microscopiques qui gouvernent la matière ne le contiennent qu'implicitement et de manière statistique. En revanche, il est assez indépendant des caractéristiques mêmes de ces lois, car il apparaît également si l'on suppose des lois simplistes à petite échelle.

Repris de l'article de Wikipédia sur la thermodynamique. Si vous consultez cet article vous y lirez deux autres principes mais ils n'ont pas la même valeur, ce sont plutôt des observations dépendantes des contextes que proprement des principes. Comme mentionné dans l'article, «Ce principe a une origine statistique»; la suite, «à la différence du premier principe», m'étonne un peu car le premier aussi est statistique, en fait, toute observation de l'univers et de ce qui s'y passe est fondamentalement statistique. Comme le dit sagement Nicolas Martin, le producteur-animateur de l'émission de France Culture La Méthode scientifique, quand il annonce le programme de la prochaine émission, elle sera ainsi «jusqu'à preuve du contraire», car on ne peut jamais préjuger que ce qui advint jusque-là comme prévu se déroulera ainsi ultérieurement. Comme précisé encore dans l'article à propos du premier principe, «on ne lui a jamais trouvé la moindre exception, bien qu'il y ait parfois eu des doutes, notamment à propos des désintégrations radioactives». On peut même dire que le principal labeur des scientifiques est de tenter d'invalider les principes, hypothèses et théories les mieux établies, ce qui arrive assez rarement mais qui arrive tout de même. De l'autre bord, ce sont moins des invalidations que des interprétations plus précises de certaine réalités: la théorie de la relativité restreinte proposée par Einstein en 1905 et plus encore celle de la relativité générale de 1916 invalident en partie les interprétations galiléenne et newtonienne de la relativité, de l'inertie, de la gravitation, de l'espace et de quelques autres principes et théories sans invalider pour cela leurs théories dans les contextes pour lesquels ils les établirent. Comme il m'arrive de l'écrire, les principes et théories de Ptolémée sur la Terre et l'univers sont inexactes mais restent globalement valides pour une personne qui ne se déplacera jamais à plus de quelques centaines de kilomètres de son lieu habituel de résidence et qui ne compte pas voyager dans l'espace ou mettre en place un GPS. Bien sûr, quand les prémisses sont inexactes on est assez vite confronté à des “exceptions à la règle” qui amènent à inventer tout un tas de règles secondaires plus ou moins étayées quant à leur explication et plus ou moins confirmées statistiquement. Même si les explications ont changé depuis le tournant des XVIII° et XIX° siècles où ils furent établis, les deux principes de la thermodynamique statistique restent valides dans leur énoncé «jusqu'à preuve du contraire», et pour l'heure les quelques fois où ils ont semblé pouvoir ne plus être valides ont conduit à une meilleure compréhension des phénomènes physiques, ce qui les a finalement confirmés.

Puisque les êtres vivants ne peuvent contrevenir à ces deux principes, et bien, ils doivent négocier avec le reste de l'univers pour parvenir localement et temporairement à créer une situation illégale, se mettre en contravention. Pour le premier principe ça porte sur ceci, «l’énergie totale d’un système isolé reste constante»: un être vivant fait semblant de constituer un système isolé, c'est un système ouvert très perméable dont la seule partie presque fermée est le centre de contrôle et de régulation. La membrane dont je parlais est globalement fermée uniquement à ce qui constitue un accident dans l'univers, la “matière” composite, par contre elle est perméable à l'énergie sinon, et en partie, dans une frange limitée nommable “la lumière”, qui s'analyse comme la frange de l'énergie électromagnétique perceptible comme une onde de la fréquence allant d'environ 4,3×1014 Hz à 7,5×1014 Hz, nous dit l'article de Wikipédia sur les ordres de grandeur de fréquence. L'autre manière de l'exprimer, qui n'en dit pas tellement plus, est: «Nos yeux sont sensibles à des fréquences lumineuses entre 0,43 PHz (rouge) et 0,75 PHz (bleu)». Sinon bien sûr la mention «à des fréquences lumineuses entre», une mention plus exacte est «à des fréquences électromagnétiques entre» puisque “la lumière” est précisément la frange de ce type d'ondes, la formulation aurait donc du être «Nos yeux sont sensibles à des fréquences électromagnétiques entre 0,43 PHz et 0,75 PHz», sans indication de couleur. PHz se déplie en pétahertz, ou “trilliard(s) de hertz», le hertz étant une unité de fréquence (1 hertz est quelque chose comme “une fréquence en une seconde”). C'est dans ce texte ou dans un autre en cours de rédaction que je parle des ondes? Il me semble que c'est dans l'autre. Je vérifie. C'est dans l'autre, intitulé «Transparence et opacité». Le concept d'onde est une construction découlant de nos limites de perception: pour constater la diffusion d'une perturbation dans le mouvement général de l'univers nous disposons de senseurs qui sont percutés par des mouvements de l'environnement proche et disposés de manière à déterminer où se trouve la source de cette perturbation; comme ces perturbations vont “d'un côté puis de l'autre” perceptivement c'est “quelque chose comme une onde” donc on dira que c'est une onde; effectivement c'est une diffusion stochastique du type dit “mouvement brownien” avec une certaine régularité lorsque la perturbation a un niveau assez élevé, voir l'article en lien pour plus de précisions sur ce type de diffusion. Matière et énergie élémentaires traversent assez facilement la membrane et tout ce qui constitue un être vivant, sinon donc l'énergie de type “lumière” et les franges d'ondes électromagnétiques proches des fréquences “lumière”; pour la matière élémentaire, les neutrinos, ils sont tellement infimes et tellement rapides qu'ils interfèrent très peu avec la matière composite et nous traversent sans nous percevoir et sans que nous les percevions.

Les êtres vivants sont des sortes de miroirs, ils “réfléchissent la réalité”, leur membrane interagit faiblement avec l'environnement et pour ceux complexes, tels que les humains par exemple, la partie de la membrane qui interagit le plus, poumons et tube digestif, est très protégée, les poumons moindrement que le tube digestif parce que cette interaction particulière, celle avec l'air, doit être constante et assez rapide.

 


À suivre (peut-être...).



 

Transparence et opacité.

Par
Les mots sont des clés. Des clés d'accès à la réalité effective. Les mots sont des réalités effectives, donc il faut des clés pour les ouvrir. On ouvre les mots avec des mots, ce qui ne laisse de poser quelques problèmes: ouvrir des clés avec des clés, la réalité avec la réalité? Étrange...

 

Pourtant c'est ce que font tous êtres vivants, à quelque chose près: ce sont des éléments de la réalité effective donc pour accéder au reste de cette réalité ils en passent par elle à travers eux. Du point de vue subjectif d'un être vivant la réalité se divise en trois parties: soi, le reste, quelque chose entre soi et le reste. pour un observateur extérieur objectif tout segment large de la réalité est assez homogène, tout segment restreint parfois hétérogène mais en ce cas assez également réparti, pour le dire autrement un être vivant ne se différencie pas de son milieu, il y est homologue, il n'y a pas de solution de continuité très déterminée entre les deux. Pour un “observateur participant”, un être vivant, sa perception de ce qui est du vivant dépend de sa capacité de discernement et d'interprétation de la réalité effective, pour exemple, avant l'invention du microscope on pouvait par certains indices supposer un vivant de taille très réduite, microscopique, mais perceptivement, pour un humain le moindre vivant discernable était de la dimension du ciron, un gros acarien d'au moins 0,5mm  de long et 0,2mm de large, donc une taille macroscopique.

La faible différence entre un être vivant et son milieu réside dans ce “quelque chose entre soi et le reste” qui sépare “soi” et “le reste”, une membrane peu perméable et très résistante ou très résiliente. Pour vivre et survivre un être vivant doit à la fois se préserver du “reste” et interagir avec lui. Il doit donc pouvoir déterminer quelle est l'action la plus appropriée à un instant donné. Pour ce faire le moyen est assez simple mais plus ou moins efficace: disposer des senseurs sur la face interne de la membrane et des capteurs sur sa face externe, leur interaction donnant des informations sur ce qui se passe au-delà et avoir ainsi une bonne hypothèse sur l'action la plus appropriée – mais ça reste une hypothèse, assez régulièrement démentie.

 La limite de cette méthode vient de ce que la perception du “reste” en donne une image inexacte et inversée: “le reste” a quatre dimensions, sa captation le réduit à une ou deux dimensions, et les senseurs sont “en miroir”. Pour exemple l'œil, qui traite le signal lumineux de la même manière qu'une caméra: une abstraction plane, en négatif et inversée en une série de photogrammes discontinus d'une réalité extérieure quadridimensionnelle continue. Bien sûr il y a des corrections internes qui permettent de restituer une équivalence plus exacte, notamment, pour les humains et une bonne part des vertébrés, un “câblage” doublement corrigé, pour la vison toujours le fait que le nerf optique subit une torsion avant de se relier au cerveau et que le site de réception de chaque œil est du côté opposé à sa position – le gauche à droite et réciproquement – ce qui permet à la zone de traitement du signal de recevoir une image rétablie et de n'avoir alors qu'à restituer une image en trois dimensions, la quatrième, le temps (la durée) étant restituée par la rapide succession des “captures de sensation”. Reste que cette reconstitution, pour plus fiable soit-elle, n'est qu'une approximation de la réalité effective. Il m'arrive de prendre l'exemple du télescope qui, le temps passant et notre connaissance plus précise de la réalité observable aidant, a beaucoup évolué depuis Galilée. Comme je le dis en ces cas, le télescope ne voit rien, c'est l'humain derrière la zone de réception du signal qui voit, en revanche il augmente nettement la capacité perceptive de l'humain, d'abord par un procédé d'amplification d'un signal similaire à celui reçu par l'œil, qui permet de voir les planètes comme des points lumineux sur une sorte de toile, la “voûte céleste”, mais comme un volume dans un espace, ensuite par un procédé structurellement similaire mais dans une frange plus large du spectre électromagnétique qui augmente encore la précision dans les détails, puis plus récemment avec un procédé structurellement différent, avec deux ou trois points d'observation distants qui, par triangulation, permet d'obtenir des informations beaucoup plus précises sur la distance et le mouvement des objets observés.

Ce qui permet aux humains d'avoir toujours plus de discernement est aussi ce qui contribue à les faire mettre en doute la réalité: plus on augmente ses capacités perceptives à l'aide d'extensions, de prothèses, plus on a conscience de ses limites de compréhension de la réalité. Avant l'invention de ces deux instruments d'exploration du réel que sont le microscope et le télescope, ce n'est que par observations indirectes, par expériences de pensée et par calcul qu'on peut supposer qu'il y a des êtres et des objets de moindre dimension que le ciron et une configuration de l'univers autre que celle ptoléméenne, plus étendue et d'organisation autre que la Terre comme centre de cet univers. Mais chaque nouvelle extension de nos capacités instrumentales nous fait chaque fois plus comprendre qu'il en reste beaucoup à découvrir, et chaque fois plus mesurer nos faibles capacités propres à percevoir et comprendre.

De manière immédiate l'univers nous apparaît transparent mais cette capacité nouvelle que le langage humain nous apporte, “échanger nos points de vue”, communiquer et nous faire communiquer des informations sur une réalité à partir d'un autre point que celui d'où nous observons, le rend opaque en ce sens que nous pouvons alors comprendre que ce que nous percevons ne correspond que très partiellement à ce qui est. L'assez long processus que je nomme humanisation, qui permet à un individu de, peut-on dire, “entrer dans la parole”, ce que signifie proprement l'expression “sortir de l'enfance” – un enfant, un infans, est selon l'étymologie latine un individu “hors de la parole” –, fait entrer dans “une autre réalité”, celle symbolique. Pour exemple, une société telle que la France n'a pas de réalité objective, elle existe mais seulement par le consentement de ses membres à cette fiction: dans l'immédiateté des choses je ne suis relié qu'à mon environnement proche, celui dans lequel je peux me projeter de manière vraisemblable, anticiper la réalisation de mes actes à venir; accepter cette réalité symbolique d'une “société France” implique d'accepter la fiction que l'ensemble des personnes présentes sur un vaste territoire sont “un seul corps” et agit “d'un même mouvement” sur une durée très importante, bien au-delà des anticipations que je peux faire pour moi, en fait, je suppose que la France, dans ses métamorphoses à venir, restera probablement une entité assez égale bien après ma disparition, et même restera la ce qu'elle est si demain ou dans un an je faisais sécession et me rendais pour un temps ou pour toujours dans une autre société – même le fait de cesser de croire que je suis une partie de cette entité ne fera pas que je cesserai d'accepter qu'elle existe. Cela va d'ailleurs bien au-delà, pour exemple je suis né dans un État qui formait un territoire discontinu d'environ sept millions de kilomètres carrés composé d'entités secondaires sur tous les continents, mes parents sont né dans une entité à-peu-près deux fois plus large qu'elle ne l'était à ma naissance, et quand j'ai eu trois ans elle s'était réduite à cinq cent cinquante mille kilomètres carrés, avant la naissance de mes parents cette entité a connu des réductions et des extensions de superficie, mais j'accepte la fiction selon laquelle cette entité est continument la France depuis le début du XV° siècle voire le début du XIII° siècle.

La question est précisément celle de la fiction: la réalité symbolique est une fiction mais une fiction effective, elle “réalise des choses”. Pour prendre un exemple trivial, si j'achète un meuble en kit je peux tenter de découvrir par essais successifs une manière plus ou moins exacte de le monter, ou je peux lire le mode d'emploi qui me décrit un processus linéaire précis pour parvenir rapidement au résultat souhaité de la manière dont une personne dont je ne sais rien a prévu que cela se fasse: le mode d'emploi comporte des symboles (lettres, chiffres, dessins...) qui ne sont pas l'objet à réaliser ni la suite des actions décrites mais un code qui me permet d'accéder à la “pensée” dans le passé d'un tiers absent, des clés vers une réalité autre, distante dans le temps et l'espace, pour accéder à la suite d'actions devant aboutir à la réalisation d'un objet encore dans le futur quand je démarre le processus. Le mode d'emploi est ce qu'on appelle un algorithme, un «ensemble de symboles et de procédés propres à un calcu. J'aurais plutôt écrit «propres à un processus» car si ses premières applications par le concepteur de la méthode, «Al Ḫuwārizmī, littéralement “celui de Huwārizm territoire de l'Asie Centrale”, surnom du mathématicien arabe du IXe s. Abdallāh Muhammad ibn Mūsā», furent arithmétiques, algébriques et mathématiques, elle a une portée bien plus générale, on peut nommer algorithme toute description d'un processus en ses étapes élémentaires, de ce point de vue une recette de cuisine est un bon exemple d'algorithme: on indique d'abord tout ce qui sera nécessaire pour la réaliser, les ingrédients et ustensiles, puis on décrit étape par étape les diverses actions nécessaires pour la réaliser effectivement. À considérer qu'un algorithme n'a pas toujours le même degré de précision, pour reprendre le cas de la recette de cuisine, selon qu'on la destine à un public naïf ou à cuisinier professionnel on détaillera plus ou moins – pas besoin de décrire tout le processus ni même les ingrédients à un professionnel quand on indiquera comme étape qu'il faut “faire une crème anglaise”. Ce qui va m'amener au thème de ce billet, la transparence et l'opacité, après une petit détour sur cette question des algorithmes.

Le mot “algorithme” est devenu opaque dans un contexte courant, celui des “médias”. Entre guillemets car en se restreignant à deux notions, les canaux de communication et les entreprises de médias, ce mot aussi est devenu opaque. Parler d'Internet comme d'un média reviendrai à parler du téléphone comme d'un média en mélangeant le moyen et ce qu'il transporte. De fait, ce qu'on place sous l'étiquette Internet, qui sur cette question de média correspond à sa face inter-communicationnelle, le Web, est un moyen de communication mais non un média si on intègre les contenus dans la définition. Un téléphone est un outil, un moyen, un instrument, une prothèse, son usage a priori est le transfert, disons, de données, au départ la voix, aujourd'hui toute donnée qui permette de communiquer entre humains, des informations sous n'importe quelle forme. Un téléphone ne sait, ne veut ni ne peut, c'est la personne qui en fait usage qui sait, veut et peut. On peut estimer que se servir d'un téléphone mobile comme détonateur de bombe télécommandée est un détournement d'usage, ou considérer que le seul usage valable est celui intentionnel de son utilisateur: un marteau n'est pas destiné à devenir une arme mais peut servir à cela, et ce sera un usage valable si efficace, par contre l'utilisateur peut s'en servir comme arme d'une manière que la société estimera invalide. Internet est un moyen, on peut s'en servir pour le “meilleur” ou pour le “pire”, certains “meilleurs” et “pires” ne sont pas jugés tels a priori par telle société et de ce point de vue c'est simplement une opinion; la personne qui a cette opinion peut, au motif du pire, demander à la société de punir, celle-ci évaluera la chose et tranchera en condamnation ou en non-lieu, cette personne peut aussi agresser en paroles ou en actes les supposés auteurs du pire et lesdits pourront à leur tour demander sanction sociale ou agir en retour en paroles ou en actes, en tout cas le Web ne sait, ne veut ni ne peut. Donc, les algorithmes.

Dans son usage courant ce mot est donc très souvent opaque, ce que je nomme (et d'autres aussi) un “mot magique”, quand on ne sait pas trop comment fonctionne un certain processus “informatique” ou “cybernétique” (autres mots magiques) on le qualifie d'algorithme, et le “moteur magique” qui le meut est une “intelligence artificielle”, là aussi un mot magique. Le cœur même de, disons, l'informatique, est l'algorithmique, laquelle est indépendante de la manière effective de la réaliser. La tâche d'un analyste-programmeur est avant tout l'analyse, la division d'une tâche à réaliser en autant d'étapes que nécessaire pour la mettre en œuvre. Une fois l'analyse faite, la programmation ne sera que la phase de traduction d'une analyse abstraite en application concrète, et peu importe le “langage de programmation” utilisé. Parler d'algorithme pour cette application est en partie abusif, certains langages de programmation sont conçus de telle manière que l'application suivra d'assez près l'analyse, d'autres obligent à des approximations assez loin de la logique algorithmique parce que leurs concepteurs ont visé à la simplification de leur côté, reportant une inutile et pénible complexité sur les programmeurs. La réalité symbolique est censément un compromis entre simplicité et complexité, trop de simplicité va vers la transparence, l'immédiateté, comme je l'écris parfois, la carte tend à se confondre avec le territoire, trop de complexité va vers l'opacité, la carte devient le territoire, dans l'un et l'autre cas le lien est alors très faible entre la carte et le territoire, le langage est trop univoque ou il ne renvoie qu'à lui-même.

Je développe beaucoup de modélisations – de représentations abstraites – des sociétés humaines, une assez récente concerne cette question de la carte, du territoire et de l'accès à l'une et à l'autre. Je dis souvent que j'ai beaucoup de réticences envers les spécialités “psys” et leurs catégories parce que trop souvent elles induisent une confusion entre la carte et le territoire, tendanciellement elles amènent à prendre la carte pour le territoire. Cela posé, on peut utiliser les catégories “psy” dans d'autres usages que la “psychologisation des individus”. Un auteur intéressant de ce point de vue est Jacques Lacan, sinon le fait qu'il a un discours “hermétique”, qui vise à élucider cette question de la carte et du territoire en donnant des clés d'interprétation mais d'une manière indirectement accessible. Je n'ai rien contre, sinon le fait qu'on doit disposer des clés d'accès aux clés d'interprétation pour, justement, y accéder. Cela dit je ne suis pas dupe de moi-même, toute critique que j'adresse à mes semblables vaut pour moi, dans tous les cas on doit disposer de clés d'accès aux clés d'interprétations, la langue nous permet d'interpréter la réalité mais pour cela il faut d'abord accéder à la langue.

Je ne connais pas le texte ou plus probablement le discours oral où Lacan énonça cette sentence, «L’inconscient est structuré comme un langage», mais du moins ai-je certaines clés d'accès qui me permettent d'y lire autre chose que ce qu'on pourrait nommer le sens immédiat. Première clé, Lacan aussi n'est pas dupe de lui-même et de ce fait est très souvent glosateur de ses propos, par exemple il sait que le mot “inconscient” a en français deux interprétations immédiates possibles parce que le préfixe “in-” a deux significations possibles, “dans, “dedans” et “non”, donc “l'inconscient” peut s'interpréter comme “le non conscient” ou “le conscient du dedans”, une “structure” est une forme native ou construite, donc “structuré” peut se lire “a la forme” ou “est construit”, du fait on a déjà quatre interprétations possibles,

le non conscient a la forme d'un langage
le conscient intérieur est construit comme un langage
le non conscient est construit comme un langage
le conscient intérieur a la forme d'un langage

Aucune de ces interprétations n'est valide, toutes sont valables. Pour proposer une interprétation valide il faudrait déployer toutes les significations latentes, toutes les acceptions possibles de chaque “atome” ou “monade”, pour exemple “conscient” a deux atomes, “con” et “scient”, en français “con” signifie entre autres “avec”, ou “contre” au sens de “proche de”, ou “idiot”, ou “sexe féminin”, “vulve” plus “vagin”, “scient” peut signifier “savant”, “connaissant“ et à l'oral “coupant comme une scie”, et chacune de ces interprétations est à son tour interprétable, d'où, une interprétation valide devrait explorer tous les sens latents de tous les atomes de sens de chaque définition, on déploierait alors tous les sens de tous les mots combinés de toutes les manières possibles. Autant dire qu'aucune interprétation valide n'est envisageable car si même on menait à bien cette œuvre en élucidant toute la langue française du moment où la sentence «L’inconscient est structuré comme un langage», le temps de l'explicitation et celui de sa lecture seront tels qu'entretemps la langue ne sera déjà plus la même – pour exemple, il y a cinq ou six lustres les mots “très” et “trop” étaient assez bien différenciés et peu de gens auraient dit «c'est trop bien» pour signifier «c'est très bien», en 2019 les deux phrases se valent pour quelqu'un de mon âge, pour quelques de moins de trente ans l'utilisation de “trop” est exclusive de “très” dans des phrases où “très” a un usage superlatif, comme dans le redoublement “très très bien” donc “plus que bien”. Comme en outre “inconscient” est devenu une monade, sont utilisation dans le langage courant lui ayant donné une signification inanalysable, indépendante de celles de ses formants, quelque chose comme «un objet à l'intérieur d'un individu dont celui-ci ignore être le porteur», pour reprendre les définitions du Trésor de la langue française – du TLF –, c'est l'«ensemble des phénomènes physiologiques et neuro-psychiques qui échappent totalement à la conscience du sujet» ou dans l'acception jungienne de l'“inconscient collectif”. l'«ensemble d'images, d'idées inconscientes (archétypes), communes à un groupe humain, transmises héréditairement et qui règlent les réactions de l'homme non pas en tant qu'individu mais en tant qu'être social». Dans les deux cas, il s'agit de quelque chose “dans l'individu” et “qui échappe à la conscience” – la signification psychologique ou psychanalytique “freudienne”.

La rupture entre Jung et Freud découle de leurs rapports propres à la carte et au territoire: pour Freud la relation va du territoire à la carte, pour Jung de la carte au territoire. N'étant ni “jungien” ni “freudien” j'ai tendance à postuler que le lien est ambivalent, selon le moment on lira le territoire avec la carte ou la carte avec le territoire. Une vérification réciproque: quand je préparerai un parcours, j'interpréterai la carte pour décider quel itinéraire sera le plus adéquat selon mes moyens de déplacement et le genre de voyage que j'envisage; une fois en voyage je comparerai les informations que je recueille dans le territoire avec ceux de la carte, ce qui me mènera éventuellement à l'interpréter autrement et à corriger le parcours anticipé en tenant compte d'éléments significatifs qu'elle ne comporte pas. Il existe une autre sentence intéressante, «la carte n'est pas le territoire», qui est réversible, «le territoire n'est pas la carte»: la relation étant ambivalente, s'arrêter au fait que la carte n'est pas le territoire peut laisser croire que le territoire est la carte. La conception “freudienne” de l'inconscient surtout tient compte de ce que «la carte n'est pas le territoire», celle jungienne, de ce que «le territoire n'est pas la carte». Soit précisé, cette fois freudienne entre guillemets et jungienne sans guillemets du fait que le freudisme comme doctrine ne découle pas nécessairement de ce que Freud a proposé, alors que la doctrine jungienne est déjà une interprétation, une réduction des propositions freudiennes au filtre de Jung.

Transparence et opacité... J'utilise depuis peu deux catégories “psy”, autisme et schizophrénie, pour désigner les approches qualifiées dans le précédent alinéa de freudienne et de jungienne. Pour qui s'intéresse vraiment à ces deux notions, et autrement que dans des approches tendanciellement “psychologiques” et “neurologiques”, ou idéalistes et matérialistes, autisme et schizophrénie “ça n'existe pas”.

Premier problème, dire d'un mot qu'il n'existe pas n'a pas de sens: un mot de la langue existe puisqu'on l'utilise. Les mots étant des réalités effectives, un mot dit ou écrit a une réalité objective, et il a cette réalité effective immédiate de provoquer une sensation auditive ou visuelle. Pour exemple, ceci:

太极图

Je ne sais pas pour vous, moi je ne puis attribuer de signification à ces dessins, ni les associer à des syllabes ou des sons, par contre ils ont cette réalité effective qui fait que quand mon œil se focalise sur le point où ils se trouvent, ces motifs sont apparents et visibles. Comme j'ai une petite connaissance du contexte où ce genre de réalités ont un usage linguistique, je peux déterminer qu'il s'agit d'idéogrammes “de type chinois” et qu'ils sont reliés à des sons ou des concepts en chinois, en mandchou, en coréen ou en japonais, probablement en d'autres langues (on peut à l'occasion s'en servir pour noter des sons “germano-latins”, pour exemple l'écrivain Cordwainer Smith, de son nom d'état-civil Paul Linebarger, utilisait à l'occasion la séquence “林白樂” qui est la translittération approximative de “Linebarger” – pour des raisons phonologiques les sons /r/ et /g/ sont difficilement prononçables par un Chinois ne parlant que cette langue, d'où l'approximation phonétique “Línbáilè”. Linebarger savait interpréter ces idéogrammes, d'où, comme dit dans l'article de Wikipédia, son premier pseudonyme d'écrivain). La première séquence d'idéogrammes, je puis aussi lui attribuer une valeur syllabique, “taìjítú”, et une signification, «figure du faîte suprême», et dire que c'est en outre du chinois, et non du japonais ou du coréen, parce que l'article de Wikipédia sur le taìjítú les mentionnent et précise que c'est du chinois, mais si par hasard je les voyais ailleurs sans explication, j'en serais de nouveau au cas initial, des idéogrammes de type chinois en usage pour noter plusieurs langues d'Extrême-Orient avec d'autres valeurs qu'en chinois (en japonais notamment ce ne sont pas des idéogrammes mais les éléments d'un syllabaire, si les trois signes “林 白 樂” y sont en usage ce sera pour noter les sons “Lín bái lè” et non le sens “forêt heureuse”. Cela dit, même en chinois on utilise parfois ces signes pour leur son et non pour leur sens, comme dans la translittération de mots non chinois), pour moi le chinois parlé ou écrit, et bien, “c'est du chinois“ – ou de l'hébreu ou du latin, selon l'expression toute faite qu'on préfère, c'est une langue que j'identifie comme “de la langue” sans pouvoir l'interpréter, sans avoir les clés d'accès à sa réalité symbolique. Dans mon cas “c'est du latin” ne vaut pas car sans la connaître très bien du moins cette langue ne m'est pas inaccessible, je peux interpréter ses sons et ses mots, mais assez peu ses phrases.

Un mot existe en outre, et bien, parce qu'il existe: que l'acception ordinaire de “algorithme” ne corresponde pas à celles retenues par un mathématicien, par un algébriste, par un logicien ou par un informaticien (analyste ou programmeur) et ne corresponde pas, de ce fait, à une “réalité algorithmique”, que le plus souvent ce soit un mot magique désignant quelque chose comme “l'inconnaissable”, “le mystérieux”, bref, la magie de l'époque (en des temps plus anciens la magie la plus notable était “l'électricité”, d'ailleurs assez clairement telle avec la notion de “fée électricité”), n'empêche son existence en soi et dans cet usage. C'est proprement ce que je nomme opacité: l'algorithme magique réfère à la réalité symbolique ou à la réalité imaginaire / imaginale, ce que l'on perçoit et comprend de la réalité extérieure, y compris symbolique, “l'image du monde” propre à chacun. L'algorithme magique se relie faiblement ou nullement à la réalité effective à laquelle la langue est censée renvoyer, au “territoire”, et se relie fortement à un ensemble magique, celui placé selon les cas sous l'étiquette “Internet”, ou “le Web” ou “le Net” ou “la Révolution Numérique” ou “la réalité virtuelle” (insubstantielle). Cet ensemble se relie lui aussi assez ou très faiblement à la réalité effective et objective qui permet l'existence de cet ensemble réel,objectif et effectif qui en est le vecteur, ce vaste réseau intégré de télécommunication qui permet de transmettre, de stocker, de présenter et d'évaluer un ensemble composite de ce qu'on peut nommer données et qui, organisées d'une certaine manière, permettent de réaliser indifféremment du texte, de l'image, du son, ou des objets en dirigeant des “périphériques” (écrans, hauts-parleurs, imprimantes, robots, etc.), en passant par des voies multiples (câbles métalliques, fibres dites optiques, ondes électromagnétiques diffuses ou denses – lasers –, etc) et des moyens divers (wifi, bluetooth, connexions ethernet câblées, antennes, satellites artificiels, etc.) qui ont tous la même manière d'émettre et de recevoir: convertir un signal continu et “photonique” en un signal discontinu et électronique, et inversement. Le premier est dit analogique parce que tout signal informationnel transite d'un objet à un autre sous une forme qu'on peut analyser comme ondulatoire, donc analogue formellement à l'onde électromagnétique, le second est dit numérique ou digital parce qu'il n'est pas analysé comme une onde mais comme une série de séquences d'émission de corpuscules chargés électriquement ou de non émission de ces corpuscules, des nombres ou des doigts et des non-nombres ou des espaces entre les doigts. La base formelle des données “numériques” est une suite de 1, donc un nombre, une donnée nombrable, et de 0 (de zéro), un non-nombre, une donnée non nombrable ou innombrable.

 Autisme et schizophrénie existent comme “tableau clinique” mais non comme réalité univoque, les supposés autistes et supposés schizophrènes ont tous une caractéristique commune qui concerne leur rapport au langage, le “spectre autistique” concerne un rapport transparent, le “spectre schizophrénique” un rapport opaque au langage. Les langues humaines sont des instruments singuliers puisque la clé d'accès au langage est le langage lui-même, il joue le même rôle relativement aux groupes humains que celui de la membrane pour les individus, une interface entre les réalités intérieure et extérieure, sinon que c'est aussi une réalité extérieure – une réalité extérieure aux individus qui en ont l'usage. Parler ou écrire c'est modifier un segment de la réalité effective pour en faire le vecteur d'un segment de la réalité intérieure, communiquer “une partie de soi”. Ce que positivement l'on fait: on mobilise le soi pour agir de manière dirigée vers le non soi, c'est un transfert d'énergie discontinu qui se propage dans l'environnement d'une manière continue et ondulatoire et que les personnes visées vont convertir en interne en une série de transferts d'énergie ou de matière discontinus, des “impulsions”. Une analyse serrée de la chose donne une autre conception du phénomène, du début à la fin il est conjointement continu et discontinu, le son ne se propage pas d'un objet à un autre par une onde mais par une succession de mouvements sans direction précise, un mouvement brownien, un processus stochastique donc imprévisible, mais en partie prédictible. La source du son va exercer une pression dirigée sur son environnement qui induira un mouvement plus régulier dans un cône allant en s'élargissant assez vite pour se disperser dans toutes les directions et ne plus être différenciable de l'agitation moyenne du milieu de dispersion. Du côté de la réception on a un organe formé pour diriger les agitations venant le percuter vers une zone restreinte, le tympan, derrière lequel se trouve un appareil complexe qui lisse les sensations reçues pour les transformer en “une sorte d'onde”, les intervalles chargés électriquement représentant un haut, ceux non chargés un bas, la durée des intervalles représentant une fréquence, le signal devenant non significatif en-deçà d'une certaine charge. Exprimer la chose pour le son peut apparaître exact à beaucoup, le faire pour la lumière l'apparaîtra moins parce que beaucoup de personnes ont une représentation de l'univers qu'on dira “pré-quantique” et “pré-einsteinienne”, en gros l'univers newtonien avec quelques objets massifs dont certains avec une atmosphère, et du vide entre eux avec de loin en loin un atome ou une molécule. Or, l'univers einsteinien n'a pas une forme aussi définie que celui newtonien, et le vide quantique n'est pas le même genre de vide que celui de la mécanique classique, celle principalement développée au XIX° siècle.

La question qui occupe de longue date les “physiciens”, les explorateurs de la nature de l'univers, est celle des ondes. L'hypothèse ancienne est qu'une onde ne peut pas se diffuser dans un espace vide, qu'elle se propage dans un milieu suffisamment dense pour être portée de particule en particule d'une source à un récepteur. Mais de loin en loin on découvre des ondes qui semblent se diffuser sans milieu porteur, “dans le vide”. S'opposent alors les tenants de l'onde comme “énergie” qui est en un certain sens son propre milieu, d'autre nature que le milieu comme “matière”, et ceux d'un hypothétique “éther” qui serait une sorte de matière autre, une “substance insubstantielle”. Pendant une période plus ou moins longue des hypothèses plus ou moins fondées tentent de résoudre les contradictions internes des deux postulats, une onde qui se porte elle-même et une substance sans substance. Jusqu'à il y a un peu moins d'un siècle, précisément 1927 et la proposition du principe d'indétermination de Werner Heisenberg, il n'y eut pas de base théorique solide pour tenter de résoudre ces contradictions; par la suite l'hypothèse vérifiée empiriquement du vide quantique a permis de commencer à résoudre non plus les contradictions internes des deux postulats mais leur incompatibilité. Commencer à résoudre, et non pas résoudre, une nouvelle théorie de l'univers et une nouvelle théorie de la mécanique sont peut-être déjà là mais n'ont pas encore émergé – pour mémoire, entre le moment où celles actuelles sont apparues, le tout début du XX° siècle, et le moment où elles s'imposent comme celles les plus valides puis seules valides, il se passe vingt à trente ans, et beaucoup de découvertes empiriques faites durant les deux premières décennies du siècles et qui étaieront ces deux théories sont dues à des “traditionalistes”, des physiciens qui ont été formés et qui pensent dans le cadre de la théorie newtonienne et de la mécanique classique. Même les deux principaux initiateurs de ces théories, Einstein et Planck, sont des “classiques”, et Max Planck même ne participa guère au développement de la mécanique quantique et fut dans les premiers temps assez déconcerté par cette constante qui porte son nom et qui contredisait en partie la mécanique classique. N'étant pas physicien je n'ai aucune idée de ce qui pourrait aujourd'hui constituer l'étape théorique suivante mais je sais qu'elle est en cours de réalisation ou déjà réalisée, parce qu'il y a quelques trous un peu trop gros dans celle actuelle.

Dans l'étape actuelle on peut supposer un univers essentiellement plein – un univers “photonique”. Que ce soit vrai ou faux n'a pas d'importance, dans le domaine des sciences ça ne se pose pas en ces termes, une théorie est vérifiable ou falsifiable, c'est-à-dire qu'on peut développer des modèles et mettre en place des expériences qui vont confirmer ou infirmer ces modèles. Pour exemple, le boson de Higgs est une particule hypothétique dès 1964 et une part importante des découvertes et hypothèses en physique durant le dernier tiers du XX° siècle et les débuts du XXI° découlent du modèle qui le postule mais il faudra attendre 2012 pour avoir une preuve expérimentale de son existence. Disons que le fait de la propagation des ondes électromagnétiques et la confirmation empirique de l'hypothèse du vide quantique impliquent quelque chose comme un univers essentiellement plein de photons, qui sont pour un temps probablement assez court désormais une sorte d'éther, une “énergie”, et pleins aussi de son alternative “matière”, le neutrino, une particule curieuse, censément neutre comme son nom l'indique, mais ayant trois “saveurs” (voir l'article pour détails) qui portent le nom de particules non neutres, disons, une particule neutre qui selon les cas (précisément, selon sa masse) a des affinités avec certaines particules électriquement chargées à l'exclusion des autres. Vu la quantité phénoménale de neutrinos au cm² (pour ceux venant de notre étoile proche, Wikipédia le précise, «La Terre reçoit environ 65 milliards de neutrinos solaires par centimètre carré et par seconde»), et vu aussi la quantité phénoménale de photons que nous envoie le même astre, postuler que l'espace entre le Soleil et la Terre et assez au-delà est vide peut laisser dubitatif.

Bien sûr, ce ne serait qu'une étape, quelque chose comme l'amorce de la prochaine dispute entre tenants de l'éther et tenants du vide. Dans la situation présente, celle de ce début de XXI° siècle, le photon fait encore figure de la forme élémentaire “énergie” et le neutrino de celle “matière” mais c'est assez provisoire, manquent pour l'instant les démonstrations que, 1) photon et neutrino sont des cas l'un de l'autre, 2) ce ne sont pas des particules élémentaires, pour aller plus loin dans l'élucidation de l'univers. Eh! Jusqu'ici tout ce qui a fait figure de “plus petit quantum” de matière ou d'énergie est apparu par après comme composite, et jusqu'ici ce qui se trouvait entre les composants de la “plus petite particule” était “du vide”. Pas de raisons d'en rester là...

Mis à part le possible intérêt spéculatif de ce qui suit la mention «Parler ou écrire c'est modifier un segment de la réalité effective pour en faire le vecteur d'un segment de la réalité intérieure, communiquer “une partie de soi”» dans l'alinéa commençant par «Autisme et schizophrénie existent comme “tableau clinique” mais non comme réalité univoque», il s'agit surtout de mettre en évidence une certaine validité d'un autre passage entre ces deux-ci, «la clé d'accès au langage est le langage lui-même, il joue le même rôle relativement aux groupes humains que celui de la membrane pour les individus, une interface entre les réalités intérieure et extérieure, sinon que c'est aussi une réalité extérieure – une réalité extérieure aux individus qui en ont l'usage». Un humain est avec le langage dans une situation équivalente à une cellule relativement à la membrane de l'organisme dont elle participe: elle n'en connaît pas grand chose et le plus souvent elle n'en connaît rien. Pour une cellule du foie, si elle connaît assez bien ses voisines et a une faible conscience d'appartenir à un ensemble plus vaste, l'organe dont elle participe, en toute hypothèse, s'ils en racontent les histoires que peuvent lui susurrer un nerf ou un globule sur “le monde extérieur” doivent lui paraître pure fiction, des contes à dormir debout. Une société humaine est structurée comme un organisme, sinon le fait que chacun de ses membres est autonome et peut librement passer d'un “organe” à un autre. Il se trouve que beaucoup d'humains sont assez statiques et même quand ils se déplacent dans la société ou en dehors d'elle ont tendance à ne pas modifier leur point de vue.

L'autisme qu'on dira social est le fait de ne pas accéder pleinement au caractère symbolique du langage, donc de la société; du fait, dès que le “territoire” change, la “carte” devient inutilisable. Comme il se sait, les personnes cataloguées “autistes” ont cette tendance à ne pas accéder à un procédé très ordinaire de communication, la rhétorique, spécialement les “figures de style”, très productives dans la langue, métaphore, métonymie, comparaison, compositions de mots, allégories, etc. Une pomme est un fruit qui pousse dans l'air, donc une pomme de terre ça ne peut pas exister, ni une pomme qui pousse dans la terre ni une pomme qui serait en terre ne sont possibles; un homme n'est pas un lion donc une femme disant “mon lion superbe et généreux” en s'adressant à un homme, soit raconte n'importe quoi, soit s'adresse à un lion hors de vue, ce qui est aussi n'importe quoi parce que les lions ça ne parle pas donc ça ne peut pas comprendre ce qu'on leur dit. La schizophrénie sociale revient à n'accéder qu'à la part rhétorique du langage, tout alors est figure de style et ne se rattache à aucune réalité référentielle, le lion est toujours une “idée”, la pomme toujours un “concept”. Dès lors, tout est symbolique. Ces catégories d'autisme social et de schizophrénie sociale ne rendent bien sûr pas compte d'une attitude, disons, “réellement” autistique ou schizophrénique, c'est plus un mode général d'être au monde, j'ai une autre manière de décrire la chose et parle des Thomas et des Pierre, les premiers “ne croient que ce qu'ils voient”, les seconds “ne voient que ce qu'ils croient”. Globalement, il s'agit d'une séparation assez classique entre “matérialistes” et “idéalistes” ou entre “réalistes” et “nominalistes” (je précise, non le réalisme comme courant de pensée «qui affirme l’existence d’une réalité extérieure indépendante de notre esprit», et qui diffère aussi bien de l'idéalisme que du matérialisme, mais de ce courant de “philosophie du langage” associé à certains idéalismes que rend ce passage de l'article de Wikipédia, «la conception idéaliste platonicienne (nommée aussi réalisme dans la thèse: universalia sunt realia ante rem), selon laquelle ils ont une existence immanente a priori» – la citation latine peut se traduire en «les universaux sont des réalités qui précèdent les objets». Soit précisé, mais vous l'aurez probablement compris, bien que ne me prétende pas philosophe – j'ai quelques réticences envers ce mot – je me situe dans une orientation réaliste quant à ma réflexion sur, et bien, la réalité...) qui tiendrait le moyen terme sans être “et en même temps”© les deux, car comme le postule le principe d'indétermination d'Heisenberg cité précédemment, «il existe une limite fondamentale à la précision avec laquelle il est possible de connaître simultanément deux propriétés physiques d'une même particule; ces deux variables dites complémentaires peuvent être sa position et sa quantité de mouvement».

Contrairement à l'interprétation commune (et à ce que pourrait faire croire le nom utilisé le plus souvent de “principe d'incertitude”) il ne s'agit pas de poser qu'on ne peut pas connaître deux propriétés complémentaires en même temps mais plus simplement, pour reprendre la formule citée, qu'il y a une limite fondamentale à la précision avec laquelle il est possible de les connaître simultanément. Je me moque en l'affublant du pictogramme du copyright la notion assez floue du “et en même temps”© macronien, non tant parce qu'il me semble incompatible de mener une politique à la fois “de gauche” et “de droite” que parce qu'on ne peut pas strictement les mener “en même temps”, c'est, dira-t-on, compatible mais non simultané, on ne peut “et en même temps”© avancer et reculer, mais on peut alterner les deux et dans le cadre d'une société, avancer ici, reculer là, suivant les nécessités locales et les contextes. Par contre on ne peut pas déterminer à l'avance et durablement ce qui sera le plus adapté, ça se décide en cours de réalisation, si par exemple (cas actuel du “réacteur EPR” qui comme son nom initial ne l'indique pas est vaguement pressurisé et plus du tout européen, d'ailleurs l'article de Wikipédia précise que sous ces mêmes initiales le nom a évolué vers Evolutionary Power Reactor, un nom pas très décodable cela dit, genre “opaque”... Donc les EPR: pour l'heure un seul a été achevé, et ne correspond pas vraiment à ce qui était prévu, il se nomme bien EPR mais ne correspond plus vraiment au projet initial et surtout, bien que censément achevé, son démarrage est prévu seulement en janvier 2020, soit onze ans après la date initialement prévue. Tous les autres projets sont soit abandonnés, soit “en retard”, soit évanescents) on s'aperçoit qu'une “avancée” n'avance pas et à coup sûr n'avancera plus, on arrête ou on recule. Enfin, censément, mais les tenants d'un projet ont souvent du mal à se connecter à la réalité quand elle leur est défavorable... Outre cela, et sans ironie cette fois, il en va des sociétés comme du reste du vivant, elles ont globalement ou localement des cycles, des moments de progression, de station et de régression, jamais totalement séparés mais jamais totalement conjoints.

Pour revenir à mon sujet, le principe d'indétermination est une nouvelle version d'un vieux principe, appliqué cette fois à la mécanique quantique, qu'on peut nommer – que je nomme – triangulation, le fait que pour déterminer un objet physique ou conceptuel il faut trois points de référence, l'un pouvant être l'objet même. Ce que Ferdinand de Saussure formalisa pour la langue au début du XX° siècle dans son Cours de linguistique générale avec les notions de signifiant, de signifié et, pour la réalité effective de référent, pour celle subjective, d'image mentale. Image mentale et référent sont “en miroir”, signifiant et signifié sont deux points de référence, le premier “vers le référent”, le second “vers l'image mentale”; image mentale et référent sont des réalités stables, des “choses en soi” dirait un philosophe heideggerien, qui elles ne sont pas formellement identiques mais l'image mentale est un moyen d'identification du référent un “élément de la carte” associé à ce référent; selon la direction de la communication, de l'extérieur vers l'intérieur ou inversement, le signifiant sera la clé et le signifié le point d'accès quand on est récepteur, inversement quand on est émetteur. Factuellement, le langage n'est pas directement un point d'accès à la réalité effective, communiquer par le biais du langage n'est pas communiquer vers la réalité effective mais le faire vers un humain, soi ou un tiers, par le biais du langage qui en ce cas est la seule réalité effective prise en compte. Censément, on communique à propos de la réalité effective désignée, du référent, de fait c'est plus compliqué, on communique sur la langue même: quand j'écris ce texte il ne s'agit pas pour moi de “communiquer le référent”, qui est indépendant de ce que j'en dis, mais de communiquer sur ma représentation de ce référent, donc avant tout de parler de l'image mentale que je me forme de ce référent. Ladite image mentale est une abstraction, une simplification de la réalité, pour exemple si j'émets une opinion sur les vaches j'en ai une certaine représentation dépendante de ma fréquentation de représentants de l'espèce, de la connaissance plus ou moins précise que j'en ai et du contexte d'émission de mon propos; et bien sûr la compréhension des récepteurs dépendent aussi de leur représentation. Pour un jeune (ou un vieux) citadin par exemple, probable que voyant un bovin il le qualifiera de “vache” là où un rural même peu familier de l'espèce fera la différence entre “vache”, “bœuf” et “taureau”. Si on croise un bovin, cette différence aura son importance, on ne se comporte pas aussi librement face à un taureau qu'à une vache, face à une vache qu'à un bœuf, sinon à ses risques – et périls...

La communication au sein d'une espèce, spécialement d'une espèce sociale, concerne surtout le groupe, la société, et secondairement ses membres. Les langages humains peuvent favoriser le niveau de discernement de ses membres mais ça n'est pas leur fonction première, pour les humains comme pour les autres espèces sociales il s'agit à la fois de déterminer les positions des membres dans le groupe et d'augmenter le niveau de discernement de la société: une fourmi n'a pas intrinsèquement un niveau de discernement plus élevé que n'importe quel autre arthropode comparable, une fourmilière en a nettement plus que la simple addition du discernement de chacun de ses membres. Même si les travaux les plus récents sur les insectes sociaux corrigent beaucoup les appréciations assez mécanistes sur le comportement individuel de ces insectes et sur leur niveau d'autonomie, reste qu'ils sont largement tributaires de leurs conditionnements; et bien sûr plus les individus sont complexes, plus leur autonomie est élevée. Cela posé, les langages humains sont comme tous les autres langages d'espèces sociales, avant tout un outil de conditionnement des individus.

La notion de conditionnement a mauvaise presse, or vivre c'est être nécessairement conditionné, d'abord nativement par son patrimoine génétique, ensuite par l'apprentissage de comportements adaptés dans des contextes identifiables. J'ai coutume de l'écrire, ma compréhension de l'évolution du vivant n'est pas téléologique, reste que le processus de “dénaturalisation” a une certaine évidence. On peut qualifier de naturel tout ce qui se déroule de manière inconditionnelle dans l'univers, ce qui actuellement se dit “physique”, le mot grec φύσις “phusis”, signifie proprement “nature”, et désigne ce qui est et ce qui croît ou pousse, ce qui génère, produit ou donne naissance, bref, tout ce qui existe ou émerge sans intervention dirigée, est donc φυσικός,“phusikos”, ce qui concerne la nature en ce sens; le mot latin natura, “nature”, est plus restreint, il s'agit de la part proprement vitale, «ce qui donne naissance», quand les latins se mirent à l'école de la philosophie grecque ils importèrent les mots avec les notions et nommèrent physicus les “sciences naturelles” en un sens large, physica la “science de la nature”, de la “phusis”. Les choses changeant avec le temps la division se fait désormais entre “nature” et “culture”. Pour un latin pré-chrétien l'opposition ne se fait pas entre nature et culture mais entre nature et ars, artis, “art” ou “artifice”, ce que l'on cultive se rapporte à la nature, il s'agit de l'aider ou de la mettre en ordre, alors que les arts produisent des objets effectifs ou symboliques qui ne sont pas dans la nature ni dans la “phusis”. À un certain niveau, les langues sont “de l'ordre de la nature”, elles ont le même usage élémentaire que parmi les autres espèces sociales douées d'audition, l'identification du et au groupe - intéressant par exemple de savoir que certains cétacés sociaux pour lesquels la communication vocale est vitale pour la chasse ou l'alerte, en premier les dauphins, peuvent rejeter un membre de leur groupe qui, après un accident ou une maladie, a une modification de ses organes de phonation telle qu'ils ne sont plus “sur la même longueur d'onde”, plus aigüe ou plus grave que la fréquence commune au groupe, et qu'en sens inverse certains oiseaux “polyglottes”, notamment les étourneaux, ont la capacité d'imiter le “dialecte” d'un groupe d'oiseaux, de leur espèce ou non, donc d'émettre dans les fréquences et dans les modulations propres à ce groupe, ce qui les fait alors identifier comme membres de ce groupe.

Un humain nouveau-né a nativement la possibilité d'émettre tous les sons en usage dans toutes les langues mais bien avant de savoir parler il commence à restreindre son champ articulatoire par imprégnation, en privilégiant les sons en usage parmi les humains de son entourage. Soit précisé, la possibilité de changer de champ articulatoire se conserve assez longtemps, généralement jusqu'à sept ou huit ans de manière intuitive, jusqu'à une douzaine d'années même si moins aisément pour la plupart des humains, et pour certains beaucoup plus longtemps, puis les jeunes humains qui parlent usuellement plusieurs langues assez contrastées (p. ex., un enfant qui au sein de la famille a un parent arabophone et un autre francophone et qui dans la rue parlera en espagnol, à l'école en anglais) ont le plus souvent des hautes capacités d'apprentissage phonétique de nouvelles langues. En revanche, un humain qui à une période cruciale et sur une période assez longue, plusieurs années entre sa naissance et ses six à sept ans, n'est pas dans un milieu humain ou n'est pas imprégné, perdra la capacité d'acquérir un langage humain, au mieux saura-t-il parfois apprendre à prononcer des mots mais non à construire des phrases.

En théorie le processus d'humanisation consiste en une alternance de phases de conditionnement et de déconditionnement, en pratique c'est plus ou moins le cas, pour diverses raisons. De fait, beaucoup d'humains sont “autistés” ou “schizés”, soit parce que nativement ils n'ont pas de capacité d'humanisation suffisante pour les faire accéder au processus complet (à considérer que mes néologismes ne valent pas pour des personnes nativement “autistes” ou “schizoïdes”, il ne s'agit pas proprement de maladies ou de déficiences mais de modes d'être au monde non standards, le processus d'humanisation tient compte de ces “écarts à la norme” et développe des méthodes pour, disons, y pallier, sans que ça fonctionne toujours cela dit, il en va pour les écarts “psychiques” comme pour les écarts “somatiques”, ce qu'on nomme ordinairement déficiences ou handicaps, un des buts de la société est d'inventer des moyens ou méthodes pour permettre à un handicapé de mener une vie avec un faible écart à la norme), soit parce que les humains censés les humaniser trouvent un intérêt à ne pas le faire complètement. Lequel intérêt est: constituer pour eux la clé d'accès à la réalité symbolique ou à la réalité effective.

«Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée: car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison est naturellement égale en tous les hommes; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent, et qui s'en éloignent…» (René Descartes, Discours de la méthode, première partie).

Une méthode assez efficace pour induire autisme et schizophrénie sociaux consiste à réduire la pensée d'autrui, la transformer en slogan. Par exemple, réduire le premier alinéa du Discours de la méthode au début de sa première phrase, «Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée». Il est plus intéressant pour un détenteur de clés d'avoir à sa main des “schizos” que des “autistes” mais une frange pas trop importante d'autistes peut avoir son intérêt. La question centrale est celle du contrôle: un “schizo” a une prévisibilité élevée, un “autiste” peut devenir assez imprévisible quand il se trouve dans un contexte inhabituel pour lui. La schizophrénie induite donnant de l'opacité à la réalité symbolique, au pire le “schizo” sera “catatonique”, il “interprètera”, mais ne disposant pas de la clé d'accès à la réalité effective pointée “interprètera en rond” et sera dans l'impuissance; au mieux il ne parviendra pas à donner de sens à ce qu'il lit ou entend; quel que soit le cas, il devra en passer par un porteur de clés pour “comprendre le sens” car seuls les porteurs de clés patenté savent interpréter vraiment, “donner le sens”. C'est le principe de l'hermétisme, il y a un sens exotérique, “l'apparence”, et un sens ésotérique, “l'essence”, et seuls les initiés ont accès au sens ésotérique. Ce principe tire partie de la structure des langues pour “diviser”, donc “régner”. Formellement ça ressemble à ce qui se pratique dans les “groupes de lecture”, les lieux même où l'on apprend à se déconditionner: la seule leçon du maître est de mettre en évidence les quatre points, “image mentale”, “signifié”, “signifiant” et “référent”, et la manière dont ils se relient.

Il m'est arrivé de l'écrire, “réalistes” et “nominalistes” ont les uns et les autres à la fois raison et tort, raison dans leur présupposé, tort car ils ne voient pas que ce ne sont que les deux monnaies d'un même lot et les deux faces d'une même monnaie. Pour un réaliste ou idéaliste la “vraie réalité” est du côté insubstantiel, l'image mentale et le signifié, pour un nominaliste ou matérialiste elle est du côté substantiel, le référent et le signifiant. Ces deux conceptions découlent d'une compréhension linéaire de l'univers, de la représentation d'un univers causal. Dans cette compréhension chaque effet a une cause, chaque cause a un effet. Dans une approche idéaliste la réalité extérieure est un effet de la réalité intérieure, dans une approche matérialiste la réalité intérieure est un effet de la réalité extérieure. Tout l'écart entre neuropsychologie et neurophysiologie, entre psychiatrie et psychologie.

Le réalisme linguistique postule que les mots, donc la langue, existent en soi et ont un lien substantiel aux réalités, le nominalisme n'est pas proprement une théorie sur les mots comme son nom pourrait le donner à croire mais sur leurs “lois de composition”, l'étymologie courante “nominal” avec suffixe “-isme” est douteuse, selon une autre étymologie plus vraisemblable il dérive du grec νόμος, “nomos”, “règle”, “loi”, ce qui paraît conséquent avec le contexte de développement de la doctrine, les tenants du nominalisme et d'autres courants proches étant des néo-aristotéliciens en rupture avec le courant dominant de l'époque, le néo-platonisme, dans cette bataille d'idées la question de la loi, des lois, est centrale. Toujours, pour les nominalistes il n'y a pas d'idées en soi – pas d'idée autonome ni à l'intérieur des individus. Comme dit au début de l'article de Wikipédia, le nominalisme «est une doctrine philosophique qui considère que les concepts sont des constructions humaines et que les noms qui s'y rapportent ne sont que conventions de langage. Les êtres ne sont pas intrinsèquement porteurs des concepts par lesquels nous les appréhendons». En caricaturant ces courants, le réalisme postule que «l'idée crée la réalité» entendue comme réalité sensible, le nominalisme, que « la réalité crée l'idée»  – quoique, certains philosophes semblent, ou prétendent, penser exactement ainsi. Je caricature, les penseurs de ces courants ne sont pas des idiots simplificateurs de la réalité, sinon les exceptions mentionnées, ils savent aussi bien que ceux de mon courant, qu'on peut proprement dire réalistes (les “réalistes linguistiques” étant donc des idéalistes), que les rapports entre les réalités effective, symbolique et subjective ne sont pas simples et à sens unique, il s'agit plutôt d'une hypothèse sur “les causes”.

Ce que dit pour les sons vaut pour tout, tel qu'on peut le comprendre nous vivons dans un univers stochastique, même si c'est faux c'est statistiquement exact et en tout cas nettement plus exact que la représentation d'un univers causal. L'analyse en causes et effets dérive d'une perception ancienne, celle où nous dépendions de nos seuls sens pour nous représenter la réalité; même en ces temps, au moins à la mesure des temps historiques et proto-historiques, et même pour partie des temps préhistoriques (en gros, jusqu'aux débuts de la période dite néolithique), la conception générale de l'univers était plutôt une représentation d'un “monde” globalement stochastique, localement causal et d'un “univers” indéterminable. Ce qui m'amène à discuter des deux termes entre guillemets: originellement le monde, mundus, correspond plutôt à la deuxième acception de l'article du TLF, «Ensemble de tout ce qui existe sur terre, perçu par l'homme et le plus souvent en opposition avec lui»., sinon la mention «et le plus souvent en opposition avec lui», le mundus est plutôt l'ensemble des terres habitées, l'univers, universus, étant «ensemble, totalité; somme des choses existantes», ce qui correspond plus au mot grec qui motiva probablement cette acception tardive de universus, le cosmos, κόσμος, “l'univers ordonné”. Cela dit, il y a une certaine convergence de sens entre universus et κόσμος, puisque d'autres acceptions sont communes, comme “parure” et “bon ordre, discipline”. Puis, cette séparation n'est pas si nette parce qu'il y eut un premier rapprochement important entre cultures du pourtour méditerranéen, notamment mais pas seulement grecques et latines, au long du premier millénaire avant l'ère commune (les cultures grecques sont elles-mêmes composites et tardivement unifiées, surtout durant la période dite «époque hellénistique», qui comme son nom ne l'indique pas fut précisément un moment où les cités grecques perdirent leur autonomie et furent sous la domination de voisins entreprenants; comme le précise l'article de Wikipédia, ce nom dérive «d’un critère linguistique et culturel, à savoir l’accroissement spectaculaire des régions où l’on parle le grec (ἑλληνίζειν / hellênízein) et donc du phénomène d’expansion de l’hellénisme. Si vous consultez l'article “hellénisme” vous constaterez que l'un au moins des rédacteurs de l'article sur cette période est tombé dans un travers mentionné sur ce terme, «par extension et abusivement, il arrive que l’on parle d’hellénisme à propos de l’époque hellénistique». Je laisse ce sujet de côté, il ne concerne pas celui de ce billet; dommage, ça serait intéressant de le creuser – je le ferai probablement dans un autre billet à peine commencé, «États, nations et empires»), puis un second par après, essentiellement à partir de la fin du II° siècle de l'ère commune, et d'autres par après mais du moins, le fonds conceptuel d'une bonne part des nations européennes est “gréco-latin”.

Dans le cadre de ce billet, et plus largement dans mes discussions sur ces questions, j'utilise le terme “monde” pour désigner cette petite partie de l'univers assez accessible aux humains, en gros la Terre et sa périphérie proche (la zone où se trouvent une bonne part des satellites artificiels, en gros trente-cinq à quarante mille kilomètres au-dessus de la surface), “univers” pour le monde et le reste. Je n'utilise guère ce terme mais l'on pourrait nommer “cosmos” la partie de l'univers à-peu-près connaissable dans sa structure perceptible. À dire vrai, autant je suis intéressé comme personne privée par le cosmos et par l'effort permanent des humains à l'étendre et augmenter leur connaissance sur lui, autant comme, disons, “penseur de la société”, je suis fort peu concerné par ce segment de la réalité. Puisque j'y suis, parlons de moi: vous l'aurez constaté ici, et dans d'autres billets si vous en avez lu, mes discours, surtout les plus longs, sont souvent décousus. Il y a une raison à cela: je déteste écrire, c'est un moyen de communiquer très pauvre. Faire des digressions me semble la seule manière valable de pallier à cette pauvreté du moyen dans ce labeur de “penseur de la société”, je ne vise pas à proposer des analyses certaines mais des pistes de réflexion, ce qui va avec ma certitude de ne pas connaître grand chose de la réalité: ce que je dis sur les humains me concerne, je veux seulement donner idée à qui me lira de ses propres limites, cela parce que je croise une majorité de personnes armées de certitudes indémontrables et trop souvent indémontrées, pour le dire mieux, fausses. Pour moi ça importe peu, être dans l'erreur est le lot commun, y persister une faute et parfois un crime, mais tant que ça ne m'atteint pas, libre à chacun de faire selon son idée. Par le fait, je suis beaucoup plus à l'aise dans les rapports directs, j'envie parfois certains pour leurs talents d'écriture (dit en un sens large, de mon point de vue tout moyen de communication indirect est une écriture, je pratique aussi la photo et en airais-je le talent, userais du dessin ou du film, dans tous les cas il s'agit d'une écriture, d'une réduction d'un moyen direct de communication) mais de l'autre bord ça ne change pas grand chose, le seul talent qui vaut est celui du lecteur et le meilleur scripteur ne peut changer cela.

Donc, autisme et schizophrénie sociaux. S'il oublie souvent être des animaux, du moins les humains ont oublié d'être bêtes. La méthode pour conditionner ses semblables et en faire des pseudo-autistes et pseudo-schizophrènes est bien connue, Platon les décrit sous les noms de rhétorique et de sophistique en un emploi péjoratif, la rhétorique est “l'art de parler, de composer un discours” et la sophistique “l'art de savoir, de connaître, d'apprendre”, en opposition à deux termes équivalents pour le sens mais marqués positivement dans, et bien, la rhétorique platonicienne, la “dialectique” qui est aussi l'art de parler, et la philosophie qui est aussi l'art de connaître. Sans vouloir être méchant mais par le fait en l'étant tout de même, Platon pratique ici un procédé de rhéteur, utiliser de termes de sens proche, l'un en usage chez un groupe adverse, l'autre dans son propre groupe, en les marquant du signe “négatif” et “positif” non parce que c'est exact mais parce que ça sert sa propre cause. Pour exemple, cet extrait de discours d'Emmanuel Macron:

«Ne parlez pas de répression ou de violences policières. Ces mots sont inacceptables dans un État de Droit! Vous êtes dans une société où il y a un État de Droit. La Police, elle répond à des lois qui ont été décidées par le Législateur, qui sont sous le contrôle du Législateur. Et donc, partout où en effet il y a de la violence, j'assume totalement que les forces de l'ordre soient en mesure, d'une part, de se protéger, et, d'autre part, de maintenir l'ordre public. L'ordre public, c'est ce qui permet à chacun d'exercer sa liberté d'opinion librement, d'aller manifester s'il le veut, de pouvoir s'exprimer». Extrait du grand débat à Gréoux-Les-Bains, 7 mars 2019. Repris du billet «LE PRESIDENT SOPHISTE» de Jacques Delivré.

Dans le même discours ou dans d'autres de l'exécutif les actes violents commis par les “forces de l'ordre” sont systématiquement rebaptisés “maintien de l'ordre” ou “réponses”, ceux non respectueux des règles nommés “erreurs” ou “bêtises” mais jamais “violences”, terme réservé aux manifestants. Bien sûr les détracteurs de l'exécutif inversent la rhétorique, et malgré le souhait de Macron parlent de “répression” et de “violences policières”. Bien sûr aussi, quoi qu'il en dise ces mots sont “acceptables” non pour ce qu'ils sont censés pointer de la réalité effective, il se peut que certains actes commis par les forces de l'ordre soient “mauvais”, un usage disproportionné ou illégitime de la force, ou non, par contre l'expression “violences policières” est très acceptable et fait partie des expressions bien formées en français contemporain. Ce qu'on place sous le terme de rhétorique dans l'acception du platonisme – et non celle en usage dans ce qu'on nommait “classe de rhétorique”, qu'on nomme aujourd'hui classe de première dans le cursus scolaire, l'art oratoire ou “bien parler” –, ce “mal parler” apparaît nettement dans cet extrait: à aucun moment Macron ne répond à l'interpellation sauf sur un point, l'utilisation des expressions “répression” et “violences policières”. Ce qui suit la première phrase est un double commentaire, une explication de texte et une explication de sa pratique. Les deux phrases qui suivent “expliquent” pourquoi “il ne faut pas parler”: parce que dans certains contextes il ne faut pas prononcer certains mots, il ne discute pas, ici comme par la suite, de la réalité effective mais d'une réalité discursive, celle de son propre discours; dans le fond comme dans la forme, dire «Ces mots sont inacceptables dans un État de Droit! Vous êtes dans une société où il y a un État de Droit» ne diffère guère d'une expression comme «On ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu»: sensiblement, la compréhension de la notion “État de droit” par Macron et les membres de son exécutif, les ministres et leurs conseillers, n'est pas celle la plus courante. Dans l'article de Wikipédia il est défini comme «un concept juridique, philosophique et politique. Il implique la prééminence du droit sur le pouvoir politique dans un État et que tous, gouvernants et gouvernés, doivent obéir à la loi»; dans celui du site droitconstitutionnel.net on a ceci:

«On entend par État de Droit, un État dans lequel tous les individus ou collectivités ont leurs activités déterminées et sanctionnées par le droit.
Un État de droit s'oppose à un État où règne l'arbitraire, le bon plaisir du prince; bref, l'État où certaines personnes, autorités ne voient pas leurs activités et pouvoirs encadrés, limités par le droit. C'est l'État de police»
.

L'auteur de cette définition semble commenter lui-même les déclarations d'Emmanuel Macron, ou alors décrire le fonctionnement de la V° République qui à sa manière n'est pas proprement un État de droit: contrairement à ce qui se passe dans la plupart des démocraties où l'élaboration du droit découle de l'interaction entre les quatre ensembles du “corps social”, les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, et l'État proprement dit, le souverain, en démocratie «tous les individus ou collectivités» qui le composent, puisqu'en démocratie le souverain est le peuple. Sans dire que Macron prône l'État de police, du moins gauchit-il la notion d'État de droit. Un autre membre éminent de l'exécutif actuel en France, le premier ministre Édouard Philippe, fit le 6 mars 2019 une sorte de glose anticipée des propos de son président en commentant les déclarations de Michelle Bachelet, Haut commissaire de l’Onu aux droits de l’Homme, sur le violence policières en France: «J’aime beaucoup entendre les conseils du Haut commissaire mais je rappelle qu’en France on est dans un État de droit et que la République à la fin elle est la plus forte». De son point de vue, “État de droit” et “République” semblent synonymes, or le terme “république” ne désigne pas un régime politique mais une organisation du pouvoir exécutif, comme le rappelle l'article de Wikipédia:

«La république désigne un mode de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par des personnes élues. Une république est typiquement antonyme d'une monarchie héréditaire, mais n'est pas toujours synonyme de démocratie.

J'aurais plutôt écrit qu'elle est antonyme d'une “aristocratie héréditaire ou vénale”, donc autre chose que l'aristocratie, le “pouvoir des meilleurs”, puisque la charge du gouvernement n'est pas nécessairement confiée aux meilleurs, la monarchie héréditaire n'est pas toujours contradictoire avec la république ou la démocratie. Non que ce soit toujours le cas dans une république... Autre remarque, dans une république les gouvernants ne sont pas toujours élus, outre les formes différentes de celles libérales où on a pu opter pour d'autres systèmes (tirage au sort, désignation par une instance de régulation...), même des républiques libérales (Italie, France, États-Unis...) ont des systèmes où le gouvernement est nommé, et ses membres pas toujours des élus – Emmanuel Macron même eut une carrière gouvernementale comme conseiller, membre de cabinets puis ministre sans avoir jamais été élu ni proprement avoir prouvé faire partie des meilleurs, il fut constamment “nommé par le prince”. En tout cas, le gouvernement actuel et autant que je puisse le comprendre tous ceux qui se succédèrent au cours des six à sept derniers lustres en France, en gros depuis le milieu de la décennie 1980, ont eu tendance à confondre l'État et le gouvernement, ce qui se marque notamment par la confusion entre démocratie et république. Emmanuel Macron parle dans cet extrait, non de l'État mais de l'administration. Intéressant notamment ce passage sur «les lois qui ont été décidées par le Législateur, qui sont sous le contrôle du Législateur»: formellement c'est le cas, effectivement la France ne fonctionne pas ainsi, la presque totalité des lois n'est pas proposée par le législatif  mais par l'exécutif et contrôlée par lui ou par des instances issues de lui, les rares fois où le législateur nominal, les deux assemblées, a parfois un peu plus d'autonomie dans la proposition sont ceux où le le gouvernement dispose d'une majorité relative, les encore plus rares fois où il exerce pleinement sa fonction de contrôle, comme récemment l'Assemblée nationale puis le Sénat, l'exécutif n'en tient pas trop ou pas du tout compte. D'un sens Macron n'a pas tort, les lois sont décidées et contrôlées par le législateur, mais en ce cas il est juge et partie puisqu'en France le législateur est l'exécutif. À l'instar de ce que dit pour Platon, Emmanuel Macron use d'un procédé de rhéteur, et use non pas de termes de sens proche mais des mêmes termes en les marquant du signe “négatif” ou “positif” selon qu'il s'applique à un groupe adverse ou à son propre groupe, pour servir sa propre cause.

Bien sûr cette analyse découle du fait que je n'appartiens pas aux mêmes groupes d'affinités ou idéologiques que Macron et son gouvernement, et ne suis pas très sensible à ce genre de propagande, ni à toute propagande qui postule une identification entre l'État et l'exécutif et pour laquelle la république et la démocratie sont des synonymes. Quand on pratique ce genre de confusion, se dire “serviteur de l'État” quand on est membre des plus hautes instances de l'exécutif revient à se dire “serviteur de la République”, donc de soi-même. Seriez-vous sensible à ce genre de propagande, pas sûr que ma manière d'en parler vous convaincra, peut-être que, ne soutenant pas ou plus l'exécutif actuel vous accepterez mes propos sur le caractère sophistique du discours de ses principaux représentants, par contre si vous considérez que la France de 2019 est une démocratie ou que l'identification entre État et République ou entre République et démocratie (qui fondamentalement sont la même identification: l'État est l'autre nom du souverain et dans une démocratie le souverain est le peuple, le“démos”) sont valides, vous ne contesterez pas le fond de leur propos. Ce qui est assez logique, les chercheurs en psychosociologie ou en sociopsychologie ont mis en évidence depuis assez longtemps ces processus, disons, mentaux (plutôt comportementaux). Je vous conseille la lecture d'un document fort intéressant, un synthèse des principaux concepts en psychologie sociale du à Éva Louvet, chercheuse dans ce domaine. Je ne retrouve pas le document original, donc, désolé, je vous propose sa reprise sur mon site, et pour connaître un peu son autrice, je vous conseille cette entrevue. Dans le cadre de ce billet m'intéressent surtout ces concepts concernant l'attribution causale:

  • Attribution causale:  Inférence par laquelle nous expliquons les événements du monde social qui nous entoure (et plus particulièrement les comportements, que ce soit les siens ou ceux d’autrui).
  • Attribution interne:  Explication du comportement d’une personne par des facteurs liés à la personne elle-même, c’est à dire essentiellement ses intentions, mais aussi sa motivation (-> effort) et ses capacités.
  • Attribution externe:  Explication du comportement d’une personne par des facteurs extérieurs à la personne, tels que notamment les contraintes liées à la situation, la difficulté de la tâche et le hasard.
  • Consensus:  Comportement d’autres personnes dans la même situation. Un consensus élevé signifie que leur comportement est identique à celui de la personne-cible (personne dont on cherche à expliquer le comportement).
  • Consistance:  Comportement de la personne-cible dans le même type de situations, mais à d’autres moments. Une consistance élevée signifie que la personne manifeste le même comportement à d’autres moments.
  • Différenciation:  Comportement de la personne-cible dans d’autres situations. Une différenciation élevée signifie que la personne manifeste des comportements différents lorsque la situation change.
  • Erreur fondamentale d’attribution:  Tendance à surestimer l’importance des facteurs internes au détriment des facteurs externes lorsqu’il explique le comportement d’autrui.
  • Hypothèse du monde juste:  Tendance à croire que chacun «n’a que ce qu’il mérite».
  • Norme d’internalité:  Norme sociale qui consiste à valoriser les explications par des facteurs internes.
  • Biais (ou divergence) acteur-observateur:  Divergence dans le type d’attributions causales selon qu’on explique son propre comportement (acteur) ou celui des autres (observateur): tendance à attribuer ses comportements à des facteurs externes, ceux des autres à des facteurs internes.
  • Biais d’auto-complaisance:  Tendance à attribuer son succès à des causes internes et son échec à des causes externes.

M'intéressent aussi, dans la partie «Les relations intergroupes», les préjugés et discriminations:

  • Préjugé: Attitude généralement négative à l’égard d’un individu sur la simple base de son appartenance à un groupe social donné.
  • Discrimination: Comportements généralement négatif à l’égard d’un individu sur la simple base de son appartenance à un groupe social donné.

Ces définitions me semblent incomplètes car les préjugés et discriminations fonctionnent dans les deux sens et sont aussi “intragroupes”, favorables autant que défavorables «à l’égard d’un individu sur la simple base de son appartenance à un groupe social donné».

Et bien sûr, dans la partie «L’influence sociale», le conformisme, qui éclaire les autres concepts:

  • Conformisme: Changement de comportement dans le sens du comportement d’un groupe (majoritaire); mise en adéquation de son comportement avec les normes sociales en vigueur.
  • Influence informationnelle: Forme d’influence basée sur la prise en compte des réponses des autres à titre informatif. L’objectif de l’individu est de donner une réponse exacte. Il est influencé par les autres suite à un conflit cognitif.
  • Influence normative: Forme d’influence basée sur le respect des normes établies par le groupe. L’objectif de l’individu est d’être accepté par le groupe, d’être jugé positivement par les autres membres du groupe, ou, tout du moins, d’éviter la désapprobation sociale. Il est influencé par les autres suite à un conflit motivationnel.

Les “attributions causales” posent bien des problèmes dont au moins deux importants:

  1. Dans un univers globalement stochastique supposer une causalité sur le long terme et/ou pour un groupe assez large ne peut déboucher que sur des hypothèses et prémisses mal fondées;
  2. On tend à appliquer à des tiers “autres” une attribution opposée à celle qu'on applique à soi et à des tiers “semblables”.

D'où ma mention sur la probable contestation du fond de mes propos si dans vos groupes d'appartenance l'identification entre État et République et entre République et démocratie sont de l'ordre du consensus. Dans ce cas, selon que l'instance de pouvoir est “de votre groupe” ou non vous tendrez, pour celle de votre groupe à attribuer ses difficultés à des facteurs externes, ses réussites à des facteurs internes, pour celle de groupes “autres” les attributions seront inverses. Pour prendre un cas ordinaire, et actuellement assez paradoxal, que le gouvernement soit “de gauche” ou “de droite” l'explication de ses réussites ou de ses échecs de même que les jugements sur ses décisions ou ses anticipations sera systématiquement symétrique selon qu'on soit partisan ou opposant de ce gouvernement, le paradoxe du moment étant que quoi que fasse ou ne fasse pas cet exécutif “et de gauche et de droite” il reçoit une salve presque unanime de contestations de la part de ses opposants, y compris quand il propose des lois ou des politiques issues directement du programme de tel de ses adversaires, mais aussi une salve presque unanime d'approbations ou à tout le moins un consentement muet de la part de ses soutiens. S'il y a souvent de la part des élus d'opposition un “jeu politique” comme l'on dit, pour le dire net de la mauvaise foi, ça devient plus étonnant pour ses soutiens, dont beaucoup étaient avant l'élection d'Emmanuel Macron affiliés à des partis censément “de gauche” ou “de droite”, ou d'une idéologie censément peu compatible avec celle de cet exécutif, notamment des idéologies anti-productivistes ou girondines. Un article récent de Mediapart, «Ex-LREM: “Les députés qui tiraient la sonnette d’alarme n’étaient pas entendus”», publié le 25 février 2019, donne idée du processus de conformisme, la «mise en adéquation de son comportement avec les normes sociales en vigueur», ici les normes internes du groupe.

Les cinq députés qui s'expriment disent tous que leurs désaccords sont très rapides, mi-juin à mi-juillet 2017; Jean-Michel Clément ne le date pas mais le projet de loi SILT est proposé dès le 22 juin 2017, donc son premier désaccord est de la même période. Les deux séquences suivantes, «La vie au sein du groupe LREM» et «L’autoritarisme et la gouvernance», confirment que la rupture effective a lieu très vite, dès les premiers désaccords ou au plus tard à la rentrée parlementaire de septembre 2017, mais on voit dans la séquence «La rupture» que les cinq quittent le mouvement ou se mettent en situation d'en être exclus seulement entre avril et décembre 2018. Addendum. En contraste, j'entendais ce matin, mardi 20 mars 2019 vers 8h sur France Culture (mes lecteurs savent déjà que c'est ma seule référence en matière de radio) l'économiste Thomas Porcher, ci-devant membre du mouvement “Place Publique”, expliquant qu'il a rompu avec ce mouvement dès son premier désaccord et suite au refus de ses responsables de tenir compte des opinions divergentes sur sa stratégie, alors même qu'il s'était vu en un premier temps offrir une proposition corruptrice car tentante – soi dit au passage, alors même qu'il venait d'expliquer que précisément il avait émis publiquement un avis défavorable malgré l'offre tentante, une place éligible dans une liste en cours d'élaboration pour les élections européennes, un “commentateur” n'a pu s'empêcher d'inverser les choses et “expliquer” son départ du mouvement par le dépit de n'avoir pas eu cette place... –, ce qui montre qu'on peut refuser d'avaler des couleuvres assez vite, dès lors que des points que l'on considère fondamentaux ne sont pas respectés, ni la contestation interne entendue. Fin de l'addendum. La déclaration de rupture de Frédérique Dumas «Je ne quitte pas Emmanuel Macron, je quitte La République En marche» est très éclairante, y compris par son titre. Ce qui me ramène à la transparence, à l'opacité et aux interprétations, et m'amène à une autre notion, celle d'échantillonnage.

De ce que j'en entends de leur part, beaucoup de mes semblables semblent considérer que leurs semblables comprennent les paroles comme eux-mêmes les comprennent, alors que nombre de situations problématiques à base d'incompréhension réciproque leurs démontrent le contraire. D'ailleurs nombre de blagues, plaisanteries, saynètes, sketches, pièces, films, romans tirent partie de cela pour faire naître le rire. Ce que dit pour le sens ou signifié de la phrase de Lacan «L’inconscient est structuré comme un langage», où “inconscient” a deux interprétations possibles, le non conscient” ou “le conscient du dedans”, de même “structuré” pouvant se lire “a la forme” ou “est construit”, et des quatre interprétations possibles de la phrase, pour rappel,

le non conscient a la forme d'un langage
le conscient intérieur est construit comme un langage
le non conscient est construit comme un langage
le conscient intérieur a la forme d'un langage

peut s'étendre au signifiant, à la séquence orale ou écrite. En phonétique on transcrirait cette séquence ainsi:

/lɛ̃kõsiãɛstrukturekomũlãgaʒ/

Pour les puristes cette transcription est dite phonologique, celles phonétiques sont conventionnellement placées entre crochets. Si le sujet vous intéresse je vous renvoie aux articles de Wikipédia sur la phonétique et la phonologie, dans le cadre de ce billet la différence importe peu. Pour un linguiste la langue n'est pas un objet simple et stable, les spécialistes (dont je fus) parlent de sciences du langage parce qu'on peut s'intéresser à divers aspects des langues – soit précisé, la phonétique n'est pas proprement une science mais plutôt une technique au service de certaines sciences du langage. Un linguiste transcrit un discours de la manière indiquée non pour emmerder les non spécialistes (comme peuvent le faire certains économistes qui masquent la faible scientificité de leur domaine en jargonnant pour lui donner une apparence de science) mais par nécessité fonctionnelle: une séquence “signifiante” ne se découpe pas a priori mais a posteriori, par échantillonnages. Bien sûr, en cours d'audition un locuteur va procéder à des découpages hypothétiques mais devra parfois réévaluer certaines hypothèses, par exemple on peut déterminer que la suite de sons /nõ/ est “un mot” mais ça peut aussi bien être “adverbe de négation” que “désignation d'une réalité”, habituellement notés ”non” et “nom”, le contexte le déterminera. Ou non. La séquence

/lənõnõɛtɛ̃nõ/

peut s'interpréter aussi bien

le non non est un non
le nom non est un nom
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Entre autres possibilités. On se pose de longue dates des questions sur la traduction, on s'en pose moins sur un autre sujet, l'échantillonnage d'un discours à l'intérieur d'une langue. Factuellement, toute communication orale ou écrite est une traduction, un locuteur traduit une pensée en discours, un récepteur traduit un discours en pensée. Il y a quelque temps, vers la mi-novembre 2018, qu'une personne lisant certains de mes textes, en général des textes bien plus courts et lisibles que celui en cours, en avait dit que je fais de la “masturbation intellectuelle”. J'en ai tiré parti pour pratiquer un de mes sports favoris, l'auto-dérision, mais il y a aussi matière à faire une analyse plus sérieuse d'un certain rapport à la langue. Que voulait signifier cette personne? Que de son point de vue je pratiquais une sorte de “plaisir solitaire”, ce qui dans sa conception du monde s'identifie à la masturbation. Dans cette même conception du monde la masturbation “c'est mal” ergo ce que je fais “c'est mal”. Sans le jurer je suppose qu'elle ne prend pas cette sentence au sens littéral (pas encore eu l'occasion de le lui demander), je le suppose parce que je connais cette qualification et qu'on l'emploie, disons, pour désigner ce qui du point de vue de la personne qui émet ce jugement serait quelque chose comme “de l'intellectualisme”, ce qui correspond, dans la définition du TLF, à l'acception B:

«attitude qui consiste à accorder la prédominance aux solutions intellectuelles au point souvent de méconnaître les réalités».

Une acception qui s'éclaire ici de la remarque qui précède:

«“Ce terme intellectualisme est devenu très usuel dans les discussions philosophiques contemporaines; il y a, presque toujours, un sens péjoratif, apparenté à l'usage défavorable qui a été fait aussi du mot Intellectuel dans les discussions politiques” (Lal. 1968)» (l'ouvrage mentionné correspond à la dixième édition du Vocabulaire technique et critique de la philosophie d'André Lalande).

Lire ou entendre un discours requiert un certain niveau de discernement, accéder à un roman de la collection Harlequin ou à un libelle d'Éric Zemmour ne requiert pas un très haut niveau, lire certains de mes discours en nécessite un nettement plus élevé. Cela ne signifie pas une plus haute intelligence, du moins du genre que peuvent mesurer les tests de QI; de “quotient intellectuel”, mais une connaissance plus étendue de la langue, on peut très bien disposer des clés d'interprétation nécessaires à une lecture commode de ce billet et ne pas briller par son intelligence. Pour moi discernement et intelligence sont des quasi-synonymes, sinon que ces termes ont leur propre signification qui diverge, un philologue peut avoir beaucoup de discernement et peu d'intelligence, à l'inverse l'intelligence ne nécessite pas nécessairement ce type discernement, qu'on dira instrumental, de même que l'est l'intelligence mesurée par les tests de QI. Pour comparaison, alors que le discours commenté ici d'Emmanuel Macron est assez lisiblement sophistique, on peut lire avec profit une auteur qui a une pratique beaucoup plus efficace de la chose, Carl Schmitt:

«Le concept d’État présuppose le concept de politique. La langue actuelle désigne sous le nom d’État le statut politique d’un peuple organisé légalement sur un territoire bien délimité. Mais nous n’avons là qu’une première périphrase et non une définition du concept d’État. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’en produire une dans cette étude qui traite de l’essence du politique. Peu nous importe ici la nature propre de l’État, machine ou organisme, personne ou institution, société ou communauté, entreprise ou ruche, voire “série fondamentale des procédures”. Ces définitions et ces images comportent toutes trop d’apriorismes sous forme d'interprétations, de significations surajoutées, de symboles et de constructions systématiques, pour fournir un point de départ adéquat à un exposé simple et élémentaire. L’État au sens strict du terme, l’État, phénomène historique, c’est un mode d’existence (un état) spécifique d’un peuple, celui qui fait loi aux moments décisifs, constituant ainsi, en regard des multiples statuts imaginables, tant individuels que collectifs, le Statut par excellence. Il n’est pas possible d’en dire plus pour le moment. Les éléments caractéristiques de cette représentation d’un peuple et de son statut se définissent à leur tour à partir du caractère politique qui leur est inhérent et ils échappent à l’entendement s’il y a erreur sur l’essence du politique» (La notion de politique, partie I «Étatisme et politique», premier alinéa).

Si vous ne le connaissez que peu ou pas ou n'avez qu'une vague notion de sa philosophie politique, ce début du texte de Schmitt peut ne pas vous paraître spécialement sophistique, ou d'une sophistique admissible, la rhétorique est un mode normal de communication, quand on dit ou écrit on veut entre autres choses convaincre, et pour ce faire la raison intervient peu, on convainc d'abord par la sensation et l'émotion. Bien sûr, on peut viser à l'argumentation par la raison mais on doit toujours en passer par la rhétorique pour ce motif élémentaire que la parole n'est pas la chose dont on parle mais un moyen de tenter d'y accéder. J'avais mentionné l'acception dénotative, neutre du terme “sophistique”, “l'art de savoir, de connaître, d'apprendre”, il en est une autre, celle la plus courante,  «Qui est de la nature du sophisme; qui relève du sophisme», lequel est donné comme: «Argument, raisonnement qui, partant de prémisses vraies, ou considérées comme telles, et obéissant aux règles de la logique, aboutit à une conclusion inadmissible». La sophistique est alors l'art de présenter pour vrais des arguments faux ou non démontrés, cela sous les apparences du raisonnement logique. Il y a bien des manières de le faire, la plus courante est celle de l'autoréférence: on propose une définition de validité douteuse ou nulle pour un terme, à partir de laquelle on proposera sa propre définition, laquelle s'appuie, en complément ou le plus souvent en opposition, sur la première.

La rhétorique propre à Schmitt dans ce texte découle d'un postulat indémontré et, considérant la généalogie des termes, indémontrable, «Le concept d’État présuppose le concept de politique». Or, la politique est quelque chose comme “l'art de gouverner la cité”, la “polis”en grec πολις, pour citer l'étymologie donnée par le TLF, «Emprunté au lat. politicus, -a, -um “relatif au gouvernement des hommes”, du grec πολιτικος “de citoyen, qui concerne les citoyens, populaire, qui concerne l'État, public”», d'où l'on en peut conclure qu'historiquement et à l'inverse de ce que propose Schmitt, le concept de politique présuppose le concept d’État, dit autrement, on supposera mieux qu'il n'y a pas de gouvernement de la cité sans cité que de supposer qu'il n'y a pas de cité sans gouvernement de la cité, et on supposera encore mieux qu'il n'y a pas de prévalence de l'une sur l'autre, qu'il y a un rapport consubstantiel en la cité et son gouvernement, mais qu'en revanche si l'on doit fixer un ordre logique les règles du gouvernement ne peuvent être antérieures à l'existence de la cité. Dès lors qu'un discours se fixe comme objet de démontrer l'indémontrable, ici “la cause est la conséquence de l'effet”, pas trop besoin de poursuivre la lecture pour comprendre que ce sera une argumentation sophistique. Ce que montre tout de suite la seconde phrase, «La langue actuelle désigne sous le nom d’État le statut politique d’un peuple organisé légalement sur un territoire bien délimité».

Quel que soit cet “actuel de la langue”, une notion avec autant d'épaisseur historique que celle d'État ne peut à coup sûr pas recevoir une seule acception, postuler que «la langue actuelle désigne sous le nom d’État» une et une seule chose ne ressort à coup sûr pas du raisonnement logique, d'ailleurs Schmitt le signale juste après en précisant que «nous n’avons là qu’une première périphrase et non une définition du concept d’État». Mais en ne précisant pas qu'il est le seul et premier auteur de cette périphrase, qui n'est donc pas une définition mais un argument préparatoire dans sa rhétorique, ce que signale la phrase qui suit, «Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’en produire une dans cette étude qui traite de l’essence du politique»; en quelques phrases Carl Schmitt a posé les bases de sa réflexion à venir: le gouvernement de l'État précède l'existence de l'État, preuve en est que le terme concerne “le statut politique” d'une entité, donc que le politique précède le statut, mais nous ne définirons pas l'État qui est conséquence pour ne nous intéresser qu'à la politique, qui est cause, et même à la seule essence de cette cause, et non à son apparence – une rhétorique de type sophistique qui puise cependant son fond argumentaire dans les concepts de l'adversaire des sophistes, Platon. Intéressant de noter que par la suite “État”, “état” et “statut” sont donnés comme synonymes. Je ne suis pas très intéressé par la “pensée” de Carl Schmitt, je note simplement que le déroulé de son argumentaire de base est très “naturaliste” au pire sens du terme, assez lisiblement il va s'agir de parler de la “nature de l'État” en tant qu'«état de nature», seuls ceux ayant accès non à l'apparence mais à l'essence des choses, ici «l’essence du politique», ont moyen d'échapper à cet état de nature et de gouverner la cité. Cela dit, si vous souhaitez une clé de lecture de Schmitt je vous conseille Une entreprise de subversion du vocabulaire politique (analyse de la matrice notionnelle de Carl Schmitt) par Hélène Desbrousses. (un petit coup de promo gratuite pour le site leslibraires.fr, sauf rares cas j'achète mes bouquins en ligne ici).

Carl Schmitt m'intéresse pour deux choses, celle déjà discutée du caractère assez rhétorique et sophistique des ses travaux en philosophie politique et en philosophie du droit, et le fait qu'il a trouvé des relais pour un de ses concepts de base dans tout le spectre politique, l'opposition ami-ennemi considérée comme la base de “l'essence du politique”. Considérant ce début de La notion de politique on comprendra la logique implicite conduisant à ce concept: “le politique” étant premier, étant une essence, sa réalisation concrète étant une apparence (désolé, pas d'article de Wikipédia sur la question, à croire qu'on y préfère les essences – il s'agit ici de l'acception “philosophique et religieuse”, l'«aspect sensible de quelque chose, en ce qu'il s'oppose à son essence ou à sa substance». Brève remarque sur Wikipédia, en majorité ses rédacteurs sont résolument de leur temps, d'où cette notable préférence dans l'article sur l'essence comme concept des approches phénoménologiques et aristotéliciennes, y compris avec les considérations théologiques qui s'appuient sur le thomisme, donc la théologique néo-aristotélicienne, en rupture avec la longue tradition néo-platonicienne d'avant la scolastique. Autre brève remarque, l'apparence est tellement étrangère aux conceptions des rédacteurs de Wikipédia qu'elle ne figure plus que comme redirection vers une revue apparemment assez confidentielle, Apparence(s), mais n'est-ce qu'apparences? Cela dit, la revue a l'air intéressante) ou un accident (peu probable tant Schmitt est lisiblement néo-platonicien dans sa rhétorique), il s'agira d'en discerner la vérité par la dialectique, la “séparation discursive”.

Comme dit, la rhétorique est un mode normal de communication, et même quand on veut argumenter par la raison on doit en passer par elle parce que la parole n'est pas la chose dont on parle mais un moyen de tenter d'y accéder. Cependant, et si l'on accepte les notions platoniciennes (sans nécessairement accepter la philosophie de Platon) et aristotéliciennes, il y a une différence entre dialectique et rhétorique, la syllogistique employée doit s'appuyer sur des prémisses vraies au sens de démontrable. Que cela soit exact ou non, la prémisse le concept de politique présuppose le concept d’État est vraie car la cause y précède la conséquence, la prémisse le concept d’État présuppose le concept de politique est fausse car la conséquence y précède la cause. On peut proposer des développements faux à partir de prémisses vraies mais on ne peut proposer de développements vrais à partir de prémisses fausses, comme l'écrivit un de mes auteurs favoris, Gregory Bateson, «Lorsque l'épistémologie de base est pleine d'erreurs, ce qui en découle ne peut fatalement qu'être marqué par des contradictions internes ou avoir une portée très limitée. Autrement dit, d'un ensemble inconsistant d'axiomes, on ne peut pas déduire un corpus consistant de théorèmes». Il y ajoutait, «Dans ce cas, toute tentative de consistance ne peut aboutir qu'à la prolifération d'un certain type de complexité – qui caractérise, par exemple, certains développements psychanalytiques et la théologie chrétienne». Ici on est plutôt dans le cas de la théologie chrétienne – si du moins le type de psychanalyse majoritaire aux États-Unis se différencie de cette théologie, comme le remarque aussi Bateson... Et bien, du coup je vous cite tout le passage:

«Les alcooliques sont des philosophes, dans le sens général où tous les êtres humains (et, en fait, tous les mammifères) sont guidés par des principes hautement abstraits, dont ils sont presque entièrement inconscients, ignorant que le principe qui gouverne leurs perception et action est d'ordre philosophique. Le faux terme duquel on désigne d'ordinaire ces principes est celui de «sentiment».
Ce type de fausse nomination fleurit à l'intérieur de la tendance épistémologique anglo-saxonne à réifier ou à attribuer au corps tous les phénomènes mentaux qui sont périphériques à la conscience; et cette appellation est certainement renforcée par le fait qu'exercer et/ou se priver de l'exercice de ces principes s'accompagne souvent de sensations viscérales ou d'autres sensations corporelles. Pour ma part, je crois que c'est Pascal qui était dans le vrai en disant: «Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point».
On ne doit pas s'attendre à ce que l'alcoolique donne une image cohérente de lui-même. Lorsque l'épistémologie de base est pleine d'erreurs, ce qui en découle ne peut fatalement qu'être marqué par des contradictions internes ou avoir une portée très limitée. Autrement dit, d'un ensemble inconsistant d'axiomes, on ne peut pas déduire un corpus consistant de théorèmes. Dans ce cas, toute tentative de consistance ne peut aboutir qu'à la prolifération d'un certain type de complexité — qui caractérise, par exemple, certains développements psychanalytiques et la théologie chrétienne — ou, sinon, à la conception extrêmement bornée du behaviourisme contemporain.
C'est donc la fierté de l'alcoolique que j'examinerai, pour montrer que ce principe de comportement n'est qu'une conséquence de l'étrange épistémologie dualiste qui caractérise la civilisation occidentale». (Gregory Bateson, «La cybernétique du “soi”: une théorie de l'alcoolisme», dans Vers une écologie de l'esprit, volume I, Le Seuil, 1977)

Comme le remarque donc Bateson, «ce type de fausse nomination fleurit à l'intérieur de la tendance épistémologique anglo-saxonne à réifier ou à attribuer au corps tous les phénomènes mentaux qui sont périphériques à la conscience». D'où l'écart entre la psychanalyse dominante dans nombre de pays anglo-saxons et celles dominantes ailleurs, qui ne convergent pas non plus toujours cela dit: dans un pays comme les États-Unis il n'est pas très aisé de faire le partage entre psychiatrie, psychanalyse, médecine somatique et théologie chrétienne.


Ne connaissant que de loin les personnes citées, Édouard Philippe et Emmanuel Macron, je constate leur usage de la sophistique sans pouvoir déterminer si c'est ou non volontaire; selon ce que j'en puis comprendre, le second est plus sincère que le premier, ce qui expliquerait leurs fonctions dans l'appareil d'État: sauf à être d'une très haute intelligence on ne peut guère escompter accéder à la fonction de chef de l'État dans une société où cette fonction n'est pas que de représentation.

 

 


À suivre (peut-être...).


Ouvrir des clés avec des clés, la réalité avec la réalité...



 

Le premier occupant.

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Un bout de temps que je tente d'explorer la question. Le principe est simple: il n'existe pas.

 

Difficile de déterminer quand commence l'humanité, plus le temps passe et plus cette date recule, quel que soit le critère retenu. Pour prendre celui le plus difficile, la supposée apparition de la lignée Homo sapiens, qui pose plusieurs problèmes, notamment la séparation des différentes branches Homo n'est plus très évidente. Dans le tableau suivant concernant les hominines,

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toutes les branches terminales après Homo erectus ne sont plus aussi évidemment séparées, apparaît notamment qu'environ 4% du patrimoine génétique de Homo sapiens provient des autres branches. Ce qui ne signifie cependant pas une contribution limitée à 4% d'ancestralité, pour exemple une récente étude des sources permet d'évaluer l'apport africain à la généalogie ibérique à environ 25%, mais une étude du patrimoine génétique des Ibères actuels rendra compte d'un apport spécifiquement africain bien plus limité mais probablement bien plus réparti pour la raison évidente que le patrimoine commun dépasse largement les 75% mais qu'en revanche leur diffusion a de bonnes chances de dépasser les 25% de la population pour la raison simple qu'ils ne se sont pas reproduits entre eux seulement. Considérant la seule branche sapiens, ses débuts ne cessent de reculer, récemment (ce que n'a pas encore pris en compte l'article de Wikipédia) il semble, mais ça reste à confirmer, que les restes les plus anciens remonteraient à plus de quatre cent mille ans mais la période indiquée, trois cent mille ans, est elle-même récente et en tout cas l'hypothèse courante vers 1975 était plutôt cent mille ans; vers cette époque la marque la plus communément retenue pour singulariser la lignée humaine, la bipédie, a connu un brusque recul d'environ 1,5 millions d'années avec la découverte de Lucy, dite aussi Dinqnesh, depuis lors d'autres découvertes l'on encore reculée de plus d'un million d'années.

Quel rapport, pourriez-vous me dire, avec un premier occupant? Si tel est le cas, je me pose aussi la question, ou du moins me la suis-je posée à nouveau frais il y a peu, pour préciser, hier 28 janvier 2019. Jusqu'ici j'abordais le sujet uniquement en relation avec les humains, or la question est plus profonde et concerne tout “premier occupant” pour cette raison qu'il n'y a de solution de continuité entre les générations, contrairement à l'imaginaire pas si ancien et, très probablement, encore en cours chez nombre de mes contemporains vaguement informés des évolutions en théorie de l'évolution, on ne passe pas d'un coup d'un seul ou en un temps très bref d'une espèce à une autre, en fait la notion d'espèce devient spécieuse, exacte mais spécieuse. Loin que je verse dans l'antispécisme, qui n'est qu'une variante du “spécisme”, à l'instar de l'antiracisme qui apparaît souvent une variante du racisme: dire que toutes les races se valent ou qu'elles ne se valent pas tous c'est dire que la notion de race est valide – ce que je postule, d'ailleurs, mais autrement que ne le font les divers racismes, passons, ceci fait en partie l'objet d'un autre billet en cours de rédaction, «Du nouveau sous le soleil?» (la réponse est non, bien sûr); j'y traite aussi de la notion d'espèce d'ailleurs mais d'autre manière.

La notion d'espèce devient douteuse selon deux points de vue, celui énoncé de la continuité des générations et

 



De qui est ce monde?

Par
À qui est ce monde? À personne. De qui est-il? De tous ceux qui y vivent.

 

J'ai récemment reçu un message auquel je n'ai pas encore répondu, ce que je regrette, j'ai tendance à répondre vite à mes correspondants quand il y a lieu. J'en parle ici parce que ce message a un rapport avec cette édition de blog puisque mon correspondant m'écrit ceci:

«“Ce monde c'est le mien – et le vôtre aussi je suppose”, non, il n'est plus le mien, l'a-t-il jamais été, vous voyez que ce n'est pas par hasard si j'ai l'honneur de venir vers vous».

Mention pertinente, d'autant que le titre du message m'a fait craindre du spam (pour anecdote, j'ai un jour intitulé un de mes courriels «J'ai testé pour vous (ceci n'est pas un SPAM!)», précisant ensuite, «Avec un titre pareil, je me méfie: tu risquais de prendre ce message pour une annonce sur l'allongement du pénis, les simili-viagras ou les offres de rencontres “avec les filles les plus chaudes de ton quartier!”...». Se méfier de titres trop vagues ou trop larges, souvent les logiciels bloqueurs de spams les éliminent d'office) mais quand le nom d'expéditeur m'a l'air de référer à un être humain véritable je vérifie avant de supprimer. Donc, ce monde, d'après mon correspondant, «n'est plus le sien, s'il l'a jamais été», ce qui m'étonne. La phrase d'introduction du texte de présentation, «Ce monde», précise le sens du titre de l'édition: «Et bien, comme dit, c'est le mien, et si vous me lisez et comprenez ce qu'écrit c'est probablement le vôtre aussi».

Mon correspondant participe d'un processus dont je parle abondamment, le tropisme à l'interprétation et au commentaire, qui consiste à comprendre une proposition non en fonction de ce qu'en dit son auteur mais en fonction de sa propre compréhension des mots et de leur sens. Ici je suppose de sa part une interprétation sur l'avoir et non sur l'être: je ne possède pas ce monde ni quiconque et en ce sens, ce monde n'est pas plus le mien que le sien, par contre mon correspondant est en ce monde et moi aussi, preuve en est qu'il m'a lu et a compris les mots de mes écrits, preuve en est que j'ai lu et compris les mots de son message. Ces mots ne nous appartiennent pas mais sont notre bien commun donc nous sommes bien “du même monde”, celui ou nous les partageons et devrions pouvoir communiquer à travers eux. Lire c'est nécessairement interpréter, par contre il faut selon moi éviter de commenter ce qui, de mon point de vue, consiste en ce que dit, lire non en fonction de ce que dit l'auteur mais en fonction de sa propre compréhension des mots. Je suis comme chacun, je cède facilement à la tentation du commentaire, raison pourquoi j'essaie autant que possible de corriger ma première interprétation qui ressort presque toujours du commentaire.

Conclusion: ce monde est bien celui de mon correspondant puisque comme moi il y vit, et comme moi de manière transitoire, ce monde ne nous appartient pas car il nous précède et à coup sûr continuera sans nous, mais pour l'heure lui et moi y vivons et le partageons.

Bon ben, maintenant il me faut songer à répondre à son message, au moins pour le remercier de cette prise de contact. Et bien sûr, pour le remercier de m'avoir incité à publier ce billet, qui fait de nouveau la preuve que rien ne m'appartient en ce monde qui est le mien...




 

Autopromotion.

Par
Au fil d'un autre billet (non publié pour l'heure) m'est venue une idée: et si je rapatriais ici certains textes publiés ailleurs au format PDF?

Je l'ai écrit dans plusieurs billets, je ne suis guère amateur de l'autopromotion, donc j'évite de renvoyer depuis ce blog vers mon site personnel, d'autant que de toute manière c'est le blog de Ma Pomme et non celui de Ma Pomme – enfin si! Enfin non! Bon, vous voyez ce que je veux dire...

Par contre j'ai réalisé depuis quelques temps des documents au format PDF qui reprennent certains textes publiés au cours de mes années de mainteneur de sites personnels (Eh! Ça commence à faire un bail! J'ai commencé à en maintenir à partir de 2002). Faut dire, outre cette réticence à l'autopromotion une part importante de ces textes ne vaut pas grand chose, j'ai la sale habitude de publier sans discernement, certaines pages ne comptent rien de plus que leur titre et une courte introduction, beaucoup n'ont pas grand intérêt, des vagues esquisses ou des billets d'humeur. Ma première motivation pour ces PDF était de disposer de documents imprimables pour justement les imprimer et les diffuser mais je les ai aussi mis en ligne car pour moi un document PDF même non imprimé est d'un meilleur confort de lecture qu'une page Internet. Bien sûr, les mettre en ce format m'a amené à les améliorer dans la forme: j'essaie de ne pas en faire trop mais quand on écrit au fil du clavier les coquilles, les erreurs de syntaxe et d'orthographe, les formulations maladroites voire incompréhensibles sont inévitables. Non que les textes mis en PDF n'en comptent pas, mais bien moins que ceux directement publiés sur le Net.

Contrairement à ce que dit dans la phrase de présentation je ne vais pas rapatrier certains de ces PDF mais les mettre en lien vers un de mes vieux sites désormais inutilisé, ça pourrait leur donner un peu plus de visibilité que sur mon site personnel tout en m'évitant d'en faire la promotion en créant un lien vers lui. Sauf ceux très courts, une ou deux pages, ils sont tous sous deux formes, française (ou portrait) et italienne (ou paysage). La forme à la française est conçue pour la lecture à l'écran, celle à l'italienne pour l'impression en recto-verso, de manière à former une brochure au format A5. Quoi qu'on puisse l'imprimer en plus grande taille, le contenu des deux versions est le même donc une impression sur feuille A3 ou sur tout support au moins A4 voire un peu plus petit et dans un rapport  de 2 sur 3 donnera un résultat correct.

Pour nulle autre raison que d'aimer faire de la photo et, de ce qu'on m'en dit, avoir un certain talent dans le domaine, certains de ces document sont en deux versions, avec et sans images. Lesdites images n'ont d'autre rapport avec les textes que d'être du même auteur. Certains documents sont uniquement disponible avec images ou sans images, sinon celles de couverture, sans que ce soit précisé. Pour le déterminer c'est simple: tous ceux mentionnés comme faisant moins de 500 Ko sont sans images autres que de couverture.


Un spectre hante les nuages

Probablement mon plus long écrit. Il y en a bien quelques autres assez longs, cinquante pages ou plus, sur mon site personnel, mais guère. Dans sa version sans images il compte quatre-vingt pages dont soixante-treize pages de texte. Le dernier alinéa de la présentation commence ainsi:

«Quel rapport entre démocratie, spectres et nuages ? D'abord, soit-elle ou non démocratique, tout ce qui a rapport à la société concerne la démocratie, puis ce spectre hante les nuages de mon actualité en ce 5 janvier 2018 où je commence ce texte, Spectre est le nom d'une “faille de sécurité informatique”, les nuages ce qu'on nomme cloud computing en bon français, la “programmation nuageuse”».

Ce texte parle assez peu sinon indirectement de la démocratie, à peine de Spectre, nullement du cloud computing. C'est ainsi... par contre il parle bien de “failles de sécurité” mais à ma manière. Comme écrit dans ce texte, «la “faille” est un fait universel, et la “faille de sécurité” un état habituel pour les processus liés au vivant». on peut décrire ce texte comme une longue discussion de la notion d'écosystème.

♦ Sans images : ♦ Française (80p, 879 Ko) ♦ Italienne (40p, 865 Ko)
♦ Avec images : ♦ Française (100p, 1,43 Mo) ♦ Italienne (50p, 1,43 Mo)


Élucubrations & autres coquecigrues

Après une brève présentation dont je reprends ici deux courts passages plus la description rapide de la dernière section, cinquante-cinq textes assez courts (de quelques lignes à quelques pages, en moyenne une page et demi) répartis en neuf sections. Extraits de la présentation:

«Les discussions de ce site sont des sortes de fictions en ce sens qu'aucune ne prétend proposer une analyse exacte de la réalité ni délivrer d'autre vérité que la mienne .... J'essaie le plus souvent de tenir des propos exacts mais pas toujours, il m'arrive aussi de raconter des choses auxquelles je ne crois pas et qui me semblent même fausses mais pas plus et plutôt moins fausses que d'autres propos sur les mêmes thèmes, on dira qu'il s'agit de proposer non pas des vérités alternatives mais des mensonges alternatifs. Pour le redire, il s'agit de fictions dont l'intérêt premier serait d'inciter mes possibles lectrices et lecteurs à mener leurs propres réflexions ....
J'ai tenté autant que possible d'organiser ces textes en ensembles ayant une certaine cohérence de fond ou de forme, sans assurer y avoir réussi»
.

  • Qui est qui? – Cette section de cinq textes questionne l'identité: pour moi, je suis moi et vous êtes vous, pour vous, vous êtes moi et je suis vous. Donc vous êtes Ma Pomme, puisque Ma Pomme c'est moi? Et bien non. Enfin oui. Enfin, oui et non. Bref, qui est qui?
  • Quoi est quoi? – Ici la question est la réalité et notre rapport à elle, directement ou à travers la langue.
  • La femme est l'avenir de la femme – Qu'est une femme? Qu'est un homme? Pas toujours décidable. En tout cas, la seule personne en ce monde qui soit mon avenir, mon passé et mon présent c'est Ma Pomme, donc une femme ne peut pas être «l'avenir de l'homme», au mieux les femmes peuvent-elles être l'avenir de l'humanité – ce qui me semble assez probable.
  • Observations et propositions – Quelques textes sur la réalité observable, une section qui mélange les analyses et, donc, les propositions.
  • Formes – Trois courts textes, dont le dernier n'est pas de moi, de facture poétique.
  • Esquisses – En anglais, esquisse se dit sketch. Huit courts textes qui tiennent sur deux pages et qui sont donc des esquisses à partir desquelles ma lectrice ou mon lecteur peut lancer sa propre réflexion, ou un discours, ou un débat.
  • Fictions et plaisanteries – Quelques blagues ou saynètes qui ont pour but premier de faire rire, pour but second de faire réfléchir.
  • Méthodes et modèles – Quelques propositions pour tenter de, comme le dit la dernière section, «discerner le faux du faux»
  • Discerner le faux du faux – Cette section rassemble des textes assez récents qui ne visent pas nécessairement à parler de la réalité, il s'agissait plutôt pour moi de proposer ce que dit plus haut, des “mensonges alternatifs”, alternant avec des analyses de discours et d'écrits très vérifiables, eux. Il s'agit moins tant, dans cette section, d'analyser un certain discours médiatique que de le mimer pour tenter de le dévoiler.

♦ Sans images : ♦ Française (76p, 1,08 Mo) ♦ Italienne (38p, 1,05 Mo)
♦ Avec images : ♦ Française (88p, 1,88 Ko) ♦ Italienne (55p, 1,88 Mo)


Les Simulateurs (suivi de dix textes courts) et Le poumon de la vie est le soleil (14 textes)

Ces recueils reprennent chacun dix textes venant de Élucubrations & autres coquecigrues, plus, pour le premier un plus long texte, dix pages, Les Simulateurs, pour le second quatre textes courts d'une à deux pages. Sauf le texte plus long, le recueil Les Simulateurs contient des textes d'humeur et d'intervention, celui Le poumon de la vie contient plutôt des bases de réflexion et des esquisses.

♦ Sans images : ♦ Française (24p, 843 Ko) ♦ Italienne (12p, 838 Ko)
♦ Avec images : ♦ Française (24p, 1,31 Mo) ♦ Italienne (12p, 1,3 Mo)
Le poumon de la vie… : ♦ Française (16p, 608 Ko) ♦ Italienne (8p, 602 Ko)


 Tentative de mise en ordre de propos sur le monde et les êtres, et sur les révélations et conversions

Le titre est trompeur, les deux sous-titres, Quoi qu'il semble se passer, ce qui se passe est autre et Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements ne vous effrayez pas car il faut que ces choses arrivent d'abord, mais ce ne sera pas demain la fin, le sont à peine moins. Mettre de l'ordre dans ce qui n'en a pas me semble une œuvre vaine, quant aux révélations et conversions, qu'en dire? Au final, ce texte n'a pas d'ordre et autant que je m'en souvienne je n'y parle pas de révélations ni de conversions. Au fond, le premier sous-titre va bien à ce recueil est d'une telle généralité qu'il vaut pour presque tout discours – qu'il vaut pour tout discours. D'ailleurs, un autre recueil porte ce titre.

Tentative… : ♦ Française (48p, 1,32 Mo) ♦ Italienne (24p, 1,31 Mo)  


Réalité

Version 1. Un texte assez long, vingt-trois pages, au titre assez ambitieux, mais je suis ambitieux, humblement ambitieux, et envisage souvent de parler de la réalité sans si bien y parvenir... Les deux sous-titres, Le doute relatif est salvateur, le doute absolu est destructeur et Récit, discours et commentaire, trois aspects d'un même objet, me semblent mieux rendre compte du propos de ce texte.

Version 1. Un texte assez court, trois pages, avec la particularité de se cacher sous une couverture qui a même titre et mêmes sous-titres que le précédent mais un tout autre contenu, c'est que, Quoi qu'il semble se passer, ce qui se passe est autre...

♦ Version 1 : ♦ Française (28p, 1 Mo) ♦ Italienne (14p, 1 Mo)
♦ Version 2 : ♦ Française (8p, 724 Ko) ♦ Italienne (4p, 723 Ko)


Divers recueils brefs.

Ces recueils sont:

  • Le bonheur, le malheur, l'heur
  • Le corps, l'esprit et ma tante...
  • Organisation sociale, ou “l'harmonie”
  • Le poumon de la vie est le soleil
  • Point final ou point de départ? (pour autant qu'on puisse les distinguer...)
  • Quoi qu'il semble se passer, ce qui se passe est autre
  • Un recueil sans titre, qu'on peut nommer Méthode

Chacun de ces recueils compte deux à cinq textes et quatre à douze pages, celui sans titre se contente pour l'essentiel de reprendre des textes qui ne sont pas de moi, mais de Descartes (les trois premiers alinéas du Discours de la méthode), d'un auteur anonyme et probablement collectif, “Luc”, supposé auteur de l'Évangile qui porte ce nom, et d'une traduction atypique et probablement apocryphe mais néanmoins fort intéressante de la plus fameuse des tirades du Hamlet de Shakespeare, traduction due à François-Victor Hugo.

Pour anecdote, la citation de Luc est placée sous un titre que vous avez déjà vu ici, «Quoi qu'il semble se passer, ce qui se passe est autre», et outre son introduction cite le passage où figure une autre phrase qui m'a servi de sous-titre, «Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne soyez pas effrayés, car il faut que ces choses arrivent premièrement», sinon que j'use d'une autre version que celle de Louis Segond (traduction de 1910), une versions plus poétique de mon point de vue, «Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements ne vous effrayez pas car il faut que ces choses arrivent d'abord, mais ce ne sera pas demain la fin». Remarquez que la mention de son caractère supposément plus poétique est très subjective, une chanson de Mouffe et Robert Charlebois que j'aime beaucoup, La Fin du monde, un mélange de cet évangile et de l'Apocalypse, utilise cette traduction. Comme tout le monde j'ai mon opinion sur ce qui est de la poésie ou non mais d'un point de vue objectif tout texte utilisé dans un contexte de sens réputé poétique devient un poème – je pense notamment à des propos tenus par Eugène Ionesco, Gilles Deleuze et Barrack Obama qui, retravaillés et insérés dans des œuvres musicales, ont acquis un caractère poétique non évident de prime abord.

Le bonheur, le malheur, l'heurFrançaise (4p, 98 Ko) ♦ Italienne (2p, 95 Ko)
Le Corps, l'esprit et ma tanteFrançaise (12p, 412 Ko) ♦ Italienne (6p, 412 Ko)
Organisation sociale : ♦ Française (8p, 716 Ko) ♦ Italienne (4p, 715 Ko)
Point final ou de départ ? : ♦ Française (12p, 732 Ko) ♦ Italienne (6p, 731 Ko)
♦ Quoi qu'il semble se passer… - 4 textes : ♦ Française (12p, 711 Ko) ♦ Italienne (6p, 710 Ko)
♦ Méthode : ♦ Française (4p, 94 Ko) ♦ Italienne (2p, 92 Ko)


Plantes

Un document qui ne me doit que sa mise en forme et concerne deux plantes, le bleuet des champs, centaurée, audifoin, barbeau, blavelle, casse-lunettes, fleur de Zacharie, Cyranus segetum ou Centaurea cyanus, et la chicorée, chicorée sauvage, chicorée amère, cheveux de paysan, escourbette, herbe à café, barbe de capucin ou Cichorium intybus. La seconde, j'ai récupéré des infos parce que des amis en ont d'abondance dans leur jardin, la première, et bien, j'ai des problèmes de peau et cette plante a quelques usages pour cela, mais surtout le jour où j'ai vu que ces amis avaient des chicorées dans leur jardin je venais de cueillir des bleuets sur le bord des chemins et je les leur ai offerts. Du coup j'ai fabriqué à leur usage ce petit document.

Plantes : ♦ Française (8p, 127 Ko) ♦ Italienne (4p, 117 Ko)


Comme expliqué ci-après, je ne me considère pas spécialement l'auteur de ces textes si j'en suis l'inventeur et pour partie le créateur, raison pourquoi je mets aussi à disposition les documents initiaux, au format Open Office Writer, pris en charge par tous les traitements de texte sous Linux et beaucoup de ceux disponibles sous Windows et Mac OS, sinon, pour les versions que j'en connais, Microsoft Word (connaissant ces deux boutiques, Microsoft et Apple, je suppose que comme d'habitude, après une période assez longue de refus elle doivent désormais fournir le moyen au moins de lire les documents Open Office, probablement de les modifier) et pour la lecture seule, par plusieurs navigateurs Internet: Ces documents sont compressés au format 7z, qui nécessite le logiciel 7-Zip ou tout décompresseur capable de gérer ce format. J'avais pensé d'abord créer des fichiers au format ZIP mais le gain de compression atteignait à peine 5% à 10% contre 45% à 65% en 7z.

Ma Pomme-documents OpenOffice.7z (17 documents, 5,12 Mo)

Pour une liste brève de tous les documents Open Office et PDF et un accès à chacun, voir cette page du site o.h.m. En outre elle comporte des liens vers des fichiers compressés au format 7z qui rassemblent les versions Open Office et PDF pour chaque document.


Ce qui suit n'a qu'un intérêt limité, comme presque tout le monde je tends à rationaliser donc (rions un peu!) ci-après «j'explique mes motivations». Je suppose que chaque entité donnée d'un minimum de discernement, telles les cellules de nos corps, doivent à elles-mêmes s'expliquer combien elles sont autonomes, et libres de leurs choix et de leurs décisions... Ce qui en un sens n'est pas faux, de fait les organismes complexes sont très libéraux et laissent leurs cellules faire leurs choix, aux risques d'elles-mêmes ou de l'organisme quand par exemple elles induisent des tumeurs malignes.


Au départ j'avais un projet concernant ces documents, qui je dois le dire ne fut pas couronné de succès: susciter leur diffusion. Je l'écrivais plus haut, je suis humblement ambitieux, même si j'en ai reçu parfois (et même, souvent bien que rarement, j'ai peu de lecteurs mais une majorité semble avoir cette opinion) des compliments je n'estime pas ma prose d'une originalité ni d'une qualité très grandes, mais la juge d'un certain intérêt en tant que base de réflexion. Je m'interroge beaucoup sur la notion d'auteur et bien sûr la question des droits afférents.

Depuis quelques temps il y a confusion entre les notions d'auteur et de créateur, une confusion voulue parce que les droits d'un auteur excèdent beaucoup ceux d'un créateur: le créateur crée, l'auteur a autorité. Les Anglais et à leur suite les anciennes colonies britanniques et bien d'autres nations où la position sociale définit clairement les droits et devoirs de chacun sont plus clairs là-dessus et parlent de droit de copie ou de reproduction. Le droit d'auteur ne protège pas les droits du créateur mais les droits du reproducteur ou du diffuseur, parce que les premiers sont intransmissibles. Une création est, dira-t-on, une “œuvre de l'esprit”; certains ont l'esprit large et inventif, d'autres l'esprit étroit et imitatif, quoi qu'il en soit seul l'individu qui réalisera un objet inédit, qu'il soit invention ou imitation, peut s'en dire le créateur, n'importe qui peut s'en dire l'auteur

L'auteur est donc celui qui a autorité. Ces termes ont un sens juridique en latin, l'auteur, auctor, est «celui qui est le garant de la vente, vendeur», et l'autorité, auctoritas, est le «droit de possession». En certains cas les droits d'auteur et de créateur se rejoignent, en d'autres non. Pour des raisons historiques, les systèmes de droit abusivement nommés “anglo-saxon” et “romain”, car tous deux dérivent du droit romain, des... Hem!... Des auteurs récents proposent plutôt de parler de branches, l'une “insulaire” (britannique) l'autre “continentale”, et parlent de droit romano-germanique, ce qui a de la consistance: à partir du VI° ou VII° siècle il y a une certaine unité culturelle entre ces deux ensembles et quelques autres secondaires ou périphériques qui furent pendant quelques siècles en opposition, en gros tout au long de la période dite impériale de l'Empire romano-hellénique (en gros, de la toute fin du premier siècle avant à la fin du V° siècle après le début de l'ère commune), que suit une période incertaine (en gros, VII° et VIII° siècles) où les deux principaux ensembles fusionnent pour parvenir à une nouvelle organisation, plus cohérente que celle de la partie “germanique” mais plus souple que celle  “romaine”, qui débouchera sur le système féodal.

Je ne referai pas toute l'histoire, disons que comme dans presque toute société on a trois groupes de pouvoir, les clercs, les guerriers et les marchands, la branche “continentale” privilégiant l'alliance des clercs et des guerriers, celle “insulaire” l'alliance des guerriers et des marchands, de ce fait l'interprétation de la loi n'aura pas les mêmes inflexions, à quoi s'ajoute qu'en périphérie ou en soubassement des alliances entre groupes de clercs et de marchands ont lieu, et de toute manière tous les acteurs doivent ménager les options de tous les groupes, parce qu'il n'y a pas de solution de continuité entre tous les sous-ensembles qui peuplent l'aire d'expansion de l'ensemble germano-latin. Pour prendre un cas contemporain, actuellement le Royaume-Uni est dans le cadre de l'Union européenne le principal représentant du courant insulaire, ce qui explique largement sont désir récent de séparation d'avec l'UE, mais juste après la réussite probablement non prévue par ses défenseurs du référendum de sortie de l'UE la Grande-Bretagne s'est trouvée face à ce constat simple: le principal partenaire en tous domaines et notamment en matière économique est l'UE, donc la rupture telle qu'envisagée se révèle impossible. D'autant que de toute manière une part non négligeable de cet ensemble britannique ne fut jamais vraiment “insulaire”, pas plus d'ailleurs que le reste de l'aire ne fut entièrement ni constamment “continental”.

Quelle que soit la configuration, un groupe est toujours présent et actif, celui des guerriers. Quand, parfois, les trois groupes agissent de conserve, celui des guerriers est nécessairement secondaire, ou plutôt tertiaire en ce cas, dans toutes les autres configurations ça dépend, dans le cas d'alliances binaires le troisième groupe est un auxiliaire des deux autres et soit les groupes alliés sont à-peu-près égaux, soit l'un domine l'autre, mais il y a aussi des cas où un seul groupe domine, les deux autres étant ses auxiliaires, à égalité ou hiérarchiquement classés. Et enfin, il y a des cas où aucun ne domine, ce que nomma “anomie” (“non législation“, “non régulation”, je vous conseille la lecture de l'article si besoin) le sociologue Émile Durkheim, une situation où il n'y a plus de règle commune discernable ou acceptée / acceptable, comme qui dirait “la guerre de tous contre tous”, qui résulte en général sur la “loi du plus fort”. D'un sens, dans de telles situations tous les membres de la société sont des guerriers ou des esclaves, car qui ne peut imposer sa loi la subit.

On peut dire que les marchands représentent “le corps”, les clercs représentant “l'esprit”; on peut aussi dire que les marchands privilégient l'autorité, les clercs privilégiant la créativité, raison pourquoi une législation “insulaire” mettra en avant le droit d'auteur, une “continentale” le droit du créateur. Non que l'un ou l'autre droit soit ignoré, c'est une question de priorité: dans un cas le droit de création est attaché au droit d'autorité, céder le second revient à céder le premier, dans l'autre cas le droit de création est incessible et le détenteur de l'autorité doit respecter les limites fixées par le créateur quant au possibles modifications et aux cessions ultérieures. Tout ça est assez formel mais en même temps assez réel, par exemple un “auteur” (en fait un créateur) français ne cherchera pas nécessairement à s'assurer le droit de copie ou de diffusion de ses créations car la loi lui garantit un droit moral incessible lui donnant moyen d'interdire toute “interprétation” de celles-ci allant contre son “esprit”, en revanche on voit régulièrement des auteurs étasuniens parvenus à un niveau de ressources suffisant racheter les droits de copie de leurs propres œuvres, précisément pour récupérer un droit de création auparavant cédé quand ils ont accepté de céder leur droit de copie. Le groupe dit des guerriers est polymorphe et pour partie transversal, mais pose problème quand il s'unifie et prend son autonomie des deux autres groupes, précisément parce qu'il ne doit pas être législateur, qu'il ne doit pas faire la loi.

Pour en conclure sur cette question, je suis une sorte de navigateur, je ne sépare pas le corps et l'esprit mais ne me suppose pas de droits inaliénables sur l'un ou l'autre de ces aspects: un créateur, peut-on dire, “corporise l'esprit”, un auteur “spiritualise le corps”. Comme créateur, de fait je matérialise ma pensée mais ne suis pas l'inventeur des moyens qui me permettent de le faire, pas l'inventeur de la langue, pas l'inventeur de l'écriture ou de la parole, pas l'inventeur de tout ce qui concourt à me permettre de rédiger le présent billet et de vous le communiquer, pas non plus l'inventeur des concepts à la base de ce texte, par contre je suis l'inventeur de cette forme particulière qui en donne une représentation qui m'est propre. Il m'est arrivé aussi d'inventer des formes permettant de réaliser la pensée d'un tiers, en ce cas je peux me dire auteur mais non créateur. Cela posé je ne considère pas, pour ce dont je suis proprement le créateur, par exemple les documents PDF et Open Office mis ici à disposition, ou comme ce texte en cours, qu'ils sont gravés dans le marbre et non modifiables sans qu'on les dénature, raison pourquoi je mets à disposition les documents modifiables créés avec le traitement de texte Open Office Writer: si quelques de mes lectrices et lecteurs estiment pouvoir en modifier ou compléter le contenu, libre à ces personnes, si elles estiment devoir ou vouloir réorganiser mes recueils, en créer d'autres, en reprendre des parties pour les insérer dans des créations nouvelles. Il m'arrive plus qu'à mon tour de placer dans mes propres créations des éléments repris ailleurs, le plus souvent mais pas toujours en citant les auteurs, un des documents proposés ici, Méthode, se constitue pour l'essentiel de textes préexistants d'autres créateurs ou auteurs, mais l'organisation nouvelle de ces parties de textes constitue ce document comme une création, il me semble cohérent dès lors de laisser à mon possible lectorat la même liberté.

Pour (presque) conclure cette fois sur ce texte, voici le “prière d'insérer“ qui précède les deux recueils nommés Réalité:

«Ce document est libre de droits mais non de devoirs.
Bien sûr, rien ne vous force à les respecter sinon le respect
de vous-même
et de vos semblables. Ne pas respecter
ses pairs c'est ne pas se respecter,
car qui sommes-nous
en-dehors du regard de nos semblables ?

Peu de devoirs :
1) Si vous modifiez ce document, merci de le préciser ;
2) Si vous ne le précisez pas, merci de ne pas me mentionner comme
auteur, si possible de vous mentionner comme telle, comme tel;
3) Si d'autres que vous et moi ont modifié ce document, merci de les
mentionner tous ou de n'en mentionner aucun sinon vous ;
4) Pour des raisons morales, il me semble intéressant, lors de vos
possibles modifications de ce document, d'en garder trace par
le moyen
qui vous conviendra (description générale de vos ajouts
ou retraits, notes
de bas de page ou de fin de document,
“balises” (signatures), couleurs...).

Ce sont plus des recommandations que des devoirs mais comme
dit, il s'agit
ici de vous respecter plus que de me respecter:
attribuer à une personne autre que
soi des actes qu'elle n'a pas
commis ou des propos qu'elles n'a pas émis est une
grande source
de division. S'attribuer des actes ou propos dont on n'est pas auteur

crée aussi du trouble mais ne concerne que l'auteur de ce trouble.
Je veux dire:
si par hasard vous insériez dans ce document des
propos racistes ou des appels au
meurtre et me les attribuiez,
le reproche ou la condamnation irait vers moi, ce qui
m'ennuierait.
Remarquez, ça finirait par retomber sur vous de manière ou d'autre

mais entre-temps ça aura semé le trouble et la discorde parmi
les humains pour de
fausses raisons. Merci donc de bien vouloir
respecter vos devoirs»
.


Quelques précisions et anecdotes.

  • Pour créer mes brochures à l'italienne j'utilise un vieux programme qui marche toujours assez bien, du moins avec les documents PDF générés par Open Office, GImpose. On peut le trouver sur Internet mais pas si aisément, du coup je vous le mets en lien sur le même site que les documents. Il fonctionne sous Windows XP et ultérieurs. Un petit programme très simple mais très efficace.
  • Vous le constaterez, les documents sont numérotés, mais non continûment: la deuxième version de Réalité est numérotée 999 pour la seule raison que je voulais qu'elle figure en dernier dans la liste des documents, de même que Le bonheur, le malheur, l'heur est numéroté 00 pour figurer en premier, leurs numéros d'ordre ne reflètent donc ni l'ordre de création des documents ni une continuité, un peu plus de vingt documents ont sur mon site une numérotation à-peu-près continue, au-delà c'est aléatoire, discontinu et parfois symbolique, notamment les quatre derniers, numérotés 144 parce que 12 × 12, 421 parce que parlant de hasard et d'aléas, 666 parce que, et bien, parce que ça parle de troubles et de soulèvements, et 999 parce que je ne suppose pas devoir jamais atteindre ce nombre de documents, donc celui-ci a de bonnes chances de toujours rester le dernier. Je le dis à plusieurs reprise dans les billets de cette édition et du blog «Ma Pomme», je suis un plaisantin, donc je plaisante....
  • De mon point de vue trois les documents les plus intéressants dans cet ensemble sont Élucubrations & autres coquecigrues, pour moi le mieux pensé de tous dans son organisation en parties et dans leur ordonnancement, puis Les Simulateurs et Le poumon de la vie est le soleil, moins bien pensés mais d'une certaine cohérence et aussi, plus courts. J'avais bien songé un moment diviser Élucubrations en plusieurs fascicules mais il me semble avoir une certaine gradation qui justifie sa forme actuelle.
  • Je suis mauvais juge et en premier, mauvais juge de moi-même. J'espère de longue date recevoir des critiques sur mes écrits mais elles ont été rares jusque-là, soit qu'elles ne souffrent pas la critique (assez invraisemblable), soit qu'elles n'en vaillent pas la peine (peu probable) soit que mes actuels lectrices et lecteurs ne souhaitent pas en faire ou ne s'estiment pas en situation d'en faire. Je crois, et certains indices me le prouvent en partie, que le fait de les avoir placés jusque-là sur un site dont le nom correspond à-peu-près à celui de mon état-civil induit mes lectrices et lecteurs à croire que je m'identifie à son contenu ou que son contenu me ressemble, et ne veulent pas, considérant cela, me froisser. C'est ainsi. En plaçant des accès vers eux à partir de Mediapart et sur un site qui ne porte pas mon nom, j'espère que ça changera les choses, sauf bien sûr si ma seconde hypothèse (qu'ils ne vaillent pas la peine qu'on les critique, au sens précis d'en faire le commentaire et non au sens d'en dire du bien ou du mal), est exacte.
  • Conseils d'éditeur. Après une première impression des documents initiaux créés avec Open Office j'ai songé qu'il serait plus intéressant de les composer en forme de brochure et de les diffuser comme fichiers PDF, ce qui m'a amené à chercher des solutions. J'ai testé des logiciels d'édition spécifiques, de PAO (publication assistée par ordinateur) mais ça m'a paru trop usine à gaz, ça va si on veut faire un simple recto-verso mais dès qu'on passe à deux pages recto-verso ça se complique, et en tant que traitements de textes ils ne sont pas terribles. Un notamment est pas mal et mon frère l'utilise pour ça mais il s'agit dans son cas d'un véritable travail de maquette avec beaucoup d'images et relativement peu de textes. Après, j'ai testé plusieurs logiciels de création de fichiers PDF mais là encore on se trouve avec des programmes qui font censément beaucoup de choses mais pas de la manière la plus évidente. Il y a aussi les “imprimantes PDF”, censées répondre à mes souhaits, sinon que ça ne donne pas toujours les résultats souhaités, rapport au fait qu'elles ne respectent pas toujours la mise en page du document original. Finalement, j'ai trouvé une manière simple et efficace d'obtenir ce que je souhaitais: je crée et mets en page mes documents avec Open Office Writer puis génère le fichier PDF à la française avec la fonction intégrée d'Open Office – menu “Fichier”, option “Exporter en PDF” – et me sers de GImpose pour créer la brochure, le premier PDF respecte la mise en page initiale, et GImpose se contente de réassembler les pages sans les modifier sinon pour des choses mineures (par exemple, et je le regrette un peu mais ça n'importe pas tant, il supprime les liens internes au document et les liens Internet). D'un sens, et même de tous les sens, ça me va bien, j'ai toujours travaillé comme ça comme programmeur: ne pas tenter d'intégrer trop de fonctions dans un même programme et plutôt concevoir autant de logiciels qu'il y a d'ensembles cohérents de fonctions.

Bon, j'édite ce billet en m'en retourne vers celui qui m'a induit à démarrer il y a deux jours la création de celui-ci.